L’importation, arme fictive contre le réchauffement

Par Denis Delbecq • 24 février 2009 à 12:37 • Categorie: A la Une, Rubriques

On s’en doutait, mais rien de tel qu’une paire de chiffres pour se rafraîchir la mémoire. La moitié de la hausse des émissions de gaz carbonique liées aux exportations chinoises est à mettre au compte des pays développés (1). Au final, le tiers des émissions chinoises seraient imputables aux exportations de l’usine du monde.

Le Guardian a vendu la mèche, alors que les travaux ne sont pas encore publiés par les Geophysical research letters. C’est une équipe norvégienne, au Centre for International Climate and Environmental research d’Oslo (CICERO), qui signe le papier à paraître. Il montre une nouvelle fois que le mode de calcul des émissions de chacun fixé par l’ONU est biaisé. Selon le Guardian, qui cite une autre étude, la Grande-Bretagne a réduit de 18% ses émissions suivant les critères de Kyoto, alors qu’en prenant en compte le gaz carbonique virtuel (émis bien réellement dans le pays producteur et pendant le transport), et en soustrayant celui lié aux exportations britanniques, les émissions totales du pays auraient cru de 20% depuis 1990.

Sur le site du CICERO, une note signée de Glen Peters, l’un des auteurs de l’article à paraître, donne l’exemple de la Norvège. Sur la base de l’année 2000, Peters explique que les émissions de gaz à effet de serre liées aux importations norvégienne représentent les deux-tiers des émissions officielles du pays… Plus intéressant, Peters souligne que la moitié de ces émissions importées viennent de pays du tiers-monde et ne représentent que 10% de la valeur des biens importés. Si les mêmes produits avaient été fabriqués en Norvège, un pays où l’électricité hydraulique est abondante, ils auraient rejeté deux fois et demi moins de gaz à effet de serre. L’électricité chinoise émet, selon Peters, deux cent fois plus de carbone que l’électricité norvégienne…

Il va de soi qu’on n’arrête pas la mondialisation et les délocalisations du nord vers le sud. Mais tout cela prouve l’urgence d’une coopération renforcée pour que les pays riches aident les pays en développement à décarboner leur économie. Et cela démontre aussi, qu’il n’y aura pas de réduction des rejets de gaz à effet de serre si les pays importateurs ne favorisent pas l’achat de produits pauvre en carbone. A quand une TVA repensée en fonction du carbone contenu dans les produits (et dans celui rejeté quand on les utilise)?

(1) Suite à un échange de mail avec Glen Peters, j’ai corrigé cette phrase dont le sens donné par la version provisoire de son article était erroné.

Image: © Denis Delbecq

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