Vu du ciel, le volume des glaces Arctiques maigrit à vue d’œil

Par Denis Delbecq • 8 juillet 2009 à 11:12 • Categorie: A la Une, Rubriques
L'épaisseur de banquise l'hiver 2008-2009 © Nasa

L'épaisseur de banquise l'hiver 2008-2009 © Nasa

Dans les sempiternels débats qui agitent la blogosphère —plus que les milieux scientifiques— sur l’ampleur de la débâcle de la banquise Arctique, la Nasa apporte cette année la troisième dimension. Après cinq années d’observation à l’aide d’un laser embarqué sur le satellite IceSat, l’Agence spatiale américaine dresse un bilan des observations d’épaisseur à l’issue de l’hiver: en moyenne, les glaces flottantes de l’Arctique ont perdu 66 centimètres de hauteur en seulement quatre ans. Plus inquiétant, les glaces pérennes, qui résistent d’une année sur l’autre, fondent aussi comme neige au soleil. Leur volume aurait diminué de 40% en quatre ans…

Tous ces résultats sont publiés par les chercheurs de la Nasa dans le Journal of Geophysical Research Oceans (1). Les chercheurs y expliquent que les observations d’IceSat, qui mesure la hauteur de glace par rapport à la surface de l’eau, est bien corrélée avec les observations de bouées dans deux régions arctiques, ainsi qu’avec les mesures faites par sous-marin en novembre 2005.

L'épaisseur de banquise l'hiver 2003-2004 © Nasa

L'épaisseur de banquise l'hiver 2003-2004 © Nasa

Forts de cette assurance, ils calculent que dans l’océan Arctique, il y a désormais plus de glaces juvéniles, formées il y a moins d’un an, que de glaces pérennes. Entre octobre 2003 et octobre 2008, le volume de ces dernières aurait baissé de 6300 kilomètres (2). L’essentiel de cette perte s’est produite au cours des étés 2005 et surtout 2007. Ces deux année-là, la débâcle estivale s’était traduite par deux records successifs de baisse de l’étendue de banquise. En 2008, la banquise a frôlé le record établi en 2007, mais finalement laissé un peu plus de glace que l’année précédente.

Les chercheurs de la Nasa reconnaissent les imperfections de leur méthode de détermination, et notamment les difficultés de calibration des instruments. Mais ces premiers résultats semblent confirmer que la réduction de surface de banquise s’accompagne aussi d’une perte de volume, confirmant le sentiment de nombreux glaciologues.

Le lancement prévu cette année du satellite européen Cryosat-2 (qui remplace Cryosat perdu lors de son lancement en 2005) devrait permettre d’améliorer cette connaissance de la troisième dimension, cruciale pour avoir une idée précise de ce qui se passe dans le Grand Nord. En attendant, les données quotidiennes recueillies sur la surface de banquise montrent un été 2009 qui ne déroge pas à la tendance. Après avoir suivi la moyenne d’évolution calculée pour 1979-2000, la courbe tutoie désormais celle de l’année 2007. Mais tout peut encore changer d’ici la fin de l’été. Réponse prévue fin septembre.

(1) Edition du 7 juillet 2009
(2) Contrairement aux glaces continentales, la fonte de la banquise ne contribue pas à la montée des océans. Il suffit d’observer la fonte d’un glaçon dans un verre d’eau pour s’en rendre compte.

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