Finalement, Obama aime le nucléaire, à moins que…

Par Denis Delbecq • 8 février 2010 à 12:23 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Que se passe-t-il donc dans le nucléaire américain? Soupçonné de faire la sourde oreille, Obama avait répliqué en annonçant 54 milliards de prêts à l’industrie nucléaire dans le budget 2011, le triple du montant voté par le Congrès. De quoi satisfaire l’industrie nucléaire américaine qui dépense des fortunes pour convaincre l’administration que sans appui financier conséquent, le nucléaire continuera de végéter aux Etats-Unis. Mais sans doute pas de quoi relancer l’industrie tant les coûts de fabrication ont grimpé.

Mother Jones raconte ainsi que la ville texane de San Antonio souhaite se retirer d’un projet de centrale nucléaire lancé en 2007 avec NRG Energy. A l’époque, le budget était estimé à 5,8 milliards de dollars (pour deux réacteurs). Un an plus tard, a facture prévisionnelle a grimpé à 13 milliards, et il se murmure désormais que l’addition pourrait grimper à 22 milliards. Et CPS, la firme municipale, a décidé de retirer ses billes. Une procédure judiciaire a donc été engagée par NRG qui lui contestele droit de modifier sa participation. Et en dépit de l’intérêt porté par l’industriel japonais Tokyo Electric Power et de l’aide que Washington pourrait lui accorder, NRG pourrait bien abandonner le projet. Détail important, il s’appuyait sur la technologie de troisième génération de General Electric, et non sur celle d’Areva.

Restons-en aux chiffres officiels. Ça nous met le réacteur à 6,5 milliards de dollars pièce, soit 4,8 milliards d’euros. Une évaluation qui parait raisonnable si on regarde la facture de l’EPR Finlandais d’Areva (6 milliards d’euros) et les plus de quatre à cinq milliards de celui de Flamanville. Sauf qu’en France on annonce des prix bidons avant la construction, et on les fait flamber ensuite… Tandis qu’aux Etats-Unis, les prix flambent tous seuls, bien avant le démarrage du chantier, puisqu’il ne devait démarrer qu’en 2012. Et si on en croit le rapport indépendant cité par Mother Jones, chaque réacteur du projet texan nécessiterait plus de onze milliards de dollars…

Fort de ces nouvelles, et en dépit des nombreux projets —de papier pour le moment— et des promesses de Washington, verra-t-on une renaissance du nucléaire américain? Rappelons qu’aucun chantier n’a été engagé —si ma mémoire est bonne— depuis l’accident de la centrale de Three-Miles Island? Rien n’est moins sûr. Car à supposer que les 54 milliards de prêts annoncés par la Maison-Blanche en 2011 soient effectivement versés, le ministre de l’énergie a reconnu qu’ils ne pourraient au mieux subventionner que 7 à 10 réacteurs. Et d’ailleurs, encore faudrait-il qu’autant de réacteurs aient besoin de fond. Car beaucoup de projets sont suspendus, en raison des interrogations des autorités fédérales sur leur sûreté, à commencer par celle de l’EPR, mis en cause récemment par les autorités de sûreté nucléaire française et britannique. Ajoutez-y l’abandon du «cap-and-trade», un encadrement des émissions industrielles de gaz carbonique, concédé ces derniers jours par Obama aux Républicains pour sauver le peu de ce qui reste dans sa loi sur le climat, et vous comprendrez qu’on doit être déçu chez Areva et consorts.

N’allez pas penser que j’approuve pour autant la dissolution du cap-and-trade dans le consensus parlementaire américain. Faute de mieux, c’est encore ce qu’il y avait de plus efficace pour pousser les industriels étatsuniens à réduire leurs émissions. Mais contrairement à ce qu’en disent les «experts», le nucléaire n’est pas plus viable sans subvention que les sources d’énergies renouvelables. On appellera ça la preuve par Obama: on accepte les financements électoraux du lobby nucléaire, on abandonne le projet de stockage des déchets à long terme de Yucca Mountain, on donne des gages à coup d’annonces budgétaires à grand fracas, et on espère surtout que l’industrie nucléaire jettera toute seule l’éponge. Car il y a fort à parier que les Etats-Unis ne parviendront même pas à remplacer leurs centrales atomiques vieillissantes (et fuyantes) avant des décennies… Rien que pour ça, il y aurait de quoi plomber le budget fédéral pour un sacré bout de temps. Et ça, Washington le sait parfaitement.

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , , , ,