La crotte d’éléphant contre le braconnage

Par Denis Delbecq • 29 juin 2009 à 15:55 • Categorie: L'animal, Rubriques

La contrebande d’ivoire bat son plein, en dépit de l’interdiction de son commerce établie en 1987. Pour la seule année 2007, ce sont 24 tonnes d’ivoire qui ont été saisies. Si on considère que 10% seulement du commerce illicite est intercepté, plus de 20 000 éléphants auraient été abattus en Afrique en 2007. Principale destination de l’ivoire: l’Asie, notamment via Hong Kong et Singapour. Mais la chasse aux braconniers progresse à grand pas.

C’est l’Université américain de Washington (Seattle) qui tient la corde… Les chercheurs du Conservation Biology Center file un sacré coup de mains aux chasseurs de braconniers. Leur idée? Construire, à partir de prélèvements dans les crottes, une base de données génétique sur les éléphants de l’ensemble du continent Africain pour pouvoir identifier la région de provenance lors de saisies d’ivoire: défenses, objets et même copeaux largués lors du transport.

Ce qui frappe, dans leurs résultats, c’est la concentration du braconnage. En analysant les 531 défenses et 42000 sceaux taillés en ivoire (destinés au marché japonais)saisis à Singapour en 2002, les chercheurs ont localisé une bande longue et étroite qui s’étend sur plusieurs pays du sud du continent africain, centrée sur la Zambie.

Un raid conduit deux mois plus tôt sur un atelier de manufacture au Malawi a permis de saisir un ivoire de même provenance que celui des sceaux saisis à Singapour. Une découverte qui permet de comprendre pourquoi les saisies de petites défenses sont rares: elles sont transformées en petits objets avant de quitter le continent Africain. En général, l’ivoire s’échappe par un pays tiers, histoire de brouiller les pistes. Selon les travaux du CBC, L’ivoire du sud-est du Gabon passerait ainsi par le Cameroun, avant de rejoindre Hong Kong dans des containers de grumes dotés d’un double-fond.

La concentration des zones de chasse qui apparaît au vu des analyses d’ADN permet de cibler les efforts de lutte contre le braconnage. Au passage, ces recherches permettent aussi de déterminer les points chauds du trafic de viande de brousse. Selon le CBC, l’analyse de l’ADN a déjà permis de renforcer l’action du gouvernement Zambien dans sa lutte contre la contrebande. Mais ça urge: au rythme de chasse constaté ces dernières années, l’éléphant pourrait avoir été rayé de la carte africaine en moins de dix ans.

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