Les déchets électroniques, une vague qui déferle sur le Monde

Par Denis Delbecq • 23 février 2010 à 11:48 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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A ce rythme, le Sud risque de finir noyé sous un tas de déchets électroniques avant que le climat ne lui tombe sur la tête! Un rapport de l’ONU présenté à la conférence de Bali qui réunit cette semaine les membres de la Convention de Bâle annonce des chiffres spectaculaires, du moins pour certains pays: En Chine et en Afrique du Sud, la quantité de déchets d’ordinateurs pourrait croître de 200% à 400% d’ici 2020. En Inde, la croissance de ces rebuts pourrait atteindre 500% (1). Pour les seuls téléphones portables, la croissance serait de 600% en Chine et 1700% en Inde sur la même période!

Les déchets électriques et électroniques (DEEE en français, E-Waste pour les intimes) sont une véritable plaie. Ils contiennent une multitude de substances chimiques, jusqu’à soixante variétés dans un même appareil relève le rapport: métaux lourds, retardateurs de flamme, PVC. Des substances toxiques et d’autres qui mériteraient d’être correctement revalorisées. Aujourd’hui, dans le monde, pas moins de 40 millions de tonnes d’E-Waste sont générés chaque année: ordinateurs, télévisions, téléphones, mais aussi appareils photos, frigos ou jouets bardés de composants. Les Etats-Unis sont une fois de plus les leaders avec 3 millions de tonnes par an, devant la Chine (2,3 Mt). L’empire accueille aussi des tonnages important de déchets électroniques venus du nord. Officiellement sous forme de matériels destiné à l’occasion, pour contourner la Convention de Bâle qui régit le transport international de déchets depuis vingt ans.

A parcourir le rapport publié par le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE), on apprend une foule de choses intéressantes. Par exemple que nos ordinateurs et téléphones consomment 3% de la production mondiale d’or et d’argent, 13% du palladium et 15% du cobalt. Le PNUE s’est penché sur onze pays, jugés représentatifs de l’ensemble des pays du Sud: Chine, Inde, Afrique du Sud, Ouganda, Sénégal, Maroc, Kenya, Brézil, Colombie, Mexique et Pérou. L’étude révèle d’importantes disparités dans la production de déchets électroniques, écarts de niveau de vie oblige: l’ONU relève six fois moins d’ordinateurs mis au rebut en Inde qu’en Chine.

Les téléphones mobiles, ça vaut de l’or: dans une tonne de vieux appareils (sans batterie), on relève par exemple 3,5 kilos d’argent, 340 grammes d’or, 130 kilos de cuivre. Mais le problème, c’est qu’à l’échelle d’un appareil, ça se mesure souvent en milligrammes, alors la récupération ce n’est pas du tout cuit.

La cuisson. C’est souvent comme cela que les récupérateurs de Chine ou d’ailleurs travaillent. Il brûlent les cartes électroniques sans aucune protection (sympa les fumées chargées en métaux lourds et en dioxines) pour récupérer les métaux. Il existe bien évidemment des méthodes plus efficaces et moins risquées (elles sont décrites dans le rapport), mais elle ne sont pas ou peu utilisées en dehors des pays riches. Dans des pays comme l’Inde ou la Chine, l’embryon d’industrie officielle de recyclage des DEEE opère d’ailleurs dans des conditions jugées peu durables par les auteurs du rapport.

Il reste que ce pavé d’une centaine de pages nous laisse sur notre faim: car si l’existence d’un trafic international de déchets est avérée, aucun chiffre n’est donné dans le rapport, en particulier sur la Chine qui serait la première destination pour les déchets des pays occidentaux.

(1) Calculé par rapport à 2007. Le rapport n’est disponible qu’en anglais, mais il contient une version française de la synthèse.

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