Aie confiance, le gruyère nucléaire nous sauvera

Par Denis Delbecq • 7 avril 2010 à 10:23 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Pour stocker les déchets nucléaire, il n’y aurait rien de mieux que le gruyère. Après avoir abandonné le site prévu à Yucca Mountain pour accueillir leurs poubelles nucléaires, les Etats-Unis se penchent à nouveau sur l’idée de forages à plusieurs kilomètres de profondeur, nous raconte New Scientist. Des trous de moins d’un mètre de diamètre qui pourraient être répartis sur une grande partie du territoire américain.

En gros, l’idée consiste à percer un trou de deux à cinq mille mètres de profondeur. A entasser des containers de faible diamètre (quelques dizaines de centimètres) dans la partie inférieure du forage comme on enfile des perles, et à reboucher le tout pour que cela reste bien étanche, en se débrouillant pour que la pression ne fasse pas imploser les containers. Avantage, c’est discret en surface, compliqué à aller fouiller si d’aventure des petits malins voulaient jouer avec le feu, c’est en principe déconnecté des eaux de surface et, si on choisit bien son endroit, les formations rocheuses ne sont pas prêtes de bouger. A condition de ne pas aller taper dans les zones volcaniques ou à forte sismicité…

Suivant la concentration de déchets stockés, les ingénieurs auraient deux cas de figure. Avec des déchets en petites quantités, le dégagement de chaleur lié à la radioactivité serait faible, et ne jouerait pas sur la géologie des sols. Avec des déchets et des containers concentrés, au contraire, la forte chaleur dégagée pourrait faire fondre les roches environnantes dans un premier temps. Ensuite, au fur et à mesure de la diminution de la radioactivité —et donc des dégagements de chaleur— les roches se solidifieraient autour des containers, offrant une gangue de protection à long terme… si les containers ont résisté, bien sûr.

Le revers de la médaille de cette technique inspirée des foreurs d’hydrocarbures, c’est la relativement faible quantité qu’un « trou » peut contenir, en raison du petit diamètre de forage. A l’échelle d’un pays comme les Etats-Unis, il en faudrait plusieurs centaines, et probablement autant chez nous. En Suède, l’Office pour l’études des déchets nucléaires, une organisation non gouvernementale qui regroupe notamment des associations de protection de l’environnement, a publié un rapport en 2006 qui affiche sa préférence pour ce type de stockage à long terme de déchets, plutôt que l’enfouissement « réversible » à moyenne profondeur comme envisagé aux Etats-Unis, en Suède ou en France.

Reste à savoir si on a une connaissance suffisante de la géologie et la géochimie des sols à grande profondeur. On pourrait peut-être demander à Allègre, ça doit être dans ses cordes. Allez, Claude, des petits trous, des petits trous, encore des petits trous… et attention, hein, tu nous fais tout cela sans modèle informatique ;-)

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