Un peu de science himalayenne ne fait jamais de mal

Par Denis Delbecq • 5 février 2010 à 13:03 • Categorie: Lecture

Alors que la bourde du GIEC sur la disparition présumée des glaciers de l’Himalaya n’en finit pas de défrayer la chronique, la revue Environmental Research Letters publie une fort intéressante synthèse sur ce qui se passe sur le plateau Tibétain, conduite par des chercheurs chinois, allemand et britannique (1). Et s’il n’est bien sûr pas question de spéculer sur une hypothétique date de disparition des glaciers, les scientifiques nous rappellent que le Tibet subit une forte mutation.

Quelques données, en vrac: sur le front des températures, la hausse moyennée sur 90 stations de mesure est de 1,8°C entre 1960 et 2007, soit un rythme de 0,36°C par décennie. Sur la période 1961-2003, la moyenne des minima quotidiens de température a grimpé de 0,41°C par décennie tandis que celle des maxima quotidien a cru de 0,18°C par décennie.

Sur le front des précipitations, la situation est moins homogène. Elles ont augmenté ces dernières décennies au centre et à l’est de la région, tandis qu’elles reculaient à l’ouest. Elles restent soumises à une très forte variabilité interannuelle.

Sur le front des glaciers, la tendance est bien, globalement, à la diminution des surfaces. Une petite partie seulement des 36800 glaciers de cette région se sont étendus, expliquent Shichang Kang et ses collègues. L’étendue globale a baissé de 4,5% au cours des dernières décennies. Paradoxalement, la couverture neigeuse est à la hausse, probablement à cause d’une modification du régime de mousson.

La température des sols gelés, le pergélisol, n’en finit pas de grimper, du moins sur la dizaine de stations qui la mesurent jusque dix mètres de profondeur. A six mètres, elle aurait grimpé —en moyenne— de 0,43°C entre 1996 et 2006 (gamme 0,12°C à 0,67°C). Dans certaines partie du Tibet, la surface de pergélisol a décru de 36% en trois décennies.

Voilà pour le constat. Mais d’où viennent ces variations, parfois importantes, relevées depuis plusieurs décennies? Les chercheurs relèvent cinq causes. D’abord, le réchauffement climatique global. Ensuite, des modifications de couverture nuageuse et un effet de rétroaction: la disparition de la glace provoque l’absorption d’un surplus d’énergie solaire, qui accélère la débâcle. Mais selon Kang et ses collègues l’augmentation de la surface enneigée n’est pas compatible avec un accroissement de cet effet «boule de neige». Reste une grande inconnue: quel est le rôle joué par les fameux nuages de pollution asiatiques? On peut penser qu’ils contribuent à réchauffer le climat, mais il reste encore beaucoup d’inconnues sur la manière dont ils influence la circulation météorologique. De même, on en sait encore peu sur l’influence des changements dans l’utilisation des sols (urbanisation, dégradation des pâturages liée à l’élevage, etc.).

Bien évidemment, tous ces résultats sont à prendre avec des pincettes. Ils reposent sur un nombre limité d’observations, dans des stations qui ont pu être déplacées au cours des dernières décennies. De plus, rappellent les chercheurs, le manque de données à partir de 5000 mètres d’altitude est un sérieux handicap pour dessiner de manière plus complète ce qui se passe dans l’Himalaya chinois. Une fois encore, c’est un renforcement de la science qui permettra de mieux comprendre ce qui se passe sur le «troisième pôle» de la planète.

(1) Review of climate and cryospheric change in the Tibetan Plateau, Kang et al. En libre accès. Pour information, l’étude a été soumise en mai 2009, acceptée le 4 janvier 2010 et publiée le 22 janvier.

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