Le «climategate» a fait long feu

Par Denis Delbecq • 2 décembre 2009 à 1:28 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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C’est étrange. J’ai été peu présent dans ma veille ces derniers jours, affairé ce week-end et depuis deux jours à préparer puis entamer le stage de formation que j’encadre au Centre de Formation des Journalistes (de Paris), à propos du climat et du sommet de Copenhague. Et je constate combien le ton monte —dans ces colonnes— à propos de cette affaire de barbouzes, après le piratage de données de l’un des plus important centre de recherches sur le climat de la planète. Aussi vais-je tenter de résumer les nombreuses interrogations et réflexions que soulève cette triste affaire, puisque tout le monde semble reconnaître que les pièces volées sont authentiques.

Tout d’abord, la question qui me tarabuste depuis quelques jours: sur plus d’une décennie écoulée entre le premier et le dernier, seuls un millier d’emails ont été diffusés par le ou les hackers. Où sont passés les autres? A-t-on affaire à un mauvais pirate (de l’intérieur ou de l’extérieur) qui n’a pu mettre la main que sur ce stock de messages, dont quelques-uns posent des question sur l’éthique scientifique d’une poignée de chercheurs sur le climat? Ou bien, sommes-nous face à quelque chose de plus large, de plus organisé, un groupe d’activistes qui auraient pris le temps de choisir les contenus les plus « méchants », parmi des centaines de milliers de mails et de documents, pour nuire de manière la plus efficace possible aux chercheurs qui en sont les auteurs?

Parmi les 1073 mails que j’ai récupéré —et enfin lu—, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Je peux me tromper mais la quasi-totalité relève de l’échange et du jargon de chercheurs, sans éclairer quelque lanterne idéologique que ce soit. Seuls une poignée (une dizaine?) laisse penser que Jones et quelques autres ont pu avoir des idées peu ragoûtantes vis à vis de scientifiques qui ne partagent pas leur sentiment. Quelle découverte! Il y aurait donc des conflits entre chercheurs en climatologie? Diable. Ce serait le signe que cette discipline n’échappe pas à la règle. Les chercheurs ne sont pas des saints, juste des êtres humains. (Des paléontologues sont capables d’envoyer leurs concurrents en prison, d’ailleurs…). Jones n’a pas été viré, contrairement à ce que d’aucuns veulent faire croire. Jones a choisi de se mettre en retrait, le temps que lumière soit faite sur cette affaire. Je n’ai pas hurlé avec les loups —contrairement à certains confrères réputés— Jones et les autres mis-en-cause ont le droit de s’exprimer, de se défendre —ou alors le déchainement de haine provoqué par certains signerait sans équivoque leur corpus idéologique totalitaire. L’idée de créer une sorte de jury d’honneur à l’Université d’East Anglia est excellente, même s’il se trouvera toujours un couillon pour contester le choix des jurés, et un couillon de journaliste pour relayer ce dernier. Si Jones a effectivement ourdi des complots pour éliminer des concurrents, qu’il soit puni, suivant les mœurs universitaires. Mais avant de lapider un présumé innocent, regardons si nous-mêmes ne méritons pas la pierre.

Mais messieurs les sceptiques, négateurs ou négationnistes, peu importe le vocabulaire, comment pouvez-vous croire que l’opprobre jetée —sans le moindre respect démocratique— sur une poignée de scientifiques pourrait jeter aux orties le travail de milliers de chercheurs, appuyés aussi par des dizaines de milliers de techniciens, laborantins anonymes? Contrairement à ce que les paranos veulent nous faire croire, la quasi-totalité des données scientifiques sur le climat —et codes sources de programmes— sont publics. Et comme le souligne Tilleul, ce qui manque est en vente depuis que le libéralisme —qui transpire tellement dans certains propos— a transformé les entités météorologiques nationales en unités de profit. Il n’y a pas de complot sur le réchauffement climatique. Juste des scientifiques qui font leur travail de manière souvent admirable, et concluent —à la lueur des connaissances du moment, et pour la quasi-totalité d’entre eux— que la planète frise la surchauffe. Il y a aussi des gens que ça dérange. Pour des raisons idéologiques ou commerciales, que sais-je. Contrairement à ce qu’ils voudraient nous faire croire, nous ne sommes plus à l’époque de Galilée. Il ne s’agit pas d’un pape qui combat une idéologie qu’il juge dangereuse, parce qu’un ramassis de religieux lutte pour éviter de perdre le pouvoir. Il s’agit d’une avalanche sans précédent de résultats scientifiques vérifiés, corrélés, recoupés, malgré leurs incertitudes, qui nous conduisent à peser le risque de l’inaction. Certains couillons (escrocs, voyous?) voudraient nous faire croire qu’il faut surtout ne rien faire parce qu’on ne dispose pas d’un relevé météo de bouée au milieu du Pacifique en l’an 934. Je leur pose juste une question: qui vous paie pour venir ici et ailleurs, du lundi au dimanche, de l’aube jusqu’à la nuit, de janvier jusqu’à décembre?

Comme je l’ai souvent écrit, j’adorerai me tromper dans mes analyses. Parce que ce qui me reste de mes années de science, de thèse et j’en passe, c’est le goût du doute, de la copie blanche et du «on jette tout et on recommence». J’adorerai qu’un trublion apporte la preuve irréfutable que le climat se porte bien. Mais jusqu’à preuve du contraire, je suis privé de ce plaisir. Alors messieurs Allègre, Courtillot (qui sont polis), ou Abitbol, miniTAX et j’en passe (qui le sont beaucoup moins), que proposez-vous?

PS: je relève, non sans interrogation, que le sujet proposé, parmi d’autres, au vote des lecteurs de l’Express sur internet à propos du scepticisme climatique, n’a pas fait recette. Je le regrette puisque, conformément au verdict de ces « urnes », je ne pourrai aider les étudiants à enquêter sur cette drôle de galaxie qui me titille. Est-ce un signe que le climategate n’en est pas un, du moins dans l’opinion?

PS2: J’ai constaté que ceux qui me contestaient le droit d’user du terme de «négationniste» parlent de «collabos» pour évoquer ceux qui défendent des idées opposées aux leurs.

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