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Ecologistes et pêcheurs, tous des arêtes de thon dans la gorge

Posté par Denis Delbecq le 3 fév 2010 dans la catégorie: A la Une. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

A ménager la chèvre et le chou… Paris a donc tranché sur l’épineuse question du thon rouge: interdire mais plus tard. Et du coup tout le monde est fâché. Des écologistes crient à l’incohérence de cette décision «politique», tandis que chez les pêcheurs, on dénonce un coup de force «politique» pour satisfaire… les écologistes. Ceux-là se sont toujours aimés!

Résumé de l’affaire. Le thon rouge se fait rare en Méditerranée. Alors que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps, et que les quotas baissent sans produire d’effets, la Principauté de Monaco a proposé d’inscrire l’animal à l’Annexe I de la Convention de l’ONU sur le commerce des espèces menacées (CITES), ce qui en interdirait le commerce international. La réunion de la CITES est prévue en mars à Doha.

Comment sauver l’espèce sans mettre d’arêtes en travers de la gorge des pêcheurs méditerranéens? Le verdict est tombé ce mercredi, dans la bouche de Borloo: inscription à l’Annexe I, mais après un délai de 18 mois…

Concrètement, que signifierait cette inscription au registre des espèces menacées? Qu’il serait interdit d’exporter les thons, et donc, pour les européens, cela laisserait la possibilité de vendre dans toutes l’UE. La mesure vise principalement à stopper la pêche industrielle: les gros thoniers senneurs (une grosse vingtaine en France) qui pêchent des thons adultes, ou des juvéniles destinés à être engraissés dans des élevages en mer. Paris entend en revanche se doter d’un cadre juridique qui permettrait aux pêcheurs artisanaux (comprendre les quelques centaines d’artisans qui pêchent avec des hameçons) de poursuivre leur activité et d’écouler leurs prises dans l’UE.

Ce qui est visé derrière tout cela, c’est l’appétit sans fin du Japon pour les sushis. Car le pays avale 80% des prises mondiales de thon rouge. Chez les pêcheurs, comme le rappelle l’Express aujourd’hui sur son site, c’est la colère, et le spectre d’un blocage des ports ressurgit. Les pêcheurs se refusent à admettre que les stocks de thons rouges sont catastrophiques, comme l’affirment de nombreuses études et des ONG. D’ailleurs, le délai de 18 mois proposé par Paris vise à attendre la publication de nouveaux travaux scientifiques.

Dans ce concert de protestations, l’association Robin des Bois se distingue une fois de plus. Elle souligne que Tokyo, la Libye et quelques autres pourraient facilement faire capoter la proposition d’inscrire le thon en Annexe I de la Cites en mars prochain. RdB préconise donc l’Annexe II, qui n’interdit pas le commerce international, mais l’encadre de manière très stricte… même si on sait ce que certains pays, à commencer par la Libye, font des documents fixant les quotas. De son côté, le WWF souligne que les senneurs français devront de toutes les façons rester à quai en 2011, punis pour avoir dépassé les quotas alloués en 2007, et que le délai de 18 mois ne sert donc à rien. Borloo nous avait déjà fait le coup d’interdire les semis d’OGM en hiver, cette fois la proposition française reviendrait à autoriser la pêche mais pas les bateaux (français) l’an prochain.

Il est évident qu’une décision sur le thon est difficile à prendre, compte-tenu de son impact social. Ou surtout, pour un gouvernant, du pouvoir de nuisances des armateurs de pêche. Il est si facile de bloquer un port avec une poignée de navires (1)…

On verra qui, du ministre de l’environnement et de celui de l’agriculture et de la pêche, gagnera le second round. Car il faut encore convaincre l’UE. Pour le moment, le lider maximo verde appuie la position Borloo. Et ça ne risque pas de le déranger pendant ses vacances de futur-ex-président (1).

Finalement, l’idée d’empêcher ce qui fait le plus de dégâts et d’autoriser ce qui emploie le plus de pêcheurs n’est pas si absurde… A condition aussi qu’on les rémunère correctement, et donc qu’on revoie en profondeur le fonctionnement de la distribution. Au passage, on pourrait arrêter la farce de l’étiquetage d’origine des poissons par grandes zones, et —par exemple— distinguer pêche artisanale et artillerie lourde, pour que le consommateur puisse enfin peser. Allez Jean-Louis, encore un effort!

(1) Il y a quelques années, j’avais du négocier ferme avec des armateurs qui boquaient le port d’Arcachon à l’aide de trois chalutiers pour protester contre la hausse du prix du gazole. En pure perte, puisque j’étais rentré bredouille de ma partie de pêche ;-) Pour la petite histoire, les armateurs avaient réclamé —et obtenu— de rencontrer Sarkozy qui, avant d’échouer à l’Elysée, passait souvent une partie de l’été sur le bassin d’Arcachon.

Mots-clefs: biodiv, Borloo, cites, france, halieutique, peche, Sarkozy, thon
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10 Réponses pour “Ecologistes et pêcheurs, tous des arêtes de thon dans la gorge”

  1. JCC dit :
    3 février 2010 à 22:16

    C’est dégueulasse On vire les ouvriers par centaines et on laisse faire les pécheurs qui ont saccagé la ressource à coup de subventions
    l’UMP est vraiment un parti de classe

    Répondre
    • GML dit :
      5 février 2010 à 9:55

      Les pêcheurs ne sont-ils pas aussi des « ouvriers des mers » par centaines qui ont le droit de vivre au même titre que les « ouvriers » ?

      Répondre
      • La Fontaine dit :
        5 février 2010 à 14:06

        Et les générations futures (leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs petits-petits-enfants, etc.) n’auraient pas le droit de vivre ? Après eux le déluge ? Je considère personnellement que c’est un crime de condamner la vie des générations futures. C’est presque un infanticide…

        Répondre
        • Mano dit :
          5 février 2010 à 18:07

          Une seule solution: faire moins d’enfants, de petits enfants, et de petits-petits enfants!
          Comme cela, il y aura du thon pour tout le monde

          Répondre
    • Patrick dit :
      8 février 2010 à 9:06

      Qu’il s’agisse de pêche ou de fabrication d’armes, de pièces de moteur, de retroconvertisseur à bascule inversée… l’industrie, par ses procédés et ses volumes, est destructrice du vivant à plus ou moins long terme. Il faut en finir. Le capital repeint les usines en vert et ce n’est pas la solution. Elle n’est certainement pas unique d’ailleurs. Il faut arrêter de manger des sushis. Il ne faut plus en vendre. Il ne faut plus distribuer de thon et ne plus en pêcher. Et tout pousse au contraire. Je ne suis pas sûr que l’envie de continuer à gagner sa croute pour les pêcheurs soit d’ailleurs la motivation la moins compréhensible de cette chaîne. Qui les aide à pêcher autre chose et comment ? Qui aide les lourdés des équipementiers automobiles à monter des SCOP pour faire des vélos ? On a du pain bio sur la planche.

      Répondre
  2. La Fontaine dit :
    4 février 2010 à 22:58

    Les pêcheurs sont comme d’autres avant : tous tuent la poule aux œufs d’or, tous ! Comme d’autres espèces avant… c’est toujours la même histoire !

    Répondre
  3. marie dit :
    5 février 2010 à 14:48

    et qui sont les cocus de l’affaire? les THONS; ils ne vivront plus bientôt, notre belle espèce d’enfoirés les exploitera jusqu’au trognon! fini pour eux les belles virées en mer ! c pas grave ya du poison transgéniques dans les labos, qui attend

    ah salopards de pêcheurs! ah salopard de système

    Répondre
    • GML dit :
      5 février 2010 à 19:01

      « On se suicide toujours trop tard » (Cioran). Vous avez l’air bien énervé. Respirez un coup, marie, ça ira mieux aprés…

      Répondre
  4. Encredemer dit :
    5 février 2010 à 16:10

    Cette histoire du thon rouge soulève deux autres questions cruciales à mon sens :

    - Le problème du thon rouge n’est pas celui de l’espèce mais celui de nos choix de production et de l’allocation des droits de pêche. La Commission européenne, avec l’approbation du Parlement européen, propose de mettre en place des droits de pêche individuels (QIT) qui deviendront nécessairement négociables et capitalisables (cf. la construction des grands senneurs par le rachat de permis de petits bateaux, les PME). Cette décision entraînera le même scénario que celui du thon rouge sur d’autres espèces, et la destruction des petites flottilles artisanales. Actuellement plus de 80% de la flottille européenne mesure moins de 12 m alors que le marché européen des produits de la mer est le premier marché mondial… Les QIT en mer, c’est comme les OGM à terre, une appropriation du vivant par de grands groupes internationaux.

    - La disparition d’une espèce en bout de chaîne est triste mais moins dramatique pour notre avenir que la réduction de la biodiversité du plancton qui est en amont de la chaine alimentaire. Cf notre article à ce sujet sur le site de L’encre de mer.

    Répondre
  5. miniTAX dit :
    5 février 2010 à 17:46

    Encredemer : « la réduction de la biodiversité du plancton »
    ————————–
    Il n’y a jamais eu de réduction de la biodiversité du plancton, cessez donc de raconter n’importe quoi.

    Répondre

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