Dur dur d’être sismologue

Par Denis Delbecq • 30 septembre 2009 à 9:19 • Categorie: En bref

Ainsi donc, les vagues ont encore frappées, pour l’essentiel dans la région des Samoa, là où un violent séisme (magnitude 8) s’est produit hier soir.

Le premier message que j’ai reçu des autorités américaines faisait état d’une vague de 1,57 mètres dans les Samoa américaines. Comprendre 1,57 mètres au dessus du niveau de l’océan, car il est impossible de prévoir —et difficile à mesurer— la hauteur des vagues qui se déchaînent sur la côte et surtout ses habitants. Le message a été diffusé quatorze minutes après le séisme.

Ce nouveau séisme démontre une fois de plus la difficulté de prévoir correctement les tsunamis. Dans le premier bulletin américain, il était précisé que le tsunami n’était pas susceptible d’atteindre les côtes des Etats-Unis. Et pour cause. Les premières estimations de localisation du séisme par l’USGS américaine avançaient une magnitude de 7,9 et surtout une profondeur de 85 kilomètres dans l’écorce terrestre. Et puis le démenti est venu: la profondeur était de 18 kilomètres seulement, libérant beaucoup plus d’énergie que prévu dans le Pacifique. Et les alertes américaines au tsunami on rythmé la nuit (parisienne), toutes les heures. Les Etats-unis ont finalement été caressés, avec une vague (toujours par rapport au niveau de l’océan) de 33 centimètres en Californie, une quinzaine de centimètres dans l’Oregon, et dix centimètres dans l’Alaska.

Ces vagues ont de la résistance: Crescent City (Californie) a été touchée à 6h05 TU ce matin. Soit plus de douze heures après le séisme survenu à plus de six mille kilomètres de là. Largement de quoi diffuser des messages d’alertes. Et laisser le temps aux Californiens d’aller se coucher, et c’est tant mieux: tôt le matin, les plages du sud de l’état sont souvent fréquentées par les ados en quête de quelques «rides» de surf avant d’aller en cours.

Les habitants des Samoa et Samoa américaines n’auront pas eu la chance d’être prévenus. Car quand on se trouve à seulement quelques kilomètres ou dizaines de kilomètres d’un tel séisme sous-marin, aucune alerte ne peut être donnée. Il n’y a que le réflexe de courir vers un point haut quand on a ressenti un séisme. Semble-t-il plusieurs dizaines de personne n’ont pas pu, ou pas su, et l’ont payé de leur vie. Elles n’ont pas eu de chance. Ailleurs, dans le Pacifique, ce «petit» tsunami aura servi d’exercice pour les réseaux d’alerte.

NB. Pour ceux que ça intéresse, j’ai trouvé une version en ligne d’un papier que j’avais écrit avec trois correspondants de Libé après le tsunami du 26 décembre 2004. Nous avions tenté de reconstituer les ratés de l’alerte dans l’océan indien. Lire «Le degré zéro de l’alerte» (Libération du 14 janvier 2005).

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