Ami Borloo, démissionne avant l’hallali écologique

Par Denis Delbecq • 27 mai 2009 à 10:33 • Categorie: A la Une
© Nicolas Delbecq

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Il n’est pas dans mes habitudes de tresser des couronnes. Pourtant, comme je l’ai déjà écrit, le ministre du toutim écologique, a fait montre d’obstination depuis son arrivée au gouvernement en 2007. Ignare de ces questions, il a retroussé ses manches, bossé et appris. Il a évidemment signé et laissé faire plein de conneries, mais aussi déployé pas mal d’énergie pour s’opposer aux autres ministères.

Cette fois c’en est trop. Alors que le projet de loi Grenelle 1 doit bientôt être adopté, le gouvernement finit par donner son feu vert à la construction d’un circuit de F1 dans les Yvelines, tout un symbole. Alors que le projet de loi Grenelle 1 doit être adopté, une partie de l’argent versé par l’état pour sauver des emplois dans l’automobile se transforme de fait en « bonus écologique » pour les grosses cylindrées qui s’entassent sur les parkings d’usines. Alors que le projet de loi Grenelle 1 doit être adopté, la rumeur d’une entrée d’Allègre au gouvernement se fait plus insistante.

C’en est trop, ami Borloo. S’il te reste de l’énergie et du courage, prend ta plume et quitte le gouvernement avant de t’étouffer sous les couleuvres. Sarkozy s’est servi de toi. Il s’est appuyé sur ta soif de pouvoir, en te faisant miroiter je ne sais quel poste de ministre moins chiant que celui de l’écologie, pour donner un coup de peinture verte sur la politique de l’UMP. Surtout, fais-le avant l’hypothétique arrivée de Claude Allègre au gouvernement, elle te serait fatale. La vraie parole écologique de l’UMP, elle était dans la bouche de Claude Goasguen, piégé par les Yes Men pendant la campagne Présidentielle (1).

Allègre est un imposteur, un manipulateur. Le week-end dernier, Hulot s’inquiétait de son arrivée dans la bande à Sarkozy. Une voix off —il n’en est pas fait mention dans l’interview au JDD— mais cruelle, rapportée par les agences. «Un signal tragique», «Un bras d’honneur aux scientifiques», et j’en passe. En février 2008, alors que le nom d’Allègre circulait déjà, Jean Jouzel, vice-Président du groupe d’experts de l’ONU pour le climat (GIEC) s’inquiétait: «On ne peut pas avoir un ministre qui nie la réalité du changement climatique, qui nie les résultats de toute une communauté scientifique.» Interrogé mardi par Christian Losson dans Libé, il réitère ses craintes: «Ce qui est plus dérangeant, déjà, c’est qu’Allègre affiche un certain mépris pour notre communauté de chercheurs scientifiques. Intégrer dans un gouvernement un ministre qui nie la réalité du changement climatique et les résultats de la communauté scientifique, c’est un signe très fort. Un signe qui n’est pas compatible, je le crains, avec l’actuel laboratoire qu’est le Medad, le grand ministère dirigé par Jean-Louis Borloo.»

Bien sûr, Allègre se défend d’être un épouvantail, d’autant plus qu’il fout la trouille à une bonne partie de l’UMP. Florilège: «Hulot a peur de perdre ses subventions». «Hulot c’est le grand inventeur de l’écologie financière.» Hier, dans un communiqué, Allègre a remis le couvert, sur la question climatique. «Ce dont je doute, c’est qu’on ait compris l’ensemble des processus mis en jeu, tant le climat est un phénomène complexe. Ce dont je doute encore, c’est que l’on puisse prédire le climat dans un siècle, alors qu’on a du mal à prédire la météo chaque semaine.» L’éternel amalgame des sceptiques du climat…

Au passage, le mammouth de l’anti-écologie primaire a une nouvelle fois raconté des cracks. Il prétend par exemple avoir lancé «le premier programme français de géothermie», sous Lionel Jospin. Ah, Jospin était ministre… Dans le bled de mon enfance, il y avait toute une cité chauffée par l’eau chaude du sous-sol dès les années soixante-dix. A Paris, la Maison de la Radio est chauffée comme ça depuis 1964, des milliers de logements de Melun ont commencé à être connectés au chauffage géothermique dès 1969 et dès le milieu des années quatre-vingt, une soixantaine d’installations fonctionnaient en Ile de France et en Aquitaine. Et quand Allègre affirme avoir «encouragé le développement de la voiture électrique», on a vu le résultat…

Je conseille à l’ami Borloo de lire ou relire la fiche de lecture que Jean-Marc Jancovici avait consacré en 2007 à «Ma vérité sur la planète», l’ouvrage le plus décrié de l’ex-ministre. Vous pouvez aussi découvrir sa curieuse façon d’analyser la littérature scientifique sur le climat dans l’excellent texte que mon ex-collègue, Sylvestre Huet, avait écrit en 2006, après la parution d’une tribune, «Neiges du Kilimandjaro», dans les colonnes de l’Express. Vous trouverez aussi une lettre de scientifiques français au texte d’Allègre et d’autres références sur le site de l’Institut Pierre-Simon Laplace.

(1) Lire «L’UMP dans les glaçons» (la vidéo est à hurler de rire) et «Goasguen et le pacte Hulot: parole à la défense».

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