Quand Nestlé roule pour Monsanto

Posté le 24 juin 2008 dans la catégorie:A la Une, Rubriques. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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Il y en a un qui aurait sans doute mieux fait de tourner sa langue sept fois avant de parler. Les propos du patron de Nestlé dans le Financial Times d’hier risquent de faire des vagues. Peter Brabeck a ouvertement appelé l’Union européenne à assouplir sa position sur les organismes génétiquement modifiés, pour lutter contre la crise alimentaire. Une position qui en ravira certains, mais qui risque de susciter des appels au boycott des produits du géant de l’alimentaire, ou de jeter un doute sur l’origine de ses matières premières.

«On ne peut pas nourrir la planète sans OGM. Nous avons les moyens de rendre l’agriculture durable à long terme. Mais on ne voit pas aujourd’hui de volonté politique.» Pour Brabeck, la position européenne a conduit de nombreux pays africains à rejeter les OGM. «L’UE a fait pression en Afrique pour empêcher certains pays d’utiliser des OGM.» Sous-entendu, c’est à cause de l’Europe que les prix alimentaires grimpent sur le continent et que des émeutes de la faim surviennent. Brabeck en a remis une louche. «[Les OGM] sont l’une des technologies les plus sûres que l’on a vu jusqu’à présent. Bien plus sûre que la nourriture bio, organique ou n’importe quelle autre à la mode en Europe.»

A Bruxelles, on a peu apprécié. Contacté par le Financial Times, le Commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a balayé l’argument: «L’Afrique peut cultiver tout ce qu’elle veut, mais comme ses exportations alimentaires sont destinées à l’UE, il est clairement dans son intérêt de s’adapter à ce marché.» Un marché dont les consommateurs ne sont pas (encore?) prêts à accepter de se nourrir d’OGM, que le patron de Nestlé le veuille ou non.

En s’attaquant à une cible facile (tout le monde déteste les bureaucrates Bruxellois, c’est bien connu), le patron du groupe Nestlé oublie que l’une des raisons de la crise alimentaire est aussi la priorité aux cultures exportatrices, au détriment de l’agriculture vivrière, imposée par les institutions financières internationales pour alléger la dette des pays africains. Brabeck oublie aussi que les gouvernements des pays du Sud font l’objet d’une forte pression des Etats-Unis et des semenciers comme Monsanto pour planter des OGM. Pression, pour pression… une vulgate de la guerre économique.

En tout cas, Brabeck a démontré tout le respect qu’il porte à ses consommateurs. Car la firme profite à fond de la flambée des prix alimentaires, notamment en Afrique. A l’échelle mondiale, Nestlé a connu un “exercice d’anthologie” l’an dernier, avec un bénéfice en hausse de 15,8% sur un an. Et le premier trimestre préfigure un nouveau record pour 2008! L’activité alimentation et boissons a connu en 2007 une hausse de 9,6% en Asie, Afrique et Océanie, et de 14% au premier trimestre 2008… Avant d’appeler à soumettre les agriculteurs africains à la dictature des semenciers, le patron de Nestlé ferait bien de balayer devant sa porte. Moi, dorénavant, dans les étals, j’y regarderai d’un peu plus près.

NB. Merci à Olivier F., un fidèle lecteur, de m’avoir signalé ce sujet, qui m’avait échappé!

Denis Delbecq

 

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10 Réponses pour “Quand Nestlé roule pour Monsanto”

  1. Tilleul dit :

    Histoire de compléter, les cultures d’exportations avaient déjà commencé avant les « conseils » des institutions financières internationales, même si ces dernières ont bien empiré les choses. Tout simplement parce que multiplier les importations et les exportations permet de mettre en place des taxes pour les divers frais de bouche des élites de l’état… Dans certains pays africain le budget de fonctionnement de la présidence est plus important que le budget dévolu à l’agriculture !

    L’onu a mis en place l’équivalent du GIEC pour l’agriculture (l’IAASTD ; http://www.agassessment.org/ ), évidemment on parle plutôt mécanisation, irrigation et sécurisation des revenus que bidouillage génétique… Et de toute façon en l’état actuel des choses, aucune rustine technologique ne pourra résoudre le problème de la faim dans le monde tout simplement parce qu’un marché agricole ne produit que pour la demande solvable et que les famines touchent des populations qui ne le sont pas…

  2. Garçon dit :

    C’est pas nouveau le courant de pensee de Brabeck ce mec est le prototype du patron de multinationale decomplexe… je me permet de mettre un lien vers un article (enfin une video) abondant dans ce sens sur mon blog :
    http://cafecroissant.fr/2008/nestle-a-une-vision-pour-le-monde/

  3. romu dit :

    Le bonhomme s’était déjà distingué il y a quelques mois en disant qu’il trouve tout à fait normal que l’eau soit une marchandise. Donc y a pas à être vraiment surpris du personnage.

    Cela dit, les « OGM plus surs que les cultures bio », là vraiment il fait très fort le type.

  4. [...] • Lire aussi “Quand Nestlé roule pour Monsanto”. [...]

  5. [...] des matières premières en effet, mais certainement pas à nourrir ceux qui crèvent de faim ! D’autres vous expliqueront cela bien mieux que moi … Je voudrais ici vous parler de Monsieur Peter Brabeck et du sens de ses propos. Mon éthique [...]

  6. [...] de personnes… Nestlé affirme que seuls les OGM permettraient de nourrir la planète (lien). Des OGM pour sauver la crise alimentaire, on aura tout vu [...]

  7. To dit :

    Monsanto et nestlé n ont qu un but augmenter leur capital quoi qui leur en coute monsanto a detruit les champs et riviere qui l entour et mtn il veut que dautre grosse industrie le soutienne pour ne pas voir une baisse de ces gains. Le mieux cest de pas acheter leurs produits car toutes les ressources de la planete pouraient eradiquer la famine dans le monde si elles etaient bien repartis mais ceux qui gagne le plus ne pense pas comme sa comme ces deux monstres.!

  8. [...] Quand Nestlé roule pour Monsanto Il y en a un qui aurait sans doute mieux fait de tourner sa langue sept fois avant de parler. Les propos du patron de Nestlé dans le Financial Times d’hier risquent de faire des vagues. Peter Brabeck a ouvertement appelé l’Union européenne à assouplir sa position sur les organismes génétiquement modifiés, pour lutter contre la crise alimentaire. Une position qui en ravira certains, mais qui risque de susciter des appels au boycott des produits du géant de l’alimentaire, ou de jeter un doute sur l’origine de ses matières premières. «On ne peut pas nourrir la planète sans OGM. Nous avons les moyens de rendre l’agriculture durable à long terme. [...]

  9. […] Cette multinationale déclarait en 2008, par la bouche de son président, «[Les OGM] sont l’une des technologies les plus sûres que l’on a vu jusqu’à présent. Bien plus sûre que la nourriture bio, organique ou n’importe quelle autre à la mode en Europe.» (Quand Nestlé roule pour Monsanto). […]

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