Fission cérébrale chez le ministre de l’Energie

Par Denis Delbecq • 17 juin 2011 à 0:28 • Categorie: A la Une
A l'usine de retraitement des combustibles nucléaires usés de la Hague © D.Dq

A l'usine de retraitement des combustibles nucléaires usés de la Hague © D.Dq

Gageons que la séquence sera diffusée d’une manière ou d’une autre (1). Il semble que le cerveau de notre ministre de l’industrie Eric Besson, en charge du douloureux dossier du nucléaire, ait quelque peu fissionné jeudi, lors d’un enregistrement de l’émission Capital de M6 consacré à l’économie «verte», qui doit être diffusée ce dimanche. Le ministre a très discourtoisement quitté le plateau en jetant son micro: «Allez, je vous laisse. Je me casse. Fais chier.» Un épilogue avorté après à peine dix minutes d’enregistrement, précédé, dixit le Figaro, d’un échange assez vif entre Eric Besson et Guy Lagache, le journaliste qui présente l’émission. Alors que ce dernier laissait entendre qu’il existe des failles de sûreté dans le nucléaire —qui en doute?— pour introduire un «sujet» mettant en scène un ancien sous-traitant de l’atome français, le ministre, fervent défenseur du nucléaire —on se souvient de ses déclarations indécentes dès le lendemain de l’accident de Fukushima— a exprimé son désaccord, avant de quitter le studio de la façon la plus élégante qui soit.

Cette version toute personnelle du «casse-toi pauvre con» exprimé en son temps par le lider maximo nuclei, locataire de l’Elysée, en dit long sur la paranoïa des porte-étendards du nucléaire hexagonal. Hier, c’était le «dircom» de l’usine d’Areva qui gaspillait quelques minutes de son précieux temps —je l’espère pour lui bien mieux payé que le mien— pour s’adresser aux lecteurs d’Effets de Terre, ce nain de l’internet français, parce que j’avais osé évoquer un dysfonctionnement dans la radioprotection de l’usine constaté lors de ma visite, tout en signalant que le problème avait été réglé rapidement. Aujourd’hui, notre ministre rend un bien mauvais service à la cause qu’il défend en montrant à quel point il est à cran. Est-il à ce point bouleversé par le limogeage confirmé ce soir de Mme Lauvergeon, baptisée fort à propos «Atomic Anne», qui a pourtant défendu avec un rare brio la cause du nucléaire en général, et celle d’Areva en particulier?

On a finalement, nous les «simples» électeurs, les politiciens qu’on mérite. Ces derniers jours, les deux «stars» de la primaire à la candidature «verte» à la Présidentielle, Eva Joly et Nicolas Hulot, ont échangé des mots aigre-doux, voire brutaux, au lieu de se poser la seule question qui vaille: ne vaudrait-il pas mieux —au lieu de s’exposer à un score pitoyable au premier tour de l’élection qui enterrerait définitivement la belle idée d’Europe-Ecologie-Les-Verts (2)— sculpter un accord avec le PS qui impose, par exemple, une sortie «en douceur» du nucléaire à l’image du modèle allemand inauguré en son temps par le SPD et les Verts, doublé d’un solide quota de candidats éligibles à l’Assemblée nationale? La Droite la plus bête du Monde, le PS le plus atone qui soit et l’écologie politique la plus vaine de la planète. Quelle chouette perspective pour les électeurs!

(1) M6 sera-t-elle à ce point insolente de la diffuser sur son antenne dimanche soir?
(2) Qu’on ne se méprenne pas, n’est-ce pas BMD, je suis loin de partager la ligne verte tracée par l’écologie politique hexagonale. J’en partage les constats —en gros— mais pas les recettes.

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