Charbon de bois, le Guardian allume un contre-feu

Par Denis Delbecq • 27 mars 2009 à 9:28 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Difficile de se faire un opinion sur le charbon de bois, quand on est lecteur du Guardian. Le 13 mars dernier, le quotidien britannique publiait un article vantant les mérites de la terra preta (1), une pratique agronomique ancestrale qui consiste à enfouir de la poussière de charbon de bois dans les sols agricoles pour améliorer leur fertilité, et au passage séquestrer du carbone. Tout ça parce qu’un britannique a conçu un micro-ondes pour la fabrication de ce biochar comme disent les anglo-saxons.

Cette semaine, une dizaine de jours plus tard, George Monbiot, l’activiste écolo du Guardian signe un papier assassin, allumant James Hansen (Nasa), Lovelock (le papy-créateur de la théorie Gaïa) et quelques autres. Leur crime, croire un peu trop aux vertus du charbon de bois (enfoui) pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour Monbiot, la terra preta est aussi peu efficace que les agrocarburants. Le chroniqueur assassine aussi un certain Peter Read qui préconise de couvrir 1,4 milliard d’hectares de terres en jachère pour la biomasse en tous genres, une proposition qui provoquerait une «famine globale instantanée» à moins de doubler les terres cultivées de la planète et de détruire au passage les derniers habitats sauvages.

Monbiot accuse les partisans du développement de la biomasse d’utiliser le terme de « terres dégradées » comme nom de code pour une opération de destruction des espaces naturels. Il pousse sans doute le bouchon un peu loin, même s’il faudrait évidemment réfléchir à deux fois avant de transformer les jachères en cultures industrielles. Bien évidemment, une partie des personnalités incriminées par Monbiot ont réagi dans les colonnes du Guardian. James Hansen se défend d’avoir affirmé que le charbon de bois était une solution miracle (et il a raison), car s’il combat le charbon (fossile) Hansen préconise surtout le recours au nucléaire pour lutter contre le réchauffement.

Il est comme ça  Monbiot. Il nous régale régulièrement de ses chroniques et tout à coup, il pète les plombs pour attirer l’attention. C’est évident que la terra preta ne sauvera pas la planète, mais si on peut s’en servir pour améliorer des terres agricoles dégradées tout en captant du gaz carbonique dans l’atmosphère, c’est toujours ça de pris! (2) Mais Monbiot oublie une chose. C’est qu’on peut fabriquer du «charbon de bois» avec une foule de matières premières, même avec nos étrons!

(1) Terre noire, en portugais.
(2) Au passage, une étude récente résumée ici constate la rapide dégradation des terres arables à partir d’imagerie satellite. Un quart de la planète dépendrait pour se nourrir de terres qui s’abîment rapidement.

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