Le voyage inutile d’Obama

Par Denis Delbecq • 26 novembre 2009 à 9:19 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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[MAJ] Ainsi donc, Obama ira à Copenhague. C’était à peu près évident, puisqu’on voit mal comment il pourrait éviter de faire une halte à Copenhague alors qu’il sera à Stockholm le 10 décembre, pour recevoir son Nobel de la Paix.

D’après les innombrables papiers et dépêches publiés hier, l’hôte de la Maison-Blanche pourrait mettre des chiffres sur la table. D’aucuns s’en féliciteront. Permettez-moi, une fois de plus, d’être grincheux. L’objectif américain, tel que cité aujourd’hui dans les médias, serait une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 17% à l’horizon 2020, soit le taux inscrit dans le Climate act voté au Congrès, qui doit encore passer au Sénat américain. Mais il y a un détail qui tue! L’année de référence inscrite dans cet objectif, c’est 2005. Ramenée à 1990 —année de référence de Kyoto— la baisse en 2020 ne serait que de 4% à 6% (suivant les sources), tant l’économie américaine a craché de CO2 et autres gaz à surchauffe. Vous rappelez-vous ce que beaucoup de nos médias oublient aujourd’hui de préciser (1), à savoir quel était l’objectif américain inscrit dans le Protocole de Kyoto? Une baisse de 7% entre 1990 et 2012…

Bref, Obama se prépare à annoncer un objectif pour 2020, inférieur à ce qu’il était, en principe, pour 2012 si Clinton, puis Bush n’avaient pas refusé de ratifier le protocole de Kyoto. La belle affaire!

Hier soir, après la diffusion de Vu du Ciel sur France 3 consacré au pétrole, Taddei demandait à Arthus-Bertrand et Yves Cochet si la publication cette semaine du « Diagnostic de Copenhague« (2) n’était pas une drôle de coïncidence, à moins de deux semaines du sommet de Copenhague. Bizarrement, personne ne lui a répondu de manière affirmée que coïncidence il n’y a pas. Ce rapport, élaboré par une vingtaine de climatologues prestigieux, vise justement à éclairer les débats du Sommet à l’aune de la moisson de résultats scientifiques survenue depuis le dernier rapport onusien du GIEC en 2007 (3).

Mais à vrai dire, que ce Diagnostic soit publié maintenant ou l’an prochain ne change pas grand chose. Les grands de ce monde seront sur la photo à Copenhague, après avoir trouvé un consensus liquide tellement il est mou, et surtout non chiffré. Les photographes seront content, et les chercheurs auront bossé pour rien. De deux choses l’une: soit les gouvernements ont confiance dans leurs chercheurs, et ils doivent aussi les écouter quand on parle sérieusement d’objectifs de réduction des émissions de GES. Soit ils n’ont pas confiance, et rien ne sert alors d’organiser un tel raoût. Finalement, pour en arriver-là, une vidéoconférence aurait été tout aussi efficace… les émissions de gaz à effet de serre en moins.

[MAJ @12:h27] La position chinoise ne s’est pas faite attendre: Pékin propose de baisser de 40 à 45% entre 2005 et 2020, non pas ses émissions, mais son intensité carbone (la quantité de gaz carbonique nécessaire pour produire un dollar de richesse). Un bref calcul (basé sur une croissance économique annuelle de 10%, il faut bien faire un choix) donne un bon doublement des émissions chinoises (PIB multiplié par 4, Intensité baissée d’une petite moitié). Et même si la croissance chinoise devait prendre un rythme moins soutenu, le pays n’est pas près de stabiliser ses émissions.

(1) Sauf le Monde, mais dans un papier seulement.
(2) Voir le document complet (en anglais), ainsi qu’un résumé en français.
(3) Il confirme que les émissions de GES sont au delà des scénarios les plus pessimistes du Giec. La tendance à long terme, quoi qu’en disent les négateurs, est bien à la hausse des température, avec un maximum pour 2100 qui pourrait atteindre +7°C (par rapport à l’époque pré-industrielle). La baisse de la surface de banquise arctique en été entre 2007-2009 est 40% plus rapide que les prévisions moyennes des modèles évalués par le Giec. La hausse du niveau des océans est, depuis 15 ans, 80% plus rapide que les prévisions du Giec et pourrait atteindre 1 à 2 mètres (contre 0,18 à 0,59m dans le rapport du Giec) à la fin de notre siècle, etc.

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