Le tourisme spatial, c’est bon pour le climat. Enfin dans les brochures.

Il y a des patrons qui ne manquent pas d’air. Surtout Branson, qui veut coûte que coûte être le premier voyagiste spatial. Mais évidemment le weeek-end dans l’espace, ça ne fait pas très écolo. Imaginez la consommation de carburant par touriste en goguette dans la haute atmosphère… Alors il a fallu trouver quelque chose pour laver ce point noir.

Richard Branson déteste passer pour un pollueur. Lui qui fait fortune dans le low-cost aérien, une activité bien connue pour ses bienfaits sur le climat, a donc trouvé la combine. Les vols de Virgin Galactic (VG) feront de la recherche sur le climat. Ou plus exactement embarqueront des instruments scientifiques pour le compte de la NOAA, l’administration américaine de l’océan et de l’atmosphère. L’avion spatial White Knight qui emporte le vaisseau SpaceShip jusqu’à 16km d’altitude collectera des gaz.  Et ce dernier piégera des gaz pendant la phase spatiale de sa promenade, à 100 km d’altitude, plus haut que les ballons stratosphériques. Chouette!

Comme la grandeur d’âme de Branson n’a d’égale que son ego, les instruments scientifiques voyageront gratis. Dès les prochaines semaines, quand les SpaceShip entameront leurs premiers vols expérimentaux. En attendant, le patron de Virgin a déjà empoché les dix millions de dollars du X-Prize, pour être le premier “privé” à avoir expédié deux fois un vaisseau spatial habitable à 100km d’altitude par deux fois en deux semaines, il y a quatre ans. Et VG prend les réservations. Prévoir vingt mille dollars d’arrhes pour un séjour en apesanteur d’à-peine cinq minutes qui sera facturé dix fois plus.

C’est finalement assez sophistiqué comme technique de greenwashing. Je pollue un max, mais c’est aussi pour la bonne cause. Tout comme Planktos Science, startup qui renaît de ses cendres en vantant la restauration des écosystèmes océaniques et la lutte contre la faim. Alors que Russ George, son patron, espère disperser de la limaille de fer dans les océans et doper le plancton et surtout vendre tout plein de permis d’émission de gaz carbonique en échange. (Lire Les géoingénieurs sont des magiciens).

Je vois d’ici le tableau si tout le monde se met à faire pareil. Quelques exemples de slogans blanchisseurs (1):

—“Oui oui, ma voiture pollue, mais elle mesure l’ozone urbain gratos.”
—“Ce barbecue est conçu pour produire un max de suie parce que ça refroidit la planète.“
—“Les frigos classe G consomment tant de courant qu’on économise du chauffage et réduit les émissions de carbone.”
—“Ma voiture a zéro émission de gaz carbonique parce que j’ai planté des arbres.”

Et si on lançait un concours?

(1) Un slogan déjà vu s’est glissé dans ce catalogue. A vous de le trouver.

14 réflexions au sujet de « Le tourisme spatial, c’est bon pour le climat. Enfin dans les brochures. »

  1. > Et si on lançait un concours?
    Pourra-t-on faire mieux que « le nucléaire est une solution pour combattre le réchauffement climatique »?

  2. @Xiawi, pourriez-vous nous expliquer en quoi le nucléaire ne fait pas partie des solutions contre le réchauffement climatique? Car ce n’est pas tout d’affirmer. Il faut aussi prouver.

  3. @BMD, vous n’aurez aucun mal à trouver des argumentaires sur le net. Vous n’aurez aucun mal à trouver des contre-argumentaires non plus… Et probablement à accorder plus de crédit au second qu’aux premiers en ce qui vous concerne.

    Je vous rappelle simplement que mon exemple était une participation au concours de greenwashing hypocrite « je pollue un max, mais c’est aussi pour la bonne cause ».

    Sur ce, je cesse d’alimenter le troll…

  4. @Tout çà ne répond en rien à la question. çà me rappelle une formule bien oubliée d’un humoriste: qu’importe que je ne dise pas la vérité puisque je lutte pour une bonne cause… qu’importe que je lutte pour une mauvaise cause puisque je dis la vérité.

  5. Parce qu’on peut douter qu’il s’agit d’une technologie adéquate dans la majorité des pays de ce monde qui ne bénéficient pas d’un gouvernement stable, qui manquent d’ingénieurs et de techniciens qualifiés, qui ne possèdent pas un réseau bien maillé de lignes à haute tension pour assurer la distribution du courant et qui peuvent parfois être dirigé par un dictateur mégalomane soucieux de se procurer des matières fissiles pour se doter d’un armement nucléaire… (merci Al Gore…)

    Personne n’a encore demander de voter une résolution de l’ONU au sujet de la centrale solaire de Yazd en Iran et je doute que la technologie allemande vendu là bas soit la cible d’un raid de l’aviation israélienne…

    Effectivement « le nucléaire est une énergie propre » c’est quand même un beau slogan de greenwashing…

    J’aime bien aussi la campagne de pub de Renault : Renault eco2 qui annonce comme une avancée environnementale extraordinaire le fait de construire des voitures qui rejettent moins de 140gCO2/km (alors qu’en fait c’était l’objectif 2008 que les constructeurs européens avait décidé avec la commission européenne et que plein d’autres constructeurs le font déjà)

  6. « Parce qu’on peut douter qu’il s’agit d’une technologie adéquate dans la majorité des pays de ce monde qui ne bénéficient pas d’un gouvernement stable, qui manquent d’ingénieurs et de techniciens qualifiés, qui ne possèdent pas un réseau bien maillé de lignes à haute tension pour assurer la distribution du courant et qui peuvent parfois être dirigé par un dictateur mégalomane »

    Est-ce que ces qualificatifs, à votre avis, s’appliquent à l’Europe, aux US, à la Chine, ou à l’Inde? C’est quand même 80% de la population et de l’économie mondiale…

    Attention aussi à ne pas cracher sur la nécessité d’un réseau électrique performant, les renouvelables en ont bien plus besoin que le nucléaire…

  7. Premièrement :
    UE + USA = 12% de la population mondiale

    UE + USA + Chine + Inde = 48% de la population mondiale, pas 80%

    Deuxièmement, ça s’applique à la Chine et l’Inde… La Chine et l’Inde c’est beaucoup de population mais répartie sur des pays de la taille d’un continent et qui n’ont pas beaucoup besoin d’électricité (à part dans des coins bien précis comme la cote ouest de la Chine) : le pire scénario pour la fourniture d’énergie centralisée…

    C’est pour les raisons que j’ai indiqué comme quoi les réacteurs nucléaires actuels n’étaient pas une technologie adéquate que ces deux pays développent des technologies nucléaires pour faire des réacteurs de 200MW avec un peu plus de sureté que les réacteurs de 1GW qu’on utilise… Mais bon ça reste en développement et comme les gens ont généralement tendance à vouloir la lumière tout de suite et pas dans vingt ans, le choix et seulement entre fossiles et EnR…

    Et les renouvelables ont besoin d’un réseau de distribution performant, le réseau de transmission… bof… à part pour Itaipu ou les fermes éoliennes off-shore c’est pas ça qui est le point le plus limitant actuellement…

  8. Sinon pour en revenir au sujet, c’est marrant mais il y a à peine deux ans, vous aviez droit à une ristourne chaque fois que vous choisissiez l’envoie de facture électronique plutôt que postale (logique puisque ça fait moins de frais pour l’entreprise ou le service concerné)… Maintenant il y a plus de ristourne mais à la place un gros appel à la culpabilité « faites un geste pour l’environnement en choisissant la facture électronique »…

  9. « les renouvelables ont besoin d’un réseau de distribution performant, le réseau de transmission… bof… »

    Plus précisément, elles ont besoin que le réseau de distribution permette d’amortir les variations de production, par exemple l’éolien Danois avec l’hydraulique norvégien.

    « comme les gens ont généralement tendance à vouloir la lumière tout de suite et pas dans vingt ans, le choix et seulement entre fossiles et EnR »

    Qu’est-ce qui te fais penser qu’il est plus facile de monter en puissance avec les EnR qu’avec le nucléaire? Pour une production marginale, ok bien sur… mais pour une vrai remplacement des fossiles où sont les scénarios? Les seuls qu’on voit, c’est soit « sortir du nucléaire » qui propose de faire l’appoint avec des centrales à gaz (bonne nouvelle: Poutine est d’accord), soit l’Allemagne qui remplace le nucléaire par des centrales au charbon. Quand on sait que ces centrales produisent plus de déchet radioactif que les centrales nucléaires… force est de constater que l’idéologie anti-nucléaire nage parfois dans le nawak.

  10. Pfff c’est fatiguant tous ces gens qui s’imagine qu’il y a un complot mondial autour du nucléaire en êtant incapable de voir les limitations d’une technologie des années 50… Ce qui est dingue c’est de penser que les DRH peinent à trouver du monde dans le secteur de l’énergie alors qu’il semble qu’il existe des millions de spécialistes internationaux qui trainent sur les forums internet…

    Ca fait depuis les années 70 que les EnR sont utilisés avec succès dans les zones rurales dans les régions où il n’est pas rentable d’amener le réseau électrique. Tirer des cables ça coute très cher, surtout avec le prix actuel des matières premières… Et même quand il y en a un, il y a une simple question de taille, le nucléaire actuel est beaucoup trop gros : quand l’ensemble d’une région ne nécessite qu’une centrale au charbon de 100MW, on fait comment avec un réacteur EPR de 1 GW ? On le branche et on regarde les cables fondre ?

    Ou alors c’est que vous considérez que le monde est parfait tel qu’il est, que la construction de nouvelles centrales ne doit être réservé qu’aux besoins industriels et que les populations des pays en développement n’ont pas le droit d’avoir l’électricité.

    L’hydraulique norvégien ne régule pas l’éolien Danois, il décide de la mise en route des cogénération d’entreprises… S’il y a beaucoup d’eau dans les barrages le prix de l’électricité sur le marché scandinave baisse et le Danemark est importateur et s’il n’y en a pas beaucoup le prix de l’électricité monte et les Danois mettent en route leur cogénération et exportent. Les danois sont capables de prédire la ressource en vent pour le jour d’après avec une précision de 5%, ce qui est suffisant pour déclencher l’arrêt ou le déclenchement des centrales qui vont bien et la ressource en vent est toujours inférieure à la consommation ce qui garantit que toute l’énergie est consommée. Et il est tout à fait normal que le réseau Danois soient taillé pour les importations/exportations puisque son rôle est de faire la jonction entre le réseau scandinave et le réseau européen.

    Quand au commentaire « bonne nouvelle Poutine est d’accord » il est particulièrement savoureux quand l’offre d’uranium enrichi dépend entièrement des stocks militaires russes pour s’équilibrer avec la demande, que la Russie a dépassé le Niger l’année dernière pour devenir le quatrième producteur mondial, que des intérêts russes possèdent la moitié des mines du Kazakhstan (3eme producteur mondial) et que les investissements (entre autre en Mongolie) de la nouvelle entité Atomenergoprom vont permettre à la Russie de controller 50% de la production d’uranium dans le monde dans l’avenir…

    C’est bon on peut revenir au sujet maintenant, ou il y en a encore quelqu’un qui souhaite me sortir une autre vision pompidolienne de l’avenir ?

  11. Je ne pense pas qu’on soit sorti du sujet. Le problème avec ce concours de greenwashing, c’est que certains en profitent pour faire comme si la mode de la décroissance avait le monopole de l’écologie politique. Cela évite de se poser des vrais questions: entre réduction du nucléaire et réduction des fossiles, qu’est-ce qui a ta priorité? Tu sembles rêver d’un monde rose bonbon où les EnR et la réduction de consommation suffisent à stopper le changement climatique. C’est pas le cas, où alors montre moi ton scénario.

    ==== point par point

    Je m’imagine qu’il y a un complot mondial autour du nucléaire? Curieux que tu penses ça. Perso j’ai plutôt l’impression que c’est en croissance à chaque fois que le prix du pétrole passe au-dessus du seuil de rentabilité, c’est-à-dire dans les années 70, et depuis quelques années.

    Concernant les EnR, je suis bien d’accord avec toi que, quand c’est pratique ou moins cher, ce serait idiot de s’en passer. Là où je ne suis pas d’accord, c’est avec ta perception misérabiliste des pays en développement qui seraient forcément sans réseau électrique et sans besoin de masse. Là où c’est le cas, il n’y pas de grosse économie de CO2 à faire… par définition. Là où ce n’est pas le cas, ton raisonnement est faux… par définition.

    Concernant l’approvisionnement en uranium, il y a une grande différence avec le gaz. Ce denier nécessite un approvisionnement constant, ce qui permet à celui qui a le robinet de faire du chantage. Au contraire l’uranium se charge plusieurs années à l’avance, ce qui est beaucoup plus confortable pour le consommateur.

  12. Une simple question, j aimerais connaitre quelle est la quantité de CO2 et autre pollution produite lors de la fabrication et de la mise en place d’une eolienne, d’un panneau solaire, …
    De plus, leurs durées de vie respectives, et pour finir leurs usages une fois qu’ils sont devenu obsolètes, est ce recyclable? quel niveau de pollution sera générée pour son recyclages et en quoi est ce que se sera recyclables?

    Merci

  13. Pour le PV (étude de 2006)

    http://www.clca.columbia.edu/papers/21-EUPVSC-Alsema-DeWild-Fthenakis.pdf

    « ABSTRACT: An overview is given of the environmental impacts of different PV technologies both at the present status of technology and for future technology. Crystalline silicon PV systems presently have energy pay-back times of 1.5-2 years for South-European locations and 2.7-3.5 yr for Middle-European locations. For silicon technology clear prospects for a
    reduction of energy input exist, and an energy pay-back of 1 year may be possible within a few years. Thin film technologies now have energy pay-back times in the range of 1-1.5 years (S.Europe). Greenhouse gas emissions are now in the range of 25-32 g/kWh and this could decrease to 15 g/kWh in the future. Therefore PV energy systems have a very good potential as a low-carbon energy supply technology »

    Au niveau du recyclage l’industrie photovoltaïque s’est mise en association pour organiser le recyclage des modules eux mêmes (plus efficace, plus écologique, moins cher, moins administratif)… Vu le prix des cellules ils ont tout intérêt à récupérer tout ce qui peut l’être…

    Les informations techniques sur le processus de recyclage : http://www.pvcycle.org/fileadmin/pvcycle_docs/documents/publications/Report_PVCycle_Download_En.pdf

    Le plus avancé actuellement c’est le programme de First Solar qui récupère à ses frais les panneaux et arrive à réutiliser 90% du matériel…

    Pour l’éolien il y a encore moins d’étapes donc c’est encore plus bas (3 à 8 mois pour produire l’énergie nécessaire à sa construction en fonction du site…).

    « Perso j’ai plutôt l’impression que c’est en croissance à chaque fois que le prix du pétrole passe au-dessus du seuil de rentabilité, c’est-à-dire dans les années 70, et depuis quelques années. »

    Il y a quelques années on était à 16% d’énergie nucléaire dans le monde maintenant on est à 13%, j’appelle plutôt ça un déclin… et aucun projet nucléaire ne s’est fait sans qu’une institution publique ne supporte l’essentiel des frais et/ou des risques financiers…

    « Là où je ne suis pas d’accord, c’est avec ta perception misérabiliste des pays en développement qui seraient forcément sans réseau électrique et sans besoin de masse. Là où c’est le cas, il n’y pas de grosse économie de CO2 à faire… par définition. Là où ce n’est pas le cas, ton raisonnement est faux… par définition. »

    Bon est-ce que je pourrais un jour discuter avec quelqu’un qui connait le sujet sur lequel il intervient ? Non ? C’est trop demandé ?

    « Concernant l’approvisionnement en uranium, il y a une grande différence avec le gaz. Ce denier nécessite un approvisionnement constant, ce qui permet à celui qui a le robinet de faire du chantage. Au contraire l’uranium se charge plusieurs années à l’avance, ce qui est beaucoup plus confortable pour le consommateur. »

    Le gaz ça se stocke et ça se transport même par méthanier, je vois mal faire une déviation d’un pipe line russe vers chaque camping pour faire griller les merguez…

    Et c’est bien gentil cette théorie du « on est tranquille » mais
    1) on renouvelle régulièrement le combustible nucléaire tous les 1 an, 1 an et demi (comme ce fut le cas lors du n-ième incident du Tricastin : http://www.usinenouvelle.com/article/deux-assemblages-de-combustible-nucl-aire-coinc-s-au-tricastin.146052 )
    2) dans ce cas on arrête plusieurs semaines la centrales donc il faut gérer les arrêts pour ne pas se retrouver en black out parce que c’est pas parce que la centrale est arrêté qu’on va cesser d’avoir besoin d’électricité

    L’uranium c’est aussi critique que le gaz ou le pétrole… et avec un aussi grand déficit (40 000 tonnes de production contre 65 000 tonnes de demande) on est plutôt en train de piocher dans les stocks que d’en constituer…

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