Selon l’ONU, les green tech peuvent sauver le climat… à condition de se serrer la ceinture

Par Denis Delbecq • 11 mai 2011 à 12:22 • Categorie: A la Une
Eolienne © D.Dq

Eolienne © D.Dq

Cette fois, il y a des chiffres sur la table. Le Groupe d’experts de l’ONU pour le climat a en effet publié le résumé de son rapport spécial sur les énergies renouvelables et leur rôle dans la lutte contre les changements climatiques. Comme prévu, ce «résumé pour décideurs» (en attendant la parution du rapport complet le 31 mai) démontre que les énergies renouvelables ont un potentiel considérable de réduction des gaz à effet de serre.

J’attendrais la lecture du rapport complet pour me prononcer de manière plus approfondie sur ce document qui fera date (1) à n’en pas douter. A première vue, le résumé pour décideurs ne fait pas dans la clarté, et les politiciens —dont la culture scientifique n’est pas le fort— auront quelques difficultés sans doute à en apprécier la substance.

Au total, les 120 experts qui ont travaillé pour l’ONU (bénévolement, est-il besoin de le rappeler, puisque l’ONU ne rétribue pas les experts du Giec), ont passé en revue 160 scénarios au total, suivant les hypothèses retenues pour la demande énergétique mondiale, et le développement des diverses sources renouvelables.

Pour se fixer les idées, le GIEC passe en revue les sources qui participaient à la production mondiale d’énergie primaire en 2008. Le pétrole (34,6%), le charbon (28,4%) et le gaz (22,1%) se taillaient la part belle. L’ensemble des sources renouvelables (du bois de chauffe aux panneaux solaires, mais la biomasse dans son ensemble en pèse plus des trois-quarts) ont fourni 12,9%. Quand au nucléaire, sa part est évaluée à seulement 2% par les experts de l’ONU. Un chiffre étonnamment bas, puisque l’Agence internationale de l’énergie calculait une part de 5,8% de la demande d’énergie primaire pour 2008 dans son dernier rapport de prospective, le World Energy Outlook 2010. Seule la lecture du rapport complet du Giec permettra de comprendre ce grand écart, puisque l’AIE et le GIEC semblent d’accord sur les quantités d’énergie primaire consommée en 2008 (pratique, l’AIE raisonne en tonnes-équivalent-pétrole, et le Giec en exajoules…).

Des 160 scénarios étudiés par le GIEC, c’est évidemment le plus favorable qui a été mis en avant par les écologistes et les industriels des énergies renouvelables: en 2050, les énergies vertes pourraient fournir jusque 77% de la demande mondiale. La moitié des scénarios étudiés par le GIEC annoncent un chiffre supérieur à 27%.

Là où le bât blesse, c’est que ce chiffre de 77% immédiatement monté en épingle s’appuie sur un scénario (ou un groupe de scénarios) particulièrement audacieux en matière de maîtrise de la demande énergétique. Comme le chiffre de prévision pour 2050 de la demande d’énergie primaire associée à ce 77% n’est pas mentionné dans le résumé publié lundi, je me suis livré à un calcul: il en ressort, si je ne me suis pas trompé, que les énergies renouvelables pourraient fournir les trois quarts de notre énergie, à condition que la demande mondiale connaisse un spectaculaire ralentissement: elle serait en 2050 supérieure de seulement 8% à ce qu’elle était en 2008, quand l’Agence internationale de l’énergie annonce d’ici 2035 une demande en hausse de 36%, avec les politiques actuelles, et de 21% pour une politique anti-rejets carbonés (dit scénario 450ppm). Selon le Giec, suivant les scénarios, le coût total du développement des énergies renouvelable pourrait atteindre 2850 à 12280 milliards de dollars entre 2010 et 2030 (les investissements se sont élevés à 243 milliards en 2009). Selon Pachaury, le patron du Giec, cela reviendrait à investir chaque année 1% du PIB mondial.

Evidemment, vous me connaissez, ces projections utilisées par le GIEC ne sont pas absurdes. Elles s’inscrivent bien dans l’idée que l’Occident devra diviser par quatre —et la planète par deux— ses émissions de carbone d’ici 2050, ce qui n’est possible qu’au prix d’un changement radical de notre consommation d’énergie, pour développer (ou adopter) rapidement des solutions peu gourmandes en énergie dans notre vie quotidienne (économies d’énergie, éclairage basse consommation, changements de politiques de transport, etc.). Mais à tout le moins, ceux qui ont décidé de faire de ce 77% un emblème pour une révolution de nos moyens de production d’énergie devraient au moins rappeler qu’il faudra parallèlement faire décroitre massivement notre consommation, pour laisser de la places aux pays du Sud qui ont besoin de se développer. On n’en prend pas le chemin, hélas.

Il serait un exercice de style particulièrement intéressant, que personne ne semble avoir mené: partant de la même hypothèse sur la demande d’énergie, quelle part d’énergie nucléaire pourrait-on atteindre, et à quel coût, sachant que la plupart des pays en développement ne disposent pas aujourd’hui des infrastructures pour distribuer l’électricité produite par de gros réacteurs, tel l’EPR et ses 1650 mégawatts. Avis aux amateurs.

(1) C’est le premier volet publié du cinquième rapport du GIEC sur le climat, qui sera rendu public en plusieurs étapes: septembre 2013 pour le Volume I (la physique du climat), mars 2014 pour le volume II (impacts et vulnérabilités) et avril 2014 pour le volume III (lutte contre le réchauffement).

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