Au secours, la droite revient!

Par Denis Delbecq • 15 novembre 2010 à 13:42 • Categorie: A la Une

Ce qu’il y a de bien avec la Sarkozie, c’est qu’il y a rarement des surprises. Et qu’en plus le lider maximo verde nous mâche le travail, à nous les observateurs. Il y a un peu moins de deux ans, j’avais évoqué le départ de Nathalie Kosciusko-Morizet du secrétariat d’Etat à l’écologie, virée par son Borloo de patron pour l’avoir égratigné publiquement. Je pourrais même reprendre mon billet pour vous expliquer toutes les raisons de se réjouir du retour de NKM. Mais le mauvais esprit que je suis a vite fait de regarder ce qui coince dans ce remaniement.

A vrai dire, je n’attendais rien de ce mauvais feuilleton, si ce n’est peut-être l’arrivée d’une sensibilité plus sociale, moins brutale, à la tête du gouvernement. Mais puisque cette fois c’est la brutalité du Premier ministre qui a dicté sa loi et pas le Président, l’ami Borloo (1). D’aucuns —tel l’avaleur de couleuvres Hulot— laissaient croire qu’ils avaient encore une once de confiance dans la sensibilité verte du petit Nicolas, moi pas. Je n’y ai d’ailleurs jamais cru. La signature du «pacte Hulot», le «Grenelle», tout cela n’était que l’œuvre d’un joueur de flûte en mal de majorité électorale que n’écoutaient que ceux qui étaient assez couillons pour y croire. La droite française a le profit et la croissance dans le sang, et aucun vernis verdâtre n’y changera rien.

Bref, nous avons désormais une femme de convictions environnementales à la tête du ministère de l’écologie. Un ministère qui retourne d’où il vient, dans la catégorie sous-fifres à la botte de Bercy (qui récupère l’industrie et l’énergie) et du ministère de l’agriculture. Le second ministère le plus important est désormais celui de la Défense, beau programme (2).

Au passage le périmètre de NKM perd aussi la mer. On imagine bien ce que cela va donner dès qu’on parlera gestion des pêches, politique énergétique, etc. Non pas que Borloo ait brillé par son efficacité dans ces domaines, mais il y avait quand même un petit aiguillon dans la politique suicidaire voulue par Sarkozy comme ses prédécesseurs de droite, et de gauche. Petit, car évidemment Borloo n’a pas pesé lourd quand ses patrons ont choisi de démolir le peu de politique publique (fiscale) sur l’efficacité énergétique et les économies d’énergie. Adieu les logements mieux isolés, puissant outil de lutte contre la précarité. Parce qu’elle est aussi —et le sera de plus en plus— énergétique, on en reparlera quand le prix de l’électricité aura été libéré, et quand le pétrole reviendra tutoyer les 120 ou 150 dollars le baril.

NKM dispose d’un à-priori favorable, mais il ne faut pas se leurrer. Son choix est surtout une manière de séduire ceux qui s’obstinent à croire qu’un UMP Sarkozien peut servir à autre chose qu’à servir le profit de ses copains. Ce gouvernement n’est pas un gouvernement de conduite de la France. C’est, après avoir suivi les intérêts de ceux qui lui sont idéologiquement proches, un gouvernement de préservation des intérêts électoraux d’un Président dont la réélection commencerait à devenir problématique s’il n’était opposé à une gauche atone, incapable de se renouveler, et de prendre conscience des enjeux. L’écologie n’est pas un gadget pour bobos dans un pays de riches. L’écologie, c’est une autre manière de voir le monde, de partager ce qui doit l’être: la richesse, l’énergie, la qualité de vie, l’éducation et la culture.

La Sarkozie est donc en ordre de marche pour 2012. Une dernière remarque: l’arrivée de Thierry Mariani à la tête des transports. Celui-là est plus connu pour ses positions extrêmes sur l’immigration. On l’imagine assez facilement prendre position contre le «routier polonais», après avoir jeté les immigrés à la vindicte. Tout un programme, je vous dis.

(1) J’aime bien l’appeler comme ça, mais à vrai dire je ne le connais pas, si ce n’est les deux « rencontres avec les blogueurs » auxquelles j’avais participé en 2007 et 2009.
(2) Au passage, on notera la formidable constance d’Alain Juppé qui répétait encore il y a peu à ses administrés bordelais qu’il ne les abandonnerait jamais. Remarquez, Joffrin avait dit la même chose à ses troupes du Nouvel Observateur juste avant de prendre le pouvoir à Libé.

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