Viande de baleine, la preuve d’un trafic international

Par Denis Delbecq • 15 avril 2010 à 13:10 • Categorie: A la Une
Baleine de Minke en Islande © Denis Delbecq

Baleine de Minke en Islande © Denis Delbecq

Il y a un mois, je vous avais raconté les mésaventures d’un restaurant chic à sushi de Los Angeles, pris la main dans le sac à vendre de la viande de baleine. Une affaire abondamment traitée dans les médias américains, qui vient de se prolonger dans la sphère scientifique. Dans un papier de Biology Letters, une équipe de onze chercheurs américains, japonais et sud-coréens démontre de manière quasi certaine que les baleines pêchées par le Japon atterrissent sur les marchés américain et coréen.

C’était bien évidemment un secret de Polichinelle. La couverture prétendument scientifique revendiquée par le Japon pour pêcher la baleine n’est qu’un leurre pour les membres de la Commission baleinière internationale. Et une partie de la viande est ensuite exportée, en violation des conventions internationales sur le commerce des espèces menacées (CITES).

L’an dernier, sans se connaître, des militants écologistes et des scientifiques se procurent des sashimis de baleine dans un restaurant huppé de Los Angeles, et dans un restaurant de Séoul. Objectif, déterminer les espèces concernées et la provenance de cette chair.

A Los Angeles, Charles Hambleton a acheté quatre sashimis, dont deux étaient présentés comme étant de la baleine, et deux autres comme du cheval. Il confie la viande à un groupe de scientifiques, pour conduire une analyse génétique des échantillons. Qui confirment qu’il s’agit de « baleine de Sei », une espèce classée « en danger » sur la liste rouge de l’UICN. L’autre viande, elle, n’est pas du cheval mais du bœuf… Mieux, les analyses confirment que la viande de baleine provient de produits achetés au Japon en 2007 et 2008, qui proviendraient d’un même animal tué dans le Pacifique Nord par la flotte baleinière japonaise dans le cadre de son programme de recherches scientifiques. Ce qui motivera l’enquête fédérale déclenchée en mars dernier, dont je vous avais parlé.

En Corée, ce sont au total treize sashimis qui sont achetés dans un restaurant de Séoul en juin et septembre dernier. L’analyse révèle qu’il s’agit de baleine Minke, de baleine de Sei, de rorqual commun et même de dauphin. La plupart des échantillons ne peuvent provenir d’une pêche locale, car les animaux correspondants ne se trouvent pas dans l’hémisphère nord. La viande de baleine de Sei s’avère provenir d’un lot acheté au Japon en 2007, selon toute vraisemblance: la correspondance génétique est parfaite, avec un risque d’erreur évalué à moins d’une chance sur dix milliards…

En parallèle de l’enquête de justice engagée en Corée et aux Etats-Unis, les scientifiques ont demandé au Japon de rendre public son registre des données génétiques sur les animaux tués pendant ses campagnes de pêche. Ce qui serait l’occasion d’apporter une preuve définitive que la viande de baleine fait bien l’objet d’un trafic international au regard de la CITES. Et si le Japon devait être dédouané de ces infractions, cela prouverait qu’il existe une autre source de trafic, ce qui, pour les chercheurs, serait tout aussi inquiétant. En Juin, la Commission baleinière internationale devra à nouveau se prononcer sur la levée du moratoire, sous la pression du Japon, de l’Islande et de la Norvège.

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , , , , , , ,