Malheureux comme un poisson dans l’eau

Posté le 4 août 2011 dans la catégorie:Incahuella. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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Episode 8 de l’épopée Incahuella. Où Cécile, Mathilde et Sara découvrent que le saumon qui fait la fortune des uns (et la joie des consommateurs) fait payer le prix fort aux écosystèmes chiliens.

La multiplication des bassins de salmoniculture au Chili dérange les pêcheurs locaux et les ONG © La révolution vive

La multiplication des bassins de salmoniculture au Chili dérange les pêcheurs locaux et les ONG © La révolution vive

Depuis quelques temps avouons-le, on se caille au Chili. On a donc pris l’habitude de lever le pouce pour avancer un peu plus vite. Et fait étrange pour nous, la quasi-totalité de nos chauffeurs travaillait dans la salmoniculture. En effet, dans les X et XI régions du Chili (respectivement régions des Lacs et d’Aysén), la pisciculture est devenue une des principales activités économiques, et un des plus gros gisements d’emploi.

C’est en 1920 que le premier salmonidé pointe le bout de ses nageoires dans les eaux du Chili. Le saumon coho a été importé depuis l’Alaska pour développer la pêche sportive ainsi que l’industrie du saumon en Amérique du Sud. Les eaux chiliennes étant particulièrement propices au bon développement de ces poissons, certains atteignent des tailles impressionnantes, pour le plus grand plaisir des pêcheurs ! En 1970, l’industrie se lance pour de bon, et certaines entreprises norvégiennes et japonaises investissent elles aussi dans le saumon chilien. Notons que sous ce terme « saumon » se cachent en fait quatre espèces phares : le saumon coho, le saumon roi, la truite arc-en-ciel et le saumon de l’atlantique. Ils ont depuis colonisé toutes les rivières du Chili, où on les considère maintenant comme des espèces natives. Ironie du sort, ces espèces pourtant exotiques (et plutôt invasives) bénéficient donc des mêmes mesures de protection que les espèces locales.

Devenue une des plus grandes activités économiques du pays après l’extraction de métaux précieux et la production de cellulose, la salmoniculture génère plus de 45 000 emplois directs ou indirects au Chili. Le pays a ainsi gagné sa place de deuxième producteur mondial de saumons après la Norvège, avec plus de 400 000 tonnes de salmonidés par an. Mais à quel prix ?

La salmoniculture a de multiples impacts environnementaux, à tel point que son empreinte écologique touche le fond. En effet, chaque mètre carré de bassin de salmonidés crée une empreinte (en termes de consommation de ressources et de déchet à l’environnement) équivalente à 10 000 mètres carrés.

Serrés comme des sardines, les saumons se refilent sans cesse virus et autres parasites, du fait de leur promiscuité; et ce malgré la flopée d’antibiotiques et d’immuno-stimulants dont on les abreuve. L’armoire à pharmacie chilienne n’est jamais en manque, puisqu’en 2008 on administrait 346 fois plus d’antibiotiques au Chili qu’en Norvège, pourtant premier producteur mondial.

A ce cocktail détonnant de médicaments s’ajoutent déjections, cadavres et restes de nourriture qui s’accumulent au fond de l’eau et la polluent peu à peu, allant jusqu’à l’eutrophisation du milieu. La rupture de quelques filets donne aussi l’occasion à près d’un million de saumons captifs de s’échapper chaque année pour frétiller en toute liberté. Ces poissons fugueurs se révèlent être de redoutables compétiteurs qui volent les ressources et refilent généreusement leurs maladies aux espèces natives. C’est l’écosystème entier qui tend donc à être chamboulé.

Ce triste bilan écologique est amplifié par la mort de milliers de mammifères marins qui se blessent en essayant de se servir dans les cages ; et qui sont aussi et surtout victimes de « chasses préventives », le plus souvent effectuées illégalement par les exploitants. Mais il n’y a pas que les otaries et les saumons qui se font fumer, les oiseaux aussi n’arrêtent pas les prises de bec avec les filets…

Enfin, avec ses immenses bassins flottants, la salmoniculture offre un cadre peu naturel et dégrade les paysages d’une région touristique pourtant réputée pour ses « territoires sauvages et préservés de l’Homme ». Les professionnels du tourisme ne sont pas les seuls à se plaindre, puisque les pêcheurs traditionnels souhaitent eux aussi une remise en question de cette industrie qui nuit à leur activité. Avec eux, de nombreuses ONG environnementales espèrent un changement des méthodes d’élevage et l’application de contrôles plus rigoureux et fréquents dans les exploitations. Ils avancent par exemple l’arrêt de l’élevage en milieu naturel avec la mise en place de circuits fermés, où l’eau contaminée ne serait pas rejetée en mer.

Pourtant avancée comme une solution miracle contre la surpêche, l’efficacité de la pisciculture reste à prouver puisqu’il faut par exemple plus d’un kilo de poisson pêchés en mer pour nourrir un seul kilo de saumon d’élevage. Afin de diminuer la pression sur les saumons sauvages, on reporte et amplifie donc la pression sur d’autres espèces en milieu naturel. C’est le cas pour tous les élevages de poissons prédateurs (thon, bar, etc.). Vive la pisciculture de poissons herbivores!

Cécile, Mathilde et Sara

 

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9 Réponses pour “Malheureux comme un poisson dans l’eau”

  1. xis dit :

    Les sources didiou !

  2. Sami ABID dit :

    Ne peut-on nourrir les saumons de vers marins ?

  3. miniTAX dit :

    Tant qu’on en est aux liens, il faut juste 2 secondes de recherche pour s’apercevoir que
    1) les exports de saumon du chili ont atteint un record historique en janvier 2011 grâce à la flambée des cours (eh oui, encore cette saleté de loi de l’offre et de la demande). Pas mal pour un soit-disant « filon de l’or rose qui s’épuise » : http://www.worldfishing.net/comment-and-analysis101/analysis/chiles-salmon-exports-reached-historic-levels
    2) tous les producteurs considèrent que la crise du virus derrière eux et que la production chilienne va augmenter de 20% en 2011 : http://portunusgroup.com/2010/09/chile-projected-increase-in-salmon-production-for-2011/

    Bien sûr, ce genre de news, les écolo-catastrophistes vont s’empresser de le balayer sous le tapis. Comme dab, la propagande des écolos consite à exagérer à ne plus en finir un factoïde jusqu’à ça devienne vérité et à ignorer tous les faits qui fichent en l’air leur mensonge.
    Mais merci quand-même à EdT pour sa belle tentative d’enfumage, de pigeons. Plus c’est gros, mieux ça passe.

    • Denis Delbecq dit :

      Tiens, miniTAX s’est encore fait exclure de Skyfall?

    • Incahuella dit :

      Nous tenons à éclaircir deux trois points avec vous :

      Pour commencer, Effets de Terre n’a fait que publier le présent article ; les véritables enfumeurs ne sont donc en réalité que nous-même, l’équipe Incahuella.

      Mais au fait, que nous vaut une telle accusation (et agressivité) ? Est-ce parce que nous rappelons que l’industrie du saumon crée au Chili plus de 45 000 emplois, ou bien que nous disons que le Chili est deuxième producteur mondial ? Il est vrai que ces chiffres font froid dans le dos, heureusement que les « écolos » que nous sommes, sont là pour révéler enfin la vérité sur ce scandale !

      Cela dit, sachez que dans cet article nous ne faisions que dresser le bilan écologique de la salmoniculture au Chili. Au vu des témoignages que nous avons recueillis sur place (habitants, travailleurs du secteur…), de ce que nous avons pu nous-mêmes observer et enfin de notre recherche documentaire, il faut bien avouer que tout n’est franchement pas rose. Le Chili est un pays qui s’est très vite développé et a ainsi acquis une technologie quasi égale à celle que l’on peut rencontrer dans les pays les plus riches. La législation, et les contrôles sanitaires en tout genre n’ont cependant pas suivi cette croissance effrénée. Il y a un décalage énorme à rattraper qui nécessite davantage de rigueur de la part des autorités.

      Pour finir, nous ne sommes aucunement hostiles à ce secteur industriel qui fait de plus en plus ses preuves au niveau sanitaire, notamment en Norvège. Relativisons donc sur le catastrophisme que vous essayez de nous faire porter.

      Cordialement,
      Cécile, Mathilde et Sara

      • Denis Delbecq dit :

        Ne vous inquiétez pas, miniTAX a des ragnagnas idéologiques permanents. Si on l’écoutait on pendrait tout défenseur de l’environnement en Place de Grèves. Tout va bien à Incahuella? Paris est désormais caniculaire, après un août à rêver de chauffage.

  4. Olivier MONTULET dit :

    Oui c’est exactement comme l’agriculture… voyer ces milliards d’hectares consacrés aux céréales qui ont éliminé les biotopes naturels qu’ils occupaient et qui ont permisl’ émergence de certaines maladies aux sein des céréales… Heureusement que les fous du principe de précaution et du catastrophisme n’existent que depuis le coup de chaleur climatique qu’ils ont reçu sur la tête en le diabolisant car, mais pour ces dernier sans doute ce serai un mieux, nous n’existerions pas, l’humanité serait morte de faim depuis bien longtemps. L’homme est un nuisible, éradiquons-le, est le crédo des environnementalistes gorgé du dogme obscurantiste de l’écologisme et du du réchauffisme anthropique. En bon néoluddistes il ne voient que le dépôt de lie, petit résidu, et jamais la saveur du cru.

  5. Lionel dit :

    Petite précision en ce qui concerne l’alimentation des salmonicultures: il faut 5kg (et non 1kg) de poisson sauvage pour faire 1 kg de poisson d’élevage.

    D’où la présence de gros bateaux Danois (qui sont de fervents écologistes, surtout dans leur pays, comme tout le monde le sait) dans la baie de Douarnenez, qui viennent ratissez (pour ne pas dire exploser !) les fonds avec des panneaux démentiels et des chaluts d’une longueur à n’en plus finir.

    Toute cette malheureuse poisscaille est ensuite acheminée par poids-lourd vers le Danemark (bonjour le bilan carbone !) où elle est transformée en farine alimentaire.

    Travailler plus, pour gagner plus, pour acheter plus, pour bouffer plus (pas grave si c’est de la merde).

    Kenavo

    Lionel

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