Avis de chaud-froid sur l’Arctique

Par Denis Delbecq • 2 février 2011 à 11:02 • Categorie: A la Une
L'été au Groenland, l'eau de fonte en surface converge vers des «moulins» qui se déversent dans les entrailles des glaciers © Nasa

L'été au Groenland, l'eau de fonte en surface converge vers des «moulins» qui se déversent dans les entrailles des glaciers © Nasa

Ça c’est une surprise. Il semble que l’été ne soit pas si néfaste que cela à la calotte glaciaire du Groenland. Des travaux publiés la semaine dernière montrent qu’au contraire, les étés les plus chauds n’accélèrent pas la débâcle de glace dans l’océan (1)…

Une calotte glaciaire du Groenland est comme posée sur une sorte de tapis roulant. La glace fait mouvement vers la mer, drainée par une couche d’eau qui joue un rôle de lubrifiant et réduit la friction avec la roche. Une eau qui provient de la fonte l’été en surface, et s’infiltre au cœur du glacier dans ce que les chercheurs appellent des moulins. Rappelez-vous l’histoire des petits canards bourrés de capteurs que la Nasa avait déposé dans un moulin pour étudier la question (2).

Logiquement, les scientifiques estimaient donc jusqu’à présent, sans en avoir la preuve, que les années les plus chaudes, la fonte de surface étant accélérée, cela jouerait sur la vitesse de déplacement de la glace vers l’océan. Il semblent bien qu’ils se trompaient.

Les chercheurs belges et britanniques ont observé avec soin les images satellites de plusieurs glaciers au sud-ouest de la calotte du Groenland. En 1995, par exemple, la vitesse de déplacement de ces glaciers —mesurée entre deux images obtenues à un mois d’écart— atteignait 200 à 600 mètres par an. Mais les étés les plus chauds ne marquent pas d’accélération, c’est même l’inverse qui se produit. Comme si, quand la fonte est plus intense en surface, l’eau était mieux drainée, et affaiblissait la «lubrification» de la glace, ce qui a déjà été observé dans des glaciers d’Alaska.

Les données sont encore très minces, puisqu’elles ne portent que sur quelques années. Mais elles confirment qu’on n’a pas encore compris grand chose sur le fonctionnement des glaciers du Groenland. Evidemment, on en saurait un peu plus si les canards de la Nasa voulaient bien réapparaître. Mais plus de deux ans après le début de leur voyage, ils semblent se plaire dans les entrailles du pays blanc.

En rouge, le courant qui apporte de la chaleur vers l'Arctique. En blanc, le mouvement des glaces de mer © R. Spielhagen et al./Science

En rouge, le courant qui apporte de la chaleur vers l'Arctique. En blanc, le mouvement des glaces de mer © R. Spielhagen et al./Science

Si ces travaux sont confirmés, cela signifierait que le réchauffement climatique n’accélère pas la disparition de la calotte du Groenland. Il n’y aurait donc pas d’effet «boule de neige» à ce niveau. Ce qui ne signifie pas, bien sûr, que l’évolution climatique ne joue aucun rôle sur l’avenir de ces glaces continentales.

D’ailleurs, d’autres travaux sont venus souligner à quel point le climat de l’Arctique est en surchauffe (3). Entre le Groenland et l’archipel norvégien de Svalbard, le courant océanique qui remonte vers le Nord affiche une température de 6°C ces dernières années, un record. Depuis deux mille ans, la température y aurait grimpé de 2,6°C. Calculée par rapport à 1890, la hausse s’établit à 0,8°C (4). Signe que l’océan Arctique reçoit plus de chaleur de son voisin Atlantique.

(1) Nature du 27 janvier 2010.
(2) Lire «Avec la Nasa, les glaciers cancanent » et «Les canards de la Nasa sont portés disparus ».
(3) Science du 28 janvier 2010.
(4) Ces données sont obtenues par l’analyse de foraminifères, de minuscules organismes unicellulaires recouverts d’une coquille calcaire qui sont piégés dans les sédiments.

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