Un peu de silence, on vivra plus longtemps

Par Denis Delbecq • 1 avril 2011 à 9:51 • Categorie: A la Une
Dans le métro de Londres © DDq

Dans le métro de Londres © DDq

Une étude conjointe de l’Organisation mondiale de la santé et de la Commission européenne pointe l’impact sanitaire du bruit sur la santé des européens. Et c’est spectaculaire: le bruit ferait perdre chaque année 1 millions d’années de vie corrigées de l’incapacité (AVCI) à la population de l’UE. C’est la seconde cause environnementale en terme d’impact sanitaire, après la pollution de l’air (4,5 millions d’AVCI).

Une petite explication s’impose. L’AVCI (ou DALY en anglais), c’est une donnée épidémiologique qui cumule les années de vie perdues par un décès précoce (par rapport à l’espérance de vie) et les années d’incapacité. Un paramètre qui permet de connaître le nombre d’années de vie en bonne santé d’une population.

Au premier rang des effets sanitaires graves du bruit, selon l’OMS, on trouve les troubles cardiaques qui peuvent aller jusqu’à tuer: le bruit fait grimper la tension artérielle et stimuler la production de certaines hormones anti-stress qui, à force, peuvent provoquer des crises cardiaques. Au total, le bruit ferait perdre 61 000 AVCI (3000 années perdues pour cause de décès précoce et 58 000 années d’incapacité). Les troubles du sommeil représenteraient 903 000 AVCI, quand la gêne amputerait la qualité de vie des européens de 587 000 AVCI chaque année. S’ajoutent aussi les déficits d’apprentissage chez les enfants (45 000 AVCI) et les acouphènes (22 000 AVCI). Le total dépasse 1,6 millions d’AVCI, que les experts de l’OMS ont ramené à 1 million pour tenir compte des effets multiples du bruit (on peut avoir à la fois des acouphènes et subir une crise cardiaque).

Le verdict, c’est qu’il faut s’attaquer au bruit. New Scientist rappelait ce matin que l’UE a fixé une valeur cible de 40 décibels, à ne pas dépasser la nuit. Chez les derniers entrants dans l’UE, la limite reste fixée à 55 dB. La Commission espère en 2013 être en mesure de fixer une limite moyenne sur 24 heures, lors de la mise à jour de la Directive sur le bruit de 2002.

Comment faire pour réduire les souffrances liées au bruit? La première manière est évidemment de réduire le bruit à la source. Comme par exemple dans le métro: sur un quai, le niveau sonore peut atteindre 90dB, idem dans certaines rames quand les fenêtres sont ouvertes. Il y a aussi, les avions et la circulation automobile. Les cartes de bruit diffusées par la Mairie de Paris sont assez éloquentes. D’innombrables façades reçoivent ainsi plus de 68 dB de jour et 7% des parisiens étaient exposés, de jour, à 71 dB et plus en 2007. La même année, 4,5% des parisiens recevaient plus de 65 dB de nuit sur leurs façades. Et le problème est le même à Lyon, comme dans la plupart des grandes villes.

Depuis 2007, toutes les agglomérations de plus de 250 000 habitants en Europe doivent publier des cartes de bruit. Et comme les sources de bruit ne peuvent être éliminées, il reste les barrières: couverture d’artères automobiles ou de chemin de fer, murs anti-bruit. A domicile, c’est le double vitrage, qui n’aurait que des avantages si un dispositif permettait à tout le monde (notamment les propriétaires pauvres et les locataires) de changer leurs surfaces vitrées. Parce que le double-vitrage c’est moins de bruit, moins de gaspillage d’énergie, et c’est bon pour la planète et même pour notre indépendance énergétique!

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