Marée noire, la compil américaine

Posté le 4 août 2010 dans la catégorie:A la Une. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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BP qui vend les bijoux de famille, le congrès US qui n’arrive pas à durcir sa facture, des dispersants scrutés à la loupe, un tour d’horizon de l’actualité de la marée noire. Avec une bonne nouvelle, le «static kill» du puits semble avoir fonctionné.

Construction d'une digue de sable en Louisiane © Western Carolina University

Construction d'une digue de sable en Louisiane © Andy Coburn - Western Carolina University

Ainsi donc, l’assassinat programmé du puits Maconbo est en phase avancée. BP a annoncé que l’opération de “meurtre statique” effectuée cette nuit a été un succès: des boues épaisses ont été injectées dans le puits défectueux, qui semble désormais colmaté, en attendant la mise à mort définitive, programmée mi-août, par injection de béton à partir des puits de secours, dont le forage et le tubage sont presque achevés.

En revanche, ce qui s’est passé au Congrès n’est pas une bonne nouvelle pour l’administration Obama. Faute d’un soutien suffisant, le sénat a suspendu les travaux sur un texte visant à supprimer la limite de 75 millions de dollars de dommages qu’une compagnie doit verser en cas de pollution au pétrole. Et c’est embêtant, parce que les huiles de l’administration américaine ont recalculé le volume de pétrole écoulé depuis le 20 avril: 4,9 millions de barils, soient environ 540000 tonnes, dont seulement 89000 tonnes ont été récupérés. Alors soixante-quinze millions de dollars (1), ça ne fait pas cher le nettoyage d’une boulette de cent grammes…

Le pire pour Obama, c’est que non content d’avoir saboté le Climate act, des élus démocrates ont flingué le texte qui visait à faire payer à BP le prix fort pour la marée noire de Deepwater Horizon. Et si le chef des sénateurs démocrates s’est plaint du manque de patriotisme des républicains, il semble bien que deux de ses copains —élus en Louisiane et en Alaska, états pétroliers s’il en est— ont aussi fait faux-bond. C’est à n’y rien comprendre, sauf à regarder plus attentivement le texte. Car la législation ne se contentait pas de lever la limite de responsabilité financière des pollueurs. Il prévoyait aussi des subventions pour les travaux d’efficacité énergétique dans les logements, des incitations fiscales à l’achat de voitures électriques et au gaz naturel, et divers financement pour des projets fédéraux. Et, c’est sans doute ce qui a coincé, un durcissement des règles d’exploration et d’exploitation du pétrole.

Mais BP n’est pas dupe, tôt ou tard, Washington lui adressera une facture à onze chiffres. Alors la compagnie britannique continue à vendre les bijoux de famille. Elle s’est ainsi débarrassée de ses activités colombiennes, cédées à la compagnie nationale Ecopetrol (sic!) et à la firme canadienne Talisman. Près de deux milliards de dollars de cash, qui iront dans la cagnotte de trente milliards que BP concocte pour anticiper la plus grosse facture de son histoire. Comme je vous l’avais raconté, BP a bien décidé de mettre ses partenaires à contribution: ils ont reçu des factures totalisant près de 1,3 milliards…

Signalons au passage que, la plupart du pétrole rejeté depuis avril ne se trouverait plus dans l’océan. Seul un quart serait encore dans l’eau, sous une forme fractionnée qui est dégradée par les bactéries. L’Agence de l’environnement (EPA) a aussi publié ses dernières analyses de la toxicité des produits dispersants (2). Et c’est assez étrange puisque l’EPA affirme que le mélange pétrole-dispersant n’est pas plus toxique que le pétrole tout seul, contrairement à ce que même un fabricant de produit avait fini par reconnaître publiquement. Le Sénat a lancé une commission d’enquête sur l’usage de ces produits, dont 4 milliards de litres ont été déversés dans le Golfe du Mexique, alors qu’une polémique a éclaté au sein même de l’Agence de l’environnement.

Au fait, les digues de sable géantes que le gouverneur de Louisiane a réclamé, elles en sont où? Après avoir été submergée par les vagues de la tempête Alex, passée sur le Mexique, la principale île artificielle continue de s’agrandir, faisant la fortune de quelques entreprises. Mais ce n’est pas du goût de tout le monde, et une trentaine de scientifiques ont adressé une lettre ouverte à l’administration fédérale pour demander l’arrêt des travaux.

NB: Pour les autres fuites et marées noires de notre bonne vieille Terre, vous pouvez toujours lire la «Chronique d’un monde addict au pétrole» si ce n’est déjà fait..

(1) Ça fait cinq fois moins cher que la valeur du pétrole au cours du jour!
(2) essais conduits sur des crevettes et des poissons juvéniles

Denis Delbecq

 

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2 Réponses pour “Marée noire, la compil américaine”

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Blm, Denis Delbecq. Denis Delbecq a dit: Marée noire, la compil' américaine. http://bit.ly/cSiOLL [...]

  2. [...] beaucoup parlé de Louisiane et de marée noire. Au début du mois, je vous avais proposé une compil’ américaine sur les folles aventures de BP dans le Golfe du Mexique, et leurs conséquences sur la politique [...]

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