Comment le Japon a tenté de tuer Sea Shepherd

Par Denis Delbecq • 10 janvier 2011 à 13:56 • Categorie: A la Une

Le Steve Irwin de la Sea Shepherd se prépare à entrer en collision avec un baleinier japonais © Adam Lau/Sea Shepherd

Le Steve Irwin de la Sea Shepherd se prépare à entrer en collision avec un baleinier japonais © Adam Lau/Sea Shepherd

«On veut bien discuter de chasse à la baleine, mais aidez-nous à nous débarrasser des écologistes.» C’est en substance ce que le Japon a demandé aux américains en 2009, selon une série de câbles diplomatiques révélés par le site Wikileaks. Parmi les solutions évoquées: supprimer les exemptions fiscales accordées à la Sea Shepherd Conservation Society. Une organisation dirigée par Paul Watson qui envoie, chaque année, ses navires combattre les baleiniers japonais.

Le Japon veut en finir avec Paul Watson. Car chaque année, le patron de la Sea Shepherd prend la mer pour s’intercaler entre les harpons japonais et les baleines dans l’océan austral. Chaque année, une véritable bataille navale s’y déroule avec menace de collisions, abordages et autres jetés de bouteilles d’acide butyrique (boules puantes). Et chaque année, le Japon réclame qu’on arrête Paul Watson, qui se paie le luxe d’afficher un pavillon noir sur son navire amiral, le Steve Irwin

Le 2 novembre 2009, un haut responsable de l’ambassade américaine à Tokyo rencontre un vice-ministre japonais et un conseiller de l’Agence japonaise des pêches. Ils demandent une nouvelle fois aux Etats-Unis d’agir contre la Sea Shepherd, et suggèrent que Washington s’attaque au statut fiscal de l’organisation américaine, qui bénéficie comme beaucoup d’ONG, d’exemptions fiscales. «Ce serait plus facile pour le Japon d’avancer dans les négociations à la Commission baleinière internationale (CBI) si les Etats-Unis agissaient contre la Sea Shepherd», explique le conseiller japonais.

Deux jours plus tard, nouvelle rencontre, cette fois Monica Medina, la représentante américaine à la CBI et le directeur général de l’Agence japonaise des pêches. Le Japon refuse une nouvelle fois de mettre un terme à sa «pêche scientifique» et suggère qu’une action des Etats-Unis et d’autres (le Steve Irwin est immatriculé aux Pays-Bas) contre la Sea Shepherd «pourrait influencer positivement la position du Japon dans les négociations sur l’avenir de la CBI». D’ailleurs, le représentant japonais semble convaincu que les Etats-Unis vont agir: «[Katsuhiro Machida] apprécie l’initiative américaine de revoir le statut d’exemption fiscal de la [Sea Shepherd]», note le document révélé par Wikileaks. La négociatrice américaine semble appuyer la démarche, puisqu’elle lui répond qu’elle pense possible pour son gouvernement «de montrer que l’organisation écologiste ne mérite pas son statut d’exemption fiscale compte-tenu de ses actions agressives et violentes». Le 12 novembre, un câble est adressé par Hillary Clinton aux ambassades américaines des pays clés du dossier baleinier. Il trace les lignes d’un accord qui pourrait être trouvé sur la chasse à la baleine: le Japon accepterait de ne plus pêcher de rorqual commun et de baleines à bosse dans l’océan austral, et les Etats-Unis «s’engageraient à faire respecter les lois américaines et internationales qui garantissent la sécurité en mer». La négociation est tombée à l’eau, et c’est depuis son navire engagé dans l’océan austral que Paul Watson a commenté les révélations de Wikileaks à Associated Press. «Nous avons obtenu notre statut fiscal en 1981, et nous n’avons rien fait depuis qui puisse conduire les services fiscaux américains à changer cette situation.» Mercredi, le Steve Irwin a engagé sa seconde confrontation avec les navires japonais.

NB: Cet article a été écrit pour le compte du site internet du mensuel de Terra Eco. Il est reproduit ici avec son autorisation.

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