Le végétarien est-il un ennemi de la planète?

Par Denis Delbecq • 15 février 2010 à 13:29 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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C’est un travail formidable qu’ont réalisé les chercheurs britanniques de l’Université de Cranfield, pour le compte du WWF. Objectif: évaluer la part de la consommation alimentaire dans les émissions de gaz à effet de serre de la Grande-Bretagne. Bizarrement, la presse britannique a attendu plusieurs semaines pour s’en emparer, en donnant depuis quelques jours un coup de projecteur sur un seul aspect de l’étude: faut-il devenir végétarien pour réduire son empreinte sur le climat?

Evidemment, chaque journal y est allé d’une manière qui lui est propre. Et le Dailymail, qui déteste autant les écologistes que les climatologues, d’expliquer qu’«Etre végétarien fait plus de mal à l’environnement que manger de la viande». En ligne de mire, le tofu et le quorn, un truc dont je ne connaissais pas l’existence avant de lire ce rapport (1). Ces deux produits, parce qu’ils font appel à une matière première importée (qui provoque de la déforestation au Sud) et à un procédé industriel lourd de fabrication, sont en effet plus émetteurs de GES que la viande qu’ils remplacent, selon le rapport de l’université de Cranfield. Mais s’appuyer là-dessus pour dire que le végétarien nuit à la planète, c’est quand même un peu fort de café. La plupart des gens qui ont nettement réduit leur consommation de viande, dont je suis, n’ont jamais mangé de tofu ni de quorn!

Non, décidément, ce qui est intéressant dans ce rapport, c’est de voir à quel point la bouffe pèse dans nos émissions de gaz à effet de serre. Selon les chercheurs, qui ont passé en revue plus d’une centaine d’aliments, ce seraient ainsi 20% des émissions britanniques qui viendraient de l’alimentation. En tenant compte des conversions de terres pour l’agriculture qui sont nécessaires fournir les aliments importés par la Grande-Bretagne, l’empreinte « effet de serre » grimpe de moitié. Ce qui, selon le rapport, mettrait la nourriture à 30% des émissions réelles du pays. Un chiffre que je ne retiendrai pas, car il prend en compte l’impact total des importations de bouffe (production, transport et déforestation), mais visiblement pas les importations de biens et services.

Grosso modo, la part de la production de la nourriture et de son transport jusqu’à un grossiste régional pèserait au total (importations comprises) 55% des émissions liées à l’appétit de nos voisins. Et bien sûr, plus une bonne est industrialisée, plus cette part est élevée. Ce qui laisse 45% pour le transport, la distribution, et l’élaboration des repas! On attend avec impatience de lire une étude analogue sur notre gourmand pays. Je dois l’avouer, j’ai une faiblesse pour la cuisine au gaz de ville… et je la fait souvent! (2)

(1) Vive l’internet! Un aliment obtenu par fermentation pour obtenir un champignon riche en protéines, en ajoutant du sucre, des vitamines et des sels minéraux.
(2) Vous aimez le ceviche? Remplacez le poisson par des champignons de Paris coupés en petits cubes. Une merveille découverte à Buenos Aires et testée à la maison depuis. Comme quoi voyager peut contribuer à réduire l’empreinte carbone à domicile!

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