Allègre contre Politis, le baroud du déshonneur

Par Denis Delbecq • 21 mai 2010 à 15:35 • Categorie: A la Une
© Politis

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Ainsi donc, Allègre a-t-il choisi de s’en prendre à Politis. L’ancien ministre poursuit l’hebdomadaire pour «diffamation publique envers un fonctionnaire public» à propos d’une tribune parue le 18 juin 2009 (ça ne s’invente pas!) et titrée «Claude Allègre, une question d’éthique». Les sept auteurs (le huitième, Jean-Yves Barrère est décédé depuis) et le directeur de publication Denis Sieffert seront donc poursuivis pour avoir relaté les aventures passées d’Allègre, et notamment la célèbre affaire du volcan La Soufrière de Guadeloupe en 1976 (1).

A la lecture du texte de Sieffert annonçant la mise en examen, j’ai contacté la rédaction du journal. Etonné que j’étais du délai qui sépare les faits et le lancement de la procédure. Car pour une diffamation “de droit commun”, il y a —si ma mémoire est bonne— un délai de prescription de trois mois. Mais à Politis, on m’a précisé qu’il n’y a pas de prescription pour la «diffamation publique envers un fonctionnaire public». L’hebdomadaire a lancé une pétition de soutien, que j’ai signée hier. A l’heure où j’écris ces lignes, 1807 1822 personnes ont apposé leur paraphe électronique.

Pourquoi s’en prendre ainsi à Politis? Pourquoi pas au Monde, à Libération, et en particulier à son journaliste Sylvestre Huet qui vient de signer un vigoureux pamphlet (2)? Pourquoi pas contre Médiapart et ma consœur Jade Lindgaard, qui avait comparé, en février 2010, Allègre à un certain Jean-Marie Le Pen, ou contre moi-même qui avait écrit la même chose en septembre 2009 dans ces modestes colonnes, après la parution d’une tribune de l’ex-ministre dans Nice-Matin? Et surtout, pourquoi Allègre a-t-il attendu tant de temps (3) pour saisir la justice? Voulait-il être sûr que son avenir politique dans la sphère Sarkozienne était définitivement enterré avant de remettre l’«Affaire de la Soufrière» sur le tapis?

Personne n’a de réponse à ces questions. Mais en portant le débat sur le terrain de la justice, Allègre offre un inespéré coup de pub à l’indispensable hebdomadaire. C’est toujours cela de gagné!

(1) Geneviève Azam, (économiste, université Toulouse-II), Jean-Yves Barrère (économiste, fondateur du Cedetim, décédé en juillet dernier), Denis Clerc (fondateur d’Alternatives économiques), Benjamin Dessus (économiste, président de Global Chance), Jean Labrousse (ancien directeur de la météo nationale), Gus Massiah (président du Crid), Michel Mousel (ancien délégué aux risques majeurs), Jacques Testart (biologiste).
(2) L’imposteur, c’est lui – Réponse à Claude Allègre, de Sylvestre Huet, Editions Stock, 198 pages, 12€.
(3) C’était dans les tuyaux depuis janvier mais la convocation pour la mise en examen n’a eu lieu que mercredi.

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