Du pétrole de BP sur les côtes françaises? Décryptage.

Par Denis Delbecq • 8 juin 2010 à 9:26 • Categorie: A la Une
© NCAR

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Comment faire flipper le public inutilement? Ce week-end, j’ai croisé plusieurs personnes très inquiètes que le pétrole de Deepwater Horizon puisse débarquer sur les côtes françaises. C’est ce qu’elles avaient entendu ou vu, à la radio comme à la télévision, m’ont-elles dit. J’ai eu beau expliquer que si c’était le cas, le pétrole serait si dilué qu’il n’aurait aucun effet sur la faune et la flore aquatique de nos rivages, je n’ai eu droit qu’à des moues dubitatives, genre «cause toujours».

Il faut dire que les américains se jettent sur cette marée noire comme la vérole sur le bas clergé. Trop heureux de trouver une nouvelle source de financements, les scientifiques du Centre national américain de recherche atmosphérique (NCAR) y sont allé de leurs modèles tout en couleurs qui simulent la propagation du pétrole depuis le Golfe du Mexique. Ils ont modélisé le déplacement d’un colorant qui serait libéré à 20 cm de la surface de l’eau, et laissé tourner les modèles de courantologie. Une fois dans le Gulf Stream, la pollution se déplacerait ainsi de 160 kilomètres par jour.

Bien évidemment, l’équipe qui publie ces travaux a enfilé une bonne série de gants et ouvert les parapluies. Expliquant que tout cela dépend du fameux «courant boucle» le long de la Floride, et des conditions météorologiques. Autant de phénomènes qui ne se prévoient que quelques jours à l’avance. Ensuite, l’«encre» utilisée pour les simulations a la densité de l’eau, pas celle du pétrole, et ne forme pas de boulettes ou des nappes. Enfin, la modélisation oublie un facteur essentiel: la dégradation du pétrole par les bactéries. Parce que le brut n’est pas un «produit chimique», c’est somme toute quelque chose d’assez naturel et certaines bactéries en font des festins, et fort heureusement.

Qu’adviendra-t-il du pétrole qui s’est échappé dans le Golfe du Mexique? Celui qui ne va pas à la côte va se diluer et se propager. Sans compter que les dépressions tropicales vont accélérer le mélange et la dilution de la pollution. Oui, peut-être que du pétrole viendra lécher les côtes françaises atlantique. On a bien trouvé encore en 2007 près de Brest un canard de plastique échappé d’un navire chinois qui avait perdu sa cargaison de jouets en 1992. Mais le pétrole sera si dilué —à des concentrations homéopathiques— que personne ne pourra ni le détecter, ni en relever les effets. D’ailleurs, du pétrole naturel, il y en a partout. Sur ma plage du Pas-de-Calais, l’érosion a découvert des tourbières. Il suffit d’en ramasser un peu et de se frotter les mains dessus pour sentir une nette odeur d’hydrocarbures…

On a coutume de dire que l’ennemi du marin, c’est la Terre. Et quand il s’agit de pollution, l’ennemi de l’océan est aussi la Terre. Car l’essentiel de ce qui est déversé vient des côtes, ou via les fleuves, même quand on parle de pétrole. Les modèles du NCAR ont au moins un avantage: confrontés à la réalité, il permettront d’améliorer les modèles de circulation le long des côtes américaines. Pour le reste, encore faudrait-il être capables d’observer d’infimes concentrations de pétrole par satellite. Ce n’est pas demain la veille.

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