L’huile, palme d’or de la déforestation

Par Denis Delbecq • 11 mai 2009 à 11:11 • Categorie: A la Une
Plantation de palmier à Sumatra © Greenpeace

Plantation de palmier à Sumatra © Greenpeace

Quand ils évoquent l’huile de palme, médias et organisations écologiques mettent souvent les agro-carburants sur le devant de la scène. Et pourtant, si la demande explose, ils ne représentent encore qu’une maigre partie de la consommation mondiale d’huile de palme. Comme le rappelle un dossier publié il y a quelques jours par The Independent, cet ingrédient figure dans une grande variété de produits de consommation quotidienne: margarines, chocolat, bonbons, biscuits et chips, lessives, produits cosmétiques etc. Difficile d’ailleurs de savoir exactement qui contient quoi.

La production mondiale d’huile de palme a atteint 38 millions de tonnes en 2006, contre 11 millions de tonnes en 1990, et 21 millions de tonnes en 2000. L’huile de palme est l’huile la plus consommée au monde, juste devant l’huile de soja. Bien que peu mécanisable (un humain peut gérer 200 hectares de soja mais seulement 8 hectares de palmiers, selon le CIRAD), la culture du palmier à huile connaît une croissance fulgurante en raison de la très forte productivité des sols, qui donnent près de 10 fois plus d’huile à l’hectare que le soja.

Le revers de la médaille, c’est bien évidemment la déforestation, qui ravage notamment les forêts de Malaisie et d’Indonésie. Les deux pays fournissent plus de 80% de l’huile de palme consommée dans le monde… Seule 4% de la production mondiale respecterait les canons du Groupe sur l’huile de palme durable (RSPO) qui n’est pourtant pas réputé extrémiste comme organisme…

L’huile de palme, c’est bien souvent ce qui se cache derrière l’appellation « huile végétale » dans les produits alimentaires. Les industriels ne sont pas très loquaces sur ce sujet, tant la réputation de cette huile, et notamment son impact sur les dernières populations d’Orang-Outang d’Indonésie. The Independant a contacté les géants de l’agro-alimentaire qui opèrent sur le marché britannique. La plupart ne communiquent pas sur les tonnages consommés, tout en expliquant qu’ils se tournent de plus en plus vert l’huile «durable» selon les critères du RSPO.

En 2007, les Amis de la Terre avaient conduit une enquête similaire dans trois supermarchés de Paris et de région parisienne. Ils avaient constaté que 61% des chips en contenaient, de même que 54% des pâtes à tarte, 49% des pâtes à tartiner, 41% des biscuits pour l’apéro, 20% des plats cuisinés ou encore 11% des pâtes fraîches. Et il faut ajouter tous les produits qui se cachent derrière la mention «huile végétale» ou «graisse végétale», dont les Amis de la Terre n’ont pas tenu compte dans leur enquête. C’est par exemple le cas du Nutella ou des Kinder, comme l’explique le fabricant Ferrero sur son site, mais pas sur les emballages.

Même des produits alimentaires vendus dans les boutiques « nature » en contiennent. Une journaliste que je connais avait enquêté là-dessus cet automne, et la question provoque des réponses gênées… Pendant ce temps, on déforeste à tour de bras dans les forêts d’Asie, et ça ne dérange pas grand monde, sauf les tigres, les Orang-Outangs et leurs copains de la forêt. Sans oublier notre bon vieux climat, qui déteste la déforestation.

Dernière minute. Une décision de justice en Malaisie pourrait compliquer la tâche des producteurs d’huile de palme de la partie malaisienne de Bornéo. Un tribunal aurait reconnu les droits des tribus indigènes du Sarawak à disposer de leurs terres. (Voir le communiqué publié le 11 mai par Survival International.)

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