Exxon, un sulfureux rapprochement dans les algues

Par Denis Delbecq • 17 juillet 2009 à 11:07 • Categorie: A la Une
Les carburants s'élaborent avec des micro-algues, pas avec du varech © Denis Delbecq

Les carburants s'élaborent avec des micro-algues, pas avec du varech © Denis Delbecq

C’est ce qui s’appelle courir tous les lièvres à la fois. Alors que le Guardian a révélé la semaine dernière qu’Exxon Mobil continue à financer des lobbies du négationnisme climatique (1), le géant pétrolier américain va investir un gros paquet de billets verts dans une startup qui entend nous délivrer de notre intoxication au pétrole avec des algues.

Le chèque se monterait à 300 millions de dollars (extensible au double) sur 5 ans, ce qui est beaucoup pour une startup. Mais relativement peu pour le fondateur de Synthetic Genomics (SGI), qui aime les grosses dépenses. Car derrière cette quête du Graal marin se trouve l’inoxydable et sulfureux Craig Venter. Une recrue de choix pour une entreprise qui passe son temps à retirer le soufre de ses produits.

Venter, les environnementalistes le connaissent peu. C’est un serial-breveteur incontesté en biologie moléculaire. Il avait découvert une flopée de gènes humains avant de quitter précipitamment la recherche publique américaine devant le tollé provoqué par le brevetage de ces molécules du vivant. Il avait ensuite fondé un institut de génomique privé, le TIGR, avant de créer Celera Genomics pour tenter de battre de vitesse le Human Genome Project, un gigantesque effort public international de décryptage de notre code génétique. Comme il est talentueux, Venter avait annoncé en 2000 avoir séquencé le génome humain, en même temps que le HGP. Et comme il est mégalo, c’est son propre génome qui avait été étudié.

Depuis 2002, Venter s’était imaginé en créateur de vie artificielle. Il avait d’ailleurs prétendu il y a deux ans avoir créé le premier chromosome artificiel. Mais surtout, après avoir séquencé des génomes de micro-organismes aquatiques en série, Venter s’est lancé tête baissée dans la chasse aux algo-carburants. SGI cherche à mettre au point des algues génétiquement modifiées pour optimiser la production de molécules apparentées aux hydrocarbures. SGI teste aussi plusieurs modes de production, du bassin ouvert au réacteur photochimique. La firme espère obtenir une productivité de 20000 litres de carburant à l’hectare par an! Pour le moment, les nombreuses startup du domaine ont échoué à produire un carburant abondant et capable de rivaliser à moyen terme avec le pétrole. Venter, lui, a au moins amorcé une pompe, à fric s’entend. Et Exxon, en se rapprochant du sulfureux homme d’affaires/scientifique (2), s’assure une publicité pour effacer cette image négationniste qui reste accrochée à ses basques.

(1) La firme a réaffirmé qu’elle défend une position « d’un réchauffement d’origine anthropique » au Guardian, mais de manière fort peu convaincante.

(2) On ne biffe pas la mention inutile

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