Boulette pour Lauvergeon, soucis à Fukushima

Par Denis Delbecq • 30 mai 2011 à 12:33 • Categorie: A la Une

Inspection dans le bâtiment réacteur n°1 le 10 mai 2011 © Tepco

Inspection dans le bâtiment réacteur n°1 le 10 mai 2011 © Tepco

Une situation toujours pas stabilisée.

On a appris lundi que Tepco semble considérer qu’il ne sera pas possible de stabiliser les réacteurs endommagés de Fukushima d’ici la fin de l’année comme il l’avait prévu. Après avoir confirmé une fusion des cœurs des réacteurs 1 à 3 (qui s’est produite au tout début de l’accident), et des fuites dans les enceintes qui contiennent ces cœurs, Tepco est revenu à la raison. Le corium, mélange de cœur fondu et du métal des gaines qui enrobent le combustible, repose probablement au fond des cuves —où il baigne dans l’eau—. Si du corium a pu s’échapper, au début de l’accident, par des fuites dans les enceintes, il n’a pas provoqué de phénomène d’ampleur dans les bâtiments des réacteurs. Samedi 28 mai, une pompe chargée du refroidissement du réacteur numéro 5 et de ses piscines de stockage de combustible usé est tombée en panne. La température dans le réacteur a regrimpé jusqu’à 93,7°C avant qu’une pompe de remplacement ne soit mise en service, 15 heures après le début de l’incident.

Tepco avait bien caché des données

Samedi, de nouvelles données sur les radiations en extérieur ont été publiées par Tepco, qui avaient été cachées par l’opérateur —selon le gouvernement—. C’est ainsi que le 17 mars dernier, la radioactivité a été mesurée à 3,699 millisievert par heure, près d’un bâtiment au nord de la centrale.

Deux employés de Tepco ont été contaminés

Lundi, Tepco a également fait savoir que deux de ses employés ont probablement dépassé la dose maximale de radiations de 250 millisievert qui avait été décrétée par les autorités pour permettre les opérations de sauvetage de la centrale. D’ordinaire, la dose maximale annuelle est fixée à 20 millisievert au Japon, pour les travailleurs du nucléaire.

Tentative de décontamination par phytoremédiation.

Les autorités japonaises ont lancé une expérience de décontamination de terres agricoles à Iitate, un village touché par les retombées de Fukushima. Trois hectares de rizières, de champs et de prairies seront plantés de tournesols et d’amarante. Les experts espèrent que ces plantes vont capter les radioéléments contenus dans le sol (du césium principalement), qui pourront ensuite être récupérés en brûlant les végétaux dans des installations spécialisées.

Le milieu marin probablement impacté par la radioactivité

Le 23 mai, une équipe de scientifiques français de l’IRSN a publié une évaluation de la contamination de la faune et de la flore près de Fukushima, d’après les mesures effectuées fin mars sur le terrain par différents organismes. Selon ses calculs, oiseaux, mammifères terrestres et arbres ont reçu une dose jusqu’à cent fois supérieure au maximum considéré comme sans effet biologique. Poissons et algues du Pacifique auraient reçu des doses plusieurs milliers de fois supérieures. Une cinquantaine de radioéléments auraient été diffusés dans l’environnement, majoritairement de l’iode 131 et du césium 137. Selon les experts de l’IRSN, les doses reçues par les algues brunes, les poissons plats, les mollusques et les crustacés vivant près de la centrale de Fukushima sont susceptibles de provoquer une mortalité notable.

Polémique sur la radioactivité en France

Enfin, une polémique a éclaté entre la Criirad et l’IRSN sur l’arrivée en France du panache libéré par la centrale de Fukushima. La Criirad affirme que la radioactivité a été décelée dès le 22 mars, et s’étonne que l’IRSN a donné la date du 24 mars. Ce dernier a expliqué que la Criirad a mal interprété les données publiées sur internet: comme la radioactivité de Fukushima était trop faible pour être repérée par les balises d’alertes, les prélèvements se font sur une durée de plusieurs jours en filtrant de grandes quantités d’air. La Criirad aurait par erreur attribué une mesure au premier jour d’observation, sans avoir contacté l’IRSN pour se faire expliquer le mode opératoire de ces analyses, affirme l’IRSN. La Criirad n’a pas réagi au démenti donné par l’organisme officiel. (Voir également le dernier bulletin de l’IRSN, en date du 22 avril, sur la situation en France).

L’Allemagne sort du nucléaire, Lauvergeon sort une boulette

Ce sera donc 2022 pour l’Allemagne, et 2034 pour la Suisse. Les deux gouvernements européens ont confirmé qu’ils engagent la sortie définitive du nucléaire. Dans les deux cas, il faudra en passer par une loi. Berlin n’a pas fait savoir comment l’Allemagne remplacera les 22% de l’électricité fournie par le nucléaire. Interrogée aujourd’hui par BFM Radio, Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva, a fait une belle boulette, à quelques semaines de la fin de son mandat. «C’est une décision totalement politique. Il n’y a pas eu de référendum ni d’appel à ce que pensait l’opinion publique, même si les sondages montrent l’émotion des Allemands.» Gageons qu’à l’Elysée, notre lider maximo nuclei appréciera cet appel implicite à consulter l’opinion française sur le nucléaire.

Des nouvelles de la Hague

Comme prévu, je me suis donc rendu vendredi 27 mai en reportage dans l’usine de retraitement d’Areva à la Hague. Le temps de vérifier un certain nombre d’informations, et le reportage sera publié —tunnel de l’Ascension oblige— sur Effets de Terre en début de semaine prochaine.

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