L’énergie verte est le «Spoutnik» de la Chine

Par Denis Delbecq • 10 décembre 2010 à 10:58 • Categorie: A la Une

«Un nouveau Spoutnik». C’est ainsi que le ministre américain de l’énergie Steven Chu a qualifié ce qui se passe sur la scène internationale en matières de technologies propres. Une manière de rappeler le choc des Américains, se découvrant distancés par l’URSS dans la conquête spatiale avec le lancement du premier satellite artificiel de la Terre en 1957. Mais cette fois, c’est la Chine qui est dans la tête du pouvoir américain. La Chine qui accentue un effort déjà spectaculaire pour développer les énergies renouvelables et la capture du gaz carbonique, entre autres technologies d’avenir.

En novembre 1957, deux semaines après le lancement de Spoutnik, rappelle Steven Chu, le président Eisenhower s’était publiquement inquiété de l’effort soviétique de formation de scientifiques dans toutes les disciplines. «Selon mes conseillers scientifiques, c’est le problème le plus critique pour les américains. Mes conseillers le placent au dessus de tout, de la production de missiles et du développement de techniques pour l’armée. Nous avons besoin de scientifiques pour les dix prochaines années.» Appel suivi d’effet, puisque les Etats-Unis ont alors consenti un effort colossal pour reprendre l’avantage, couronné par l’arrivée d’un américain sur la Lune en 1969.

Aujourd’hui, les USA s’inquiètent de la dégradation de leur compétitivité, et de la perte de leur leadership technologique, notamment en matière d’énergie. Et ce n’est pas le dernier rapport d’Ernst & Young sur l’attractivité des pays en matière d’investissements dans les énergies vertes qui contredira Steven Chu. Pour les auteurs, le coût de l’innovation en matière de green tech devrait être compensé par les bénéfices dans peu de temps, quelque part entre 2011 et 2013. Sans doute sitôt la récession achevée. Et le classement d’Ernst & Young est sans appel: la Chine confirme sa place de numéro un en terme d’attractivité, devant les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Inde, la Grande-Bretagne, l’Italie et la France (c’était avant l’étrange moratoire sur le photovoltaïque imposé par Fillon). La Russie ne figure pas dans cette liste des trente premières puissances renouvelables.

Il y a quelques jours, le Quotidien du peuple expliquait, à l’issue d’un forum sino-américain sur les énergies renouvelables, que l’industrie chinoise de l’éolien est prête à partir à la conquête du marché mondial, même si elle n’a pas encore franchi le pas; ce qu’a pourtant fait le secteur du solaire photovoltaïque, avec le succès que l’on sait. Mais les consignes de la dictature chinoise sont claires: après avoir été l’usine du monde pour les produits bas de gamme, la Chine fera tout pour inonder le marché de produits high-tech. Et la stratégie efficace: on développe un puissant marché national qui sert de base à une conquête du marché mondial. C’est ce que l’on verra aussi en matière de voitures, scooters et vélos électriques, ou de lignes électriques à faibles pertes.

Histoire de «rassurer» Steven Chu, la Chine progresse vite en matière de production scientifique, comme l’avait détaillé mon confrère Sylvestre Huet fin octobre. Elle serait aussi le quatrième pays de la planète pour les investissements en recherche et développement, après les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne. Et comme ces dépenses ne pèsent que 1,7% du PIB chinois, contre 3% aux Etats-Unis, la marge de progression est importante. Signe des temps, c’est un supercalculateur chinois qui occupe depuis un mois la tête du classement mondial des moyens de calcul. Pour l’instant, il s’appuie encore sur des puces Intel, de conception américaine, mais pour combien de temps?

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