La pollution au plomb, une longue histoire

Posté le 7 juin 2017 dans la catégorie:A la Une, Crados. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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Prélevée à haute altitude, dans les Alpes italo-suisses, une carotte de glace a parlé: les activités minières liées au plomb depuis au moins deux mille ans ont provoqué une pollution de l’air avec ce métal toxique, qui n’a vraiment baissé que deux fois: lors de l’épidémie de peste noire, au Moyen-Âge, et depuis les années 1970 avec l’apparition des carburants automobile sans plomb.

Le carburant des avions reste une source de rejet de plomb dans l'atmosphère

Le carburant des avions reste une source de rejet de plomb dans l’atmosphère

Il y a deux mille ans, l’air européen était déjà bien chargé en plomb, plus même qu’aujourd’hui. C’est ce que montre l’étude d’une carotte glaciaire prélevée dans un glacier alpin à la frontière italo-suisse. Une confirmation que l’impact des humains sur l’environnement n’a pas attendu le XIXe siècle et la Révolution industrielle.

La quantité de plomb présent à l’état naturel dans l’air est proche de zéro, soulignent les auteurs d’un papier passionnant publié par GeoHealth, l’une des revues de l’American Geophysical Union, la plus grosse société de géophysique. Le groupe de chercheurs conduit par l’historien américain Alexander More (Harvard) a analysé une carotte de glace prélevée à 4450 mètres d’altitude dans les Alpes, qui témoigne de la contamination de l’air du continent européen par les mines et les fonderies de plomb. Un métal particulièrement toxique qui n’a pas du aider nos ancêtres à vivre en pleine santé.

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Concentration de plomb dans une carotte de glace couvrant les années 1 à 2007

L’étude de cette carotte à très haute résolution montre que dès le premier siècle de notre ère, le plomb était déjà relativement concentré dans l’atmosphère, avec une moyenne d’environ 200 ng/l (de glace), et des pics atteignant dix fois plus, jusqu’au XVIIIe siècle. Puis la concentration s’est envolée avec la Révolution industrielle, avant de culminer dans les années 1970 (plus de 10 000 ng/l) et de redescendre à quelques dizaines de nanogrammes par litre ensuite, grâce aux efforts pour réduire l’usage du plomb.

Ces travaux pointent aussi l’impact d’un événement sanitaire survenu entre 1349 et 1353 sur l’activité humaine: lors de l’épidémie de peste noire, l’air a pratiquement retrouvé sa virginité en matière de plomb, avec une concentration inférieure au nanogrammes/litre! Il faut dire que cette épidémie a probablement tué de 25% à 50% de la population du vieux continent.

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Détail laissant apparaître l’épidémie de peste noire et la réduction de l’activité minière

 Un autre événement soudain, moins marqué que le précédent, s’est produit vers 1460. Selon les auteurs, il s’agirait d’une forte baisse d’activité des mines de plomb britanniques liée à des épidémies locales ainsi qu’à un ralentissement économique.

Outre son fort intérêt historique, cette étude doit nous inciter à revoir notre politique en matière de contamination de l’air au plomb. Alors que la baisse spectaculaire de cette pollution depuis quarante ans pourrait laisser croire qu’on a atteint un « minimum naturel », ces travaux montrent qu’il n’en est rien, affirment les chercheurs, qui préconisent la révision de nos normes.

Aujourd’hui, du plomb est toujours rejeté dans l’atmosphère par les carburants d’avions, les incinérateurs de déchets, ou les usines de batteries automobiles. Et bien sûr, les centrales à charbon, —n’en déplaise à Donald et à Angela Merkel— qui sont aussi la première source de pollution au mercure, un produit super sympa pour notre santé.

Denis Delbecq

 

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2 Réponses pour “La pollution au plomb, une longue histoire”

  1. HollyDays dit :

    Très intéressant.

    Pour l’événement moins marqué vers 1460, j’avoue être surpris. Il ne me semble pas qu’il y ait eu d’épidémie majeure vers cette date outre-Manche – en tout cas pas avant 1485.

    1460, en Angleterre, c’est l’époque de « la guerre des Deux-Roses », qui fut une guerre de succession entre les 2 branches des Plantagenêt (les maisons royales d’York et de Lancaster, la première ayant pour emblème une rose blanche et la seconde, une rose rouge, d’où le nom de « guerre des Deux-Roses »). Elle dura de 1455 à 1485, et d’après les historiens, elle semble n’avoir eu que des conséquences assez limitées sur les paysans, les artisans et les marchands (alors qu’elle a eu d’énormes conséquences sur la noblesse, et aussi sur l’influence européenne de l’Angleterre, en particulier en France).

    Par contre, l’Angleterre connut effectivement un épisode épidémique grave dans la seconde moitié du XVe siècle, mais il eut lieu un peu plus tard, en l’occurrence en 1485 : c’est la « suette » anglaise (« Sweating sickness » en anglais), connue pour son symptôme caractéristique, une hypersudation, et sa progression foudroyante vers une issue souvent fatale (en seulement quelques heures, par épuisement général et collapsus). Les grandes épidémies suivantes de suette anglaise (1517, 1528) durent d’ailleurs encore plus meurtrières que celle de 1485 pour la population, désorganisant d’autant plus la société anglaise et son économie (ceux que cela intéressent peuvent voir ou revoir la 1ère saison de la série Tudor qui décrit très bien cette maladie et évoque la dévastation que cela a pu représenter pour la société anglaise).

  2. Denis Delbecq dit :

    J’avoue que je ne connais pas l’histoire épidémiologique de la Grande-Bretagne… Merci de ces précisions!

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