La mer de plastique n’a pas failli à sa réputation

Par Denis Delbecq • 2 septembre 2009 à 8:05 • Categorie: A la Une
Sur une plage, un déchet ordinaire © Denis Delbecq

Sur une plage, un déchet ordinaire © Denis Delbecq

Un martien dont la sonde toucherait l’eau du Pacifique aurait sans doute de quoi être surpris. Car il y a une douzaine d’années, l’océanographe américain Charles Moore annonçait avoir découvert ce qui a depuis été baptisé la «Mer de plastique», dans l’océan Pacifique. Une vaste étendue, des (dizaines de?) milliers de kilomètres carrés, où les courants ont concentré les débris de plastique déchargés chaque année par les cours d’eau, rejeté en mer par les marins, les pêcheurs et les plaisanciers. Une expédition de la Scripps Institution of Oceanography est rentrée la semaine dernière, après trois semaines passées à prélever 24h/24 des déchets, des échantillons d’eau et des spécimen de la faune et de la flore aquatique. La pêche fut prolifique sur plus de deux mille cinq cent kilomètres…

La Mer de plastique a parfois été comparée à une gigantesque île de déchets flottant dans le Pacifique. Il n’en est rien car la situation est plus insidieuse, cette pollution plus diffuse. Au cours de leur périple, chercheurs et doctorants de la Scripps ont observé la fameuse soupe plastique, décrite par Moore comme une eau de mer plus chargée en poussières microscopiques qu’en plancton, et récupéré des milliers de débris de toutes tailles (vieux filets, bouées de pêche, bouteilles, fragments, peluches, etc.). Certains jours, par mer calme, l’expédition a découvert un océan recouvert de confettis de plastique. En parallèle, l’expédition Kaisei a travaillé dans la même région sur diverses méthodes de collecte, pour déterminer s’il sera possible un jour de vider l’océan de cette merde de synthèse.

Peu de détails ont été communiqués lors de la conférence de presse qui a suivi le retour du navire océanographique à San Diego (Californie). Car les chercheurs ont à peine entamé le long travail d’analyse scientifique des centaines d’échantillons prélevés. Ils espèrent notamment déterminer si l’eau de mer contient des molécules réputées perturber la reproduction des animaux (perturbateurs endocriniens) qui ont pu être libérés au cours des processus de dégradation des plastiques. Ils vont aussi conduire des expertises des nombreux organismes repêchés: poissons, mollusques et éponges qui vivent accrochés aux débris, méduses et bien sûr planctons. Au moins six mois de travail, sans compte la durée du processus de publication dans des revues scientifiques de haut niveau. On devrait alors en savoir un peu plus sur l’impact de ces plastiques sur la vie océanique.

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