La politique de la caisse vide

Par Denis Delbecq • 2 mars 2009 à 11:40 • Categorie: A la Une, Rubriques

A trop laisser faire les administrations véreuses et les pavillons de complaisance, les chalutiers finiront par rentrer bredouille. C’est ce que concluent des travaux publiés dans le dernier opus de la revue scientifique en libre accès PLos ONE (1), qui constatent une nouvelle fois l’ampleur de la pêche illégale dans les zones d’exclusivité économique (ZEE) et les eaux internationales où existe un mécanisme de régulation. Elle représenterait entre onze et vingt-six millions de tonnes par an, pour une valeur estimée entre 8 et 18 milliards d’euros. Des donnés qui montrent l’urgence du traité international sur la pêche illégale que l’ONU va négocier maintenant qu’Obama a conduit un virage à 180 degrés de la politique américaine.(2)

L’équipe anglo-canadienne s’est penchées sur 54 ZEE et 15 régions de haute-mer, représentant de la moitié des tonnages pêchés en mer.

L’ampleur des captures illégales très variable. La pêche illégale est très prononcée dans l’Atlantique central Est, au large de l’Afrique, où elles représentent 37% des captures légales. A l’inverse, dans l’Atlantique Nord-Est, il semble que les flottes de pêche soient plus vertueuses avec une proportion de seulement 9%, stable depuis une vingtaine d’années. Dans le Nord-Ouest du Pacifique, le chiffre est passé de 16% à 33% au cours de la même période, signe qu’on y va franco…

En terme d’espèces, les chercheurs constatent aussi de fortes disparités. La proportion de prise illégale représente 20-40% des pêches légales de saumon et truite, 18-40% pour le homard, 12-35% pour les calamars, 2-10% pour les thons et bonites, et moins de 10% pour les soles.

Cette étude apporte une belle surprise: les chercheurs ne trouvent aucune corrélation entre la valeur des poissons et le taux de prises illégales. Le lien est ailleurs et c’est une bonne nouvelle: les prises pirates sont d’autant plus importantes qu’elles concernent des régions où l’indice de bonne gouvernance (calculé par la Banque Mondiale) est faible et des régions où l’Indice de perception de la corruption est élevé… Pour agir sur la pêche illégale, il faut donc démocratiser la planète, rendre transparente la gestion des affaires publiques et donner des moyens aux autorités de contrôle. Dans la mer de Barents, les prises illégales ont été divisées par dix en dix ans…

Dernier, point à noter, les chercheurs soulignent aussi la nécessité de peser sur les Etats d’immatriculation: la plupart des navires qui pêchent illégalement le font sous pavillon de complaisance. Et c’est important puisque ces travaux confirment, s’il en était besoin, qu’il existe un lien direct entre pêche illégale et l’état des ressources halieutiques. Mais il ne faut pas se voiler la face, même débarrassée  de ses brebis galeuses, la pêche  —notamment parce qu’elle dépend quotas trop élevés pour permettre le renouvellement des espèces— épuisera elle aussi les stocks.

(1) Edition de février 2009. J’en profite pour vous signaler une autre étude, relatée par l’excellent Scidev.net, qui montre que les revues en libre accès sont en passe de réussir leur pari d’améliorer l’accès à la science dans les pays en développement. Elle montre d’abord que le nombre de citations de travaux publiés dans des revues en accès libre a cru de 5% en Allemagne et en Grande-Bretagne, mais de 25% en Inde et de 30% au Brésil.

(2) Lire «L’ONU à l’assaut des pilleurs d’océans», du 8 février 2009,
sur le site de Science & Vie.

Image: © Denis Delbecq

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , , , , ,