Le juge et l’innocent

Posté le 29 nov 2008 dans la catégorie:A la Une, Rubriques. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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Un juge qui pète les plombs, des flics qui font du zèle, un PDG de Libé qui ne l’est plus depuis longtemps. Drôle de cocktail pour une histoire qui montre une fois de plus que justice et droits humains ne font plus bon ménage au pays des droits de l’homme.

Triste histoire. Hier matin Vittorio de Filippis m’appelle. Vitto, on a vécu une drôle d’histoire ensemble. Il était journaliste au service Economie de Libé et s’est retrouvé du jour au lendemain PDG, parce que Edouard de Rotschild avait débarqué brutalement Serge July et proposé aux salariés-actionnaires de prendre la direction du journal. Vitto avait assumé sa position de « patron » des salariés-actionnaires, et pris les rênes de la boutique après un vote de l’équipe. Je l’ai accompagné autant que possible pendant ces six mois. Ce qui m’a valu six mois placard (doré) ordonnés par l’homme du baron qui a succédé à Vitto. De cette époque il me reste un trophée: une cravate 100% fibres artificielle, sans doute fabriquée dans un atelier de Dacca, offerte le jour de l’an 2007 avec des vœux signé d’un certain baron Edouard.

Ce matin donc, Vitto m’appelle. Et je lui dis « tu t’es encore trompé ». Précision: Vitto a pris la mauvaise habitude de se tromper de ligne dans l’annuaire de son portable. 100% des fois qu’il m’appelle, il cherche à joindre l’autre « Denis », le numéro deux de l’actuel Libé, ce qui me vaut le plaisir de brèves et sympathiques conversations. Vous vous demandez pourquoi je vous raconte cette histoire? Parce que c’est une histoire de fous.

Vitto a vu les flics débarquer vendredi matin à l’aube. Pour une affaire de diffamation —pour laquelle Libé a été relaxé depuis dans presque toutes les procédures— du temps où il était PDG et donc directeur de publication, de juin à décembre 2006. S’ajoute une confuse histoire de convocations qui se seraient perdues. Inutile de rappeler que la loi ne prévoit pas de prison pour les affaires de diffamation.

Bref, voilà Vitto embarqué comme un malfaiteur, son fils insulté (est-il trop brun aux yeux des policiers?). A deux reprises, il sera fouillé à nu et tout le toutim. (Voir la lecture juridique qu’en fait Maitre Eolas sur son blog)

Jamais un juge n’aurait osé mettre à poil un Carolis (France Télévision), Dassault (Figaro etc.), Serge July, Joffrin (l’homme du baron), Haski (Rue 89) ou Plenel (Mediapart) dans une affaire de diffamation… Mais un mec normal, humain, et innocent, quelle belle cible! C’est vrai que pour un Vitto malmené ce vendredi, il y a des centaines d’autres arrestations indues, d’humiliations, de séquestrations dans des centres de rétention inhumains… Comment une justice aussi humiliante peut-elle être respectée? Le développement durable c’est le respect des droits humains avant tout. Qu’on soit journaliste, patron ou SDF.

PS: au fait, l’affaire c’était à cause du commentaire d’un internaute qui avait été oublié par les modérateurs. Alors faites-gaffe à ce que vous écrivez ici. Moi j’ai même pas été PDG de Libé, alors si les flics débarquent à l’aube, j’imagine quel traitement ils me réservent.

PS2. Riché (ex-Libé lui aussi) à raison de rappeler à ce propos quelques récentes affaires qui visent la presse dans les colonnes de Rue 89.

Denis Delbecq

 

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1 Réponse pour “Le juge et l’innocent”

  1. Jean-Baptiste dit :

    A la recherche de l’explications de l’abscence des commentaires sur le site de LIbé au sujet de cette affaire, je fais le tour des sites internet et des réactions de blogosphère.
    http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/libe-nouvre-pas-aux

    Je tombe sur votre billet et j’ai une explication possible à travers votre premier PS.

    C’est encourageant de voir que l’UGC fait remonter du vécu et des informations inédite.

    Si vous avez d’autres information n’hésitez pas à les signaler.

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