Emballages et contenants, gare au greenwashing!

Par Denis Delbecq • 24 juin 2009 à 10:20 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Deux infos qui tombent simultanément évoquent la question de la réutilisation des emballages. Une douloureuse question quand on lit le dernier rapport de l’Ademe sur le contenu de nos poubelles. Ce dernier ayant abondamment été commenté dans la «grande presse» et à la télévision, Effets de terre passe son tour, non sans souligner qu’il faudrait peut-être taper du poing sur les tables industrielles pour arrêter de jouer avec les emballages.

Si j’évoque cette question des emballages, ou plus exactement des contenants, c’est parce qu’à Bourbonne-les-bains, l’eau sera prochainement embouteillée une bouteille en agroplastique (1). Un matériau tiré de l’amidon de maïs, et doublé de particules d’argile pour le rendre imperméable. Tout est d’origine végétale, même le bouchon (voir Les Echos du 22 juin 2009). Sur le papier, cette initiative est intéressante, mais il ne faut pas rêver. Vu le nombre de milliards de bouteilles que nous utilisons chaque année, une généralisation de ce matériau prélèverait des dizaines de milliers de tonne de matière première dont la vocation est d’abord alimentaire. Et j’apprécierai de pouvoir lire le bilan écologique et carbone final: engrais, tracteur, emissions de protoxyde d’azote des champs, pesticides, transformation, fabrication des particules d’argile, incorporation, etc… Pas sûr que la planète y gagne…

Mais il y a pire. Cette bouteille, donc, sera compostable. Une manière de rendre à la nature ce qu’on lui a emprunté. Et je vous jure que planter ses pieds de tomate avec un compost 100% maison, c’est jouissif! Mais qui composte dans notre beau pays? Aujourd’hui, des ruraux ou semi-ruraux pour l’essentiel. Rares sont les collectivités locales équipées pour le compostage. Alors de grâce, ne vendez pas, mesdames, messieurs, ces bouteilles d’eau dans les grandes villes!

L’autre actualité de ce début de semaine sur les contenants, c’est l’annonce par Nespresso d’un plan destiné à démultiplier la récupération des dosettes de café usagées. C’est un principe qui m’a toujours agacé, le Nespresso. Certes, le café qu’il procure est d’excellente qualité gustative. Certes, l’aluminium employé pour fabriquer les capsules est pour l’essentiel de l’aluminium recyclé. Aujourd’hui, les capsules finissent à la poubelle, et je ne suis pas sûr que les installations des incinérateurs en récupèrent grand chose. L’alu est pourtant un matériau recyclable à l’infini.

Dans ces conditions, proposer des infrastructures de récupération aux clients pourrait sembler une bonne idée. Mais le mauvais esprit que je suis y voit surtout une tentative de greenwashing. Car le Nespresso, ça se vend pas dans l’épicerie ou la supérette du coin. Donc chacun devrait stocker ses capsules usagées et les rapporter au magasin (2), qui sont plutôt une denrée rare. Et pour connaître quelques amateurs de ces cafés, ça consomme dur, ça stockerait donc gros et lourd. Croit-on vraiment que les clients vont se créer une poubelle supplémentaire et prendre le métro, le bus ou le vélo pour aller rapporter tout ça à la boutique? La capsule de café n’est pas une pile!

Bref, tout ça pour dire que les rois du marketing du préemballé déploient des trésors d’imagination pour se donner une image plus verte. Mais l’eau la plus écolo, c’est celle du robinet. Et le café le plus vert, c’est celui qu’on achète en paquet et qu’on utilise à la cuiller!

(1) Avant de parler de bio, comme le PDG de l’industriel qui fabrique ces plastiques, il faudra du temps!

(2) Au passage, quitte à recycler, autant récupérer le marc de café. A défaut de prédire l’avenir, il contient jusque 20% de matière grasse et peut donner un excellent biocarburant.

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