Faut-il fabriquer des OGM au Lycée?

Par Denis Delbecq • 1 février 2011 à 9:56 • Categorie: A la Une
Boite de pétri © Université de Californie à Los Angeles

Boite de pétri © Université de Californie à Los Angeles

Comme quoi, lire la presse scientifique anglo-saxonne à du bon. C’est en effet en consultant le site internet de Nature que j’ai découvert une polémique bien discrète: faut-il initier les lycéens français à la création d’organismes génétiquement modifiés?

Selon Nature, depuis cette année, l’ensemble des lycéens français peuvent se voir proposer, dans le cadre des travaux pratiques en sciences de la vie, d’altérer l’ADN de la star des bactéries, Escherichia coli pour en faire un OGM. Facultative, cette séance est proposée par les enseignants qui le désirent. Jusqu’à présent, seuls les élèves de terminale y avaient accès.

On s’en doute, cet enseignement fait grincer quelques dents. Ainsi, la Criigen entend demander au Ministère de l’Education nationale de sursoir. Gilles-Eric Séralini, le biologiste qui président le comité scientifique du Criigen (1) a expliqué à Nature que ce type de travaux pratiques ne devrait pas être proposé avant l’université. Soulignant les contraintes techniques et juridiques sur la manipulation d’OGM en milieux confinés, il s’affirme aussi «inquiet que les travaux pratiques érodent le temps disponible à l’enseignement de la biologie», selon Nature. Comme si les TP ne permettaient pas de diffuser des connaissances…

Chez les enseignants du secondaire en sciences de la vie consultés par la revue britannique, on s’étonne de cette sortie du Criigen, alors que de tels TP existent depuis dix ans en terminale, et qu’ils seront optionnels pour les lycéens plus jeunes. Et on explique qu’il est important d’enseigner des sciences en prise avec la réalité. Ce qui n’est pas faux. Bref, si les conditions de sécurité sont réalisées, pourquoi ne pas initier nos chères têtes blondes aux biotechnologies? Après tout, les bactéries OGM ne sont-elles pas mises à contribution pour fabriquer toute une panoplie de médicaments (insuline, hormones de croissance, vaccin anti hépatite-B) sans que cela dérange personne? Chacun peut se faire une idée de l’expérience en cause, grâce à cette présentation du «TP-OGM» faite par un enseignant de biologie.

Si la position de Séralini peut sembler étrange, l’unique réaction que j’ai trouvée sur internet étonne aussi. Ainsi, sur le site Biofortified réalisé par un groupe d’enseignants et d’étudiants américains, l’un des auteurs compare la démarche du Criigen sur ce dossier à celle des mouvements créationnistes… «Il commence à ressembler à une organisation comme le Discovery Institute aux Etats-Unis qui fait pression sur les enseignants pour qu’ils évitent d’aborder la question sensible de l’évolution.» Et si je ne partage pas forcément les avis du Criigen, la comparaison est me semble-t-il un peu forcée.

Le plus étrange dans tout cela, c’est le silence absolu de l’internet et des médias francophones sur le sujet, et même des communicants du Criigen. La polémique semble circonscrite à quelques cercles fermés. On peut se féliciter que Nature ait choisi de mettre le sujet sur la table. Parce que l’enseignement des sciences, c’est vraiment important. Même si le plan de Luc Chatel semble bien léger pour espérer faire remonter le piètre niveau de culture scientifique des élèves français. Il n’y a qu’à relire la dernière enquête Pisa de l’OCDE pour s’en rendre compte (2).

(1) Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique
(2) Voir notamment le tableau page 9 de l’enquête réalisée en 2009.

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , ,