«Si la patrouille climat ne passe pas, il y aura la patrouille pétrole derrière»

Par Denis Delbecq • 3 décembre 2009 à 14:01 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Ça, c’est du Borloo pur jus. Même fatigué, le ministre a le sens de la formule quand il s’agit de parler de la lutte contre le réchauffement climatique. A quelques jours de l’entrée en scène des acteurs de Copenhague, j’ai pu passer deux heures mercredi soir avec le ministre, qui avait invité quelques blogueurs pour défendre son plan « Justice climat » (1).

Puisque le sujet déchaîne les passions, commençons par le climategate, qui n’était pas à l’ordre du jour de cet échange. Inutile de dire que le sujet ne fait pas recette dans la sphère dirigeante. Et Borloo m’a expliqué que le sujet n’a pas été évoqué lors des échanges avec ses collègues étrangers. «J’en ai juste parlé avec Jouzel et le Treut, a expliqué Borloo. Vous savez, eu égard aux enjeux, il s’agit quand même à Copenhague de changer le mix énergétique mondial. Alors les sceptiques n’arrêteront pas la machine. Le [climategate] est une attaque faible et tardive. Je m’attendais à une offensive beaucoup plus tôt et beaucoup plus forte, mais elle n’est pas venu. Les gens savent bien que même s’il n’y avait qu’une chance sur deux que la terre se réchauffe, personne ne prendra le risque de ne rien faire. Beaucoup de pays subissent déjà de plein fouet le réchauffement, comme l’Inde, la Chine, le Japon, le Bengladesh.» Et Borloo de souligner que des climatologues chinois lui ont dit combien les dirigeants sont plus inquiet que le Giec pour l’avenir. Et selon Borloo, la Chine a compris qu’elle ne restera pas éternellement l’usine à bas prix du reste du monde. «Elle a décidé d’être leader sur le bas carbone». Comprenez, il y a bien une guerre économique dans tout ça, et personne n’a d’autre choix que de foncer vers le green business.

Revenons donc au plan justice climat. Borloo se défend de faire bande à part au sein de l’Europe, lui qui a multiplié les rencontres avec les dirigeants dans les pays du sud. «Qui était allé voir le premier ministre éthiopien qui parlera au nom de l’Afrique à Copenhague? J’y suis allé deux fois. Pas parce que je suis un héros, mais parce que c’est la moindre des choses…»

Borloo a martelé, à plusieurs reprises, que les mécanismes mis en place à Kyoto n’ont pas permis d’aider les pays qui en ont le plus besoin. (NDLR, c’est la Chine qui en a le plus profité des mécanismes de compensations de Kyoto, l’Afrique n’a rien vu venir). Donc, pour résumé le plan « justice climat », Borloo propose que les pays riches financent, sur fonds publics, les pays les plus vulnérables, et certaines régions plus vulnérables des grands pays émergents (comme le sud de l’Inde). Pour, par exemple offrir à l’Afrique l’énergie dont elle a besoin pour se développer, en 100% renouvelable (biomasse, barrages, solaire, éolien etc.), et aider le continent à s’adapter au réchauffement. Mais aussi aider des pays comme le Cambodge, le Bengladesh, le Laos ou des états insulaires. «En plus, c’est dans ces pays que ça coûte le moins cher de produire propre», a justifié Borloo. Comprendre qu’il serait débile de ne pas se lancer dans ce plan. «Il ne s’agit pas de balancer des chiffres plus importants que le voisin, genre si tu mets dix milliards de plus, t’es un héros. Il s’agit de garantir un financement stable, prévisible, sur la durée.» Et sur le financement, pas question de dire des mots qui fâchent. «On ne dit pas qu’il faut faire une taxe sur les transactions financières. Si on le faisait, le temps que tout le monde s’engueule, l’Afrique ne verrait rien venir. Donc on pose un principe, un cadre pour le versement de cette aide aux pays vulnérables. Et, si c’est accepté, on discutera alors du mode de financement. Vu l’état des budgets publics, les financements innovants vont vite séduire nos partenaires.»

C’est marrant quand même. Un ministre français qui se préoccupe des pays pauvres, qui évoque —sans la nommer— la taxe Tobin… Un ministre sarkozien shooté à l’altermondialisme, ça tranche avec les huiles de l’UMP, non?

Un sujet vidéo tourné par mes étudiants, et diffusé sur le site de l’Express:


« Justice-climat » : le nouveau cheval de bataille de Borloo.
par LEXPRESS

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