Le micro-ondes, usine à charbon de bois

Par Denis Delbecq • 14 mars 2009 à 21:56 • Categorie: A la Une

N'importe quel déchet végétal peut être transformé en charbon de bois © Denis Delbecq

N'importe quel déchet végétal peut être transformé en charbon de bois © Denis Delbecq

«Quand j’étais ado, j’ai cramé une pomme de terre au micro-ondes.» C’est ainsi que commence l’histoire de Chris Turney, un britannique qui vient de fonder Carbonscape. L’inventeur a mis au point une machine à griller le bois pour le transformer en charbon. Mais attention, pas question pour l’entreprise de prôner le développement du charbon de bois comme combustible. L’objectif de Carbonscape, c’est de l’enfouir dans les sols à grande échelle, pour nettoyer l’atmosphère du gaz carbonique qu’elle contient.

Le charbon bois comme recette contre le réchauffement? Je vous en avais parlé en décembre dernier, pendant la conférence de l’ONU de Poznan. Réduit en fine poudre, et introduit dans les sols agricole, ce charbon peut conserver le carbone qu’il contient pendant des millénaires. On appelle ça la terra preta, terre noire en portugais. En prime, le procédé affiche de formidables vertus agronomiques, comme Isabelle Delannoy l’avait expliqué fin septembre sur Eco-Echos. Il a notamment été employé par les populations d’Amazonie de l’époque précolombienne. Et la Terra Preta réduit les émissions agricoles de méthane et de protoxyde d’azote (le gaz hilarant), deux puissants gaz à effet de serre. Reste à savoir comment fabriquer le charbon efficacement, sans trop relarguer de gaz carbonique et surtout sans dépenser trop d’argent!

Alors que la pyrolyse ne permet de socker que 20% à 30% de la masse de bois de départ, le procédé de Turney ferait grimper l’efficacité à 40-50%. Pour réussir ce tour de force, l’inventeur s’est rappelé sa mésaventure d’enfance. Il a conçu un four à micro-ondes dédié à la fabrication de charbon de bois. Selon le Guardian, qui raconte cette histoire vendredi, Turney serait capable de stocker une tonne de gaz carbonique pour 65 dollars (1). Encore cher, mais sans doute concurrentiel avec les techniques sophistiquées de séquestration du gaz carbonique des prétendues « centrales à charbon propres ».

L’idée de Turney est donc d’utiliser des terres en jachère pour faire pousser des arbres à croissance rapide. D’abattre ces arbres et de les transformer en charbon qui serait enfoui dans les sols agricoles.(2) Le Guardian rappelle qu’un scientifique britannique a récemment calculé qu’on pourrait, d’ici 2100, éviter grâce au charbon de bois le quart des émissions de gaz carbonique liées aux activités humaines, en faisant baisser la teneur atmosphérique de 40 ppm (3). Selon la Nasa, le rythme actuel croît de 2ppm par an, et l’atmosphère contenait 385 ppm de CO2 fin 2008.


Terra preta « La terre noire d’Amazonie »
par Miounette

 

A Poznan, la Micronésie a officiellement demandé à l’ONU de reconnaître l’enfouissement du charbon de bois comme un moyen de lutter contre le réchauffement climatique. La Terra preta devrait donc être l’une des stars de la conférence de l’ONU qui se tiendra cet hiver à Copenhague. L’International Biochar Initiative conduit neuf projets de Terra Preta dans des pays en développement (4).

Reste à savoir si Carbonscape pourra concurrencer la bonne vieille pyrolyse. Car un four à micro-ondes, ça consomme de l’électricité. Et dans des pays comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Inde ou la Chine, le courant s’obtient souvent avec du charbon, mais pas de bois, au prix d’une pollution exécrable et d’un effet de serre accru…

(1) Petit bug du quotidien britannique qui souligne que le four «produit une tonne de gaz carbonique pour 65 dollars».
(2) Voir aussi l’exposition en ligne consacrée aux sols par le Smithsonian.
(3) Parties pour million.
(4) Belize, Cameroun, Chili, Costa-Rica, Egypte (pour éviter la pollution des feux de paille de riz), Inde, Kenya, Mongolie et Vietnam. Voir le site de l’IBI.

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