Solaire à domicile, attrape-gogo ou opportunité?

Par Denis Delbecq • 10 août 2010 à 13:50 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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En Caroline du Nord, région peu réputée pour l’ensoleillement de ses journées, deux scientifiques américains annoncent que dans leur Etat, les courbes de prix de revient de l’énergie nucléaire et du solaire photovoltaïque se sont croisées cette année. Dans une étude réalisée pour l’ONG North Carolina Watch —antinucléaire est-il besoin de le préciser—, John Blackbum et Sam Cunningham calculent que le prix moyen du kilowatt-heure photovoltaïque est désormais de 16 cents en Caroline du Nord (12-14 cents pour les grosses installations, 14-19 cents pour les panneaux installés à domicile). Un coût qui devrait nettement chuter d’ici 2020, selon les auteurs de l’étude. Côté nucléaire, Blackbum et Cunningham reprennent à leur compte les calculs de Mark Cooper (Vermont Law School’s Institute for Energy and the Environment, 2009) qui donnent un coût de production moyen de 16 cents pour le kilowatt-heure d’origine nucléaire (avant distribution), avec une nette tendance à la hausse. Ils tracent ensuite les courbes suivantes (en dollar 2010) qui laissent penser que dans dix ans, le solaire PV serait cinq à six fois moins cher, en Caroline du Nord, que le nucléaire.

Quelques remarques sur ces résultats. Blackbum et Cunningham ne soufflent pas de chiffre sur les infrastructures à mettre en place pour un déploiement massif du solaire électrique (absence de production la nuit, météorologie, alternance été/hiver). Qui devraient sans doute dépasser les coûts de l’électricité produite dans les panneaux. A l’inverse, ils donnent quelques chiffres sur les investissements publics et subventions qui sont déversés chaque année sur le nucléaire américain, bien plus que sur le solaire d’ailleurs. Mais il reste quand même un goût d’inachevé dans ces travaux (2).

En attendant, certains n’hésitent pas à jouer les effets d’annonce, sur le front du solaire à domicile. Comme la firme britannique Homesun, qui entend bien profiter des tarifs de rachat de l’électricité verte en Grande-Bretagne pour se remplir les poches. Elle a annoncé qu’elle entendait dépenser un milliard de livres sterling pour équiper « gratuitement » cent mille habitations en trois ans. Gratuitement, enfin ça dépend: pour certains, oui, mais pour les autres, Homesun équipe le logement en échange d’un droit d’entrée de 500 livres, de 5 livres mensuelles pour l’entretien, en promettant une réduction de 30% de la facture d’électricité à ses clients. Dans les deux cas, le contrat court sur 25 ans.

Le Guardian s’est longuement penché sur ce business en plein essor outre-Manche. Car Homesun n’est pas la seule à se ruer pour faire signer les particuliers. Londres a mis en place des tarifs incitatifs, espérant produire 1,6% de son électricité en 2020 avec des micro-installations (vent, soleil, etc.) domestiques, pour un surcoût annuel estimé à huit livres sterling (neuf euros soixante) par abonné britannique à l’électricité en 2020 (3). Le quotidien britannique pose une bonne question: est-ce rentable de louer ainsi son toit pour 25 ans? Pas si sûr, car l’offre « 100% gratuit » de Homesun représente une économie estimée à 2750 livres sterling (3300 euros) en 25 ans. La même installation de 4 kW —estimée à 10000 livres sterling (12000 euros) — financée par le particulier avec un emprunt sur 10 ans à 7,7% d’intérêts annuels, lui ferait économiser —au bout de 25 ans— 6506 livres sterling (7800 euros) , calcule le Guardian. A condition qu’il trouve une banque pour prêter de quoi financer l’installation. Car dans son modèle de location sans frais, Homesun encaisserait 835 livres sterling (1000 euros) annuelles, tandis que l’occupant n’en récupèrerait que 110 livres sterling (132 euros) par an… Pour ceux qui lisent l’anglais, le Guardian livre de nombreuses références, à commencer par une liste de 24 questions à se poser avant de signer, proposée par une organisation de consommateurs britanniques. Le Forum Photovoltaïque donne une mine d’informations sur le fonctionnement du rachat d’électricité solaire en France

(1) Les panneaux qu’on installe sur des toits de maisons et d’immeubles, par exemple, et qui produisent de l’électricité dès qu’il y a du soleil.
(2) Toutes les références citées par les deux auteurs sont dans leur document.
(3) 0,43 livre par kilowatt-heure garantis jusqu’en 2012, soit 50 centimes d’euros, contre 58 centimes par kilowatt-heure racheté par EDF en France.

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