Bonus-malus, des chiffres en trompe l’œil

Par Denis Delbecq • 27 décembre 2010 à 11:59 • Categorie: A la Une

Ah, ça bosse dans les ministères pendant la trève des confiseurs. Enfin les logiciels d’emailing puisqu’hier un communiqué de presse a été adressé aux journalistes par un quarteron de ministres, pour expliquer le cru 2011 du bonus malus automobile. Et si NKM, la ministre de l’écologie figure en bonne place, c’est bien le service de presse du ministère des finances qui a adressé le message. Tout un symbole.

A lire la prose ministérielle, le bonus automobile serait une grande réussite. En deux ans, la moyenne kilométrique du CO2 émis par les voitures a baissé de 149 grammes à 131 grammes, «soit une réduction de 12% de rejet de CO2». Une baisse non négligeable mais annoncée d’une manière qui triche furieusement avec la réalité. D’abord parce qu’il s’agit des émissions théoriques des seules voitures vendues en 2009 et 2010, et non de l’ensemble du parc automobile français. Ensuite, parce que tout cela ne tient évidemment pas compte des émissions de CO2 provoquées par la fabrication de ces voitures… qu’il faudra des années pour «récupérer» à raison de 18 grammes évités au kilomètres. Enfin, et c’est là le plus surprenant de la part de ministères aussi qualifiés pour la calculette que le ministère des Finances ou du budget, le communiqué annonce qu’il y a eu «une baisse significative de la consommation de carburant»… alors que c’est l’inverse.

Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est que cette «baisse significative» n’était pas chiffré. J’ai donc filé sur le site de l’UFIP pour avoir quelques données corroborant l’optimisme ministériel. Et là, surprise, si la consommation de carburant a effectivement chuté en 2008 —rappelez vous, le baril avait grimpé à 138 dollars cette année-là—les livraisons de carburant sont reparties à la hausse en 2009 et 2010 (1), comme le montre ce petit graphique tracé à partir des données de l’UFIP.

Et oui, mesdames messieurs les ministres. Ce n’est pas parce que les voitures neuves consomment un peu moins que la quantité d’essence brûlée diminue. Car entre les deux, il y a le nombre de kilomètres parcourus, l’impact du prix de l’essence, l’optimisme des français et le niveau d’activité économique…

(1) A moins que les français se soient mis tout à coup à stocker l’essence, les livraisons correspondent à peu de choses près à la consommation.

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