Adaptez les cultures au sel, sinon on devra manger des algues

Posté le 5 déc 2008 dans la catégorie:A la Une, Rubriques. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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C’est vrai que ce serait formidable, de beaux légumes poussés dans l’eau de mer… Un papier dans Science fait le point sur les cultures salines. Il y a du boulot.

Et si on parlait d’eau? L’occasion est donnée par la livraison hebdomadaire de la revue Science ce vendredi. On y trouve en effet un fort intéressant papier de deux chercheurs néerlandais et anglais, sur la nécessité de trouver des cultures capables de pousser dans de l’eau salée.

C’est vrai que ce serait formidable, de beaux légumes poussés dans l’eau de mer… Parce que l’eau douce, finalement c’est rare sur Terre. Et surtout, elle est très inégalement répartie. Il pleut beaucoup en Afrique centrale et en Amazonie, mais ce serait contre-productif d’en raser les immenses forêts pour faire pousser des légumes… Et dans beaucoup d’endroits, les sols ont du être abandonnés, parce que contaminés par des remontées de sel, ou parce que l’eau de mer s’est infiltrées dans nappes phréatiques trop pompées. Ou alors, ou dessale à tour de bras, comme dans les pays du Golfe ou le Sud de l’Espagne.

Bien évidemment, la salinisation des sols se produit dans les zones arides et semi-arides. Elle a été aggravée par une intense irrigation, rappellent Rozema et Flowers dans Science. Ils rappellent que 4 millions de kilomètres carrés de terres arables sont salées, auxquels s’ajoute la même surface déjà saturée en sodium. Un chiffre a rapprocher avec les 15 millions de kilomètres carrés de terres cultivées dans le monde, dont 5,5 sont endommagés par une mauvaise gestion.

Aujourd’hui, seulement 1% des espèces végétales terrestres peuvent pousser dans un sol salin. Et toutes les tentatives pour adapter des cultures phares, les céréales par exemple, à un sol chargé de sel se sont soldées par un échec, ou plus exactement par des rendements déplorables. Que ce soit par hybridation ou par modification génétiques, c’est le bide. D’où le papier de Science qui appelle à multiplier les recherches sur le sujet.

Il y a quelques expériences malgré tout. L’américain Gordon Sato avait reçu en 2002 un Prix Rolex pour ses efforts de plantation de mangrove sur les rivages Erythréens. Une végétation qui nourrit les chèvres et attire les poissons. Deux mille personnes en tirent leur subsistance, selon la Fondation Rolex. Aux Mexique, la firme Global Seawater voudrait réutiliser des terres abandonnées parce que trop salées. L’entreprise veut y apporter de l’eau de mer pour créer des élevages de crevettes et faire pousser de la salicorne. Une plante consommable, mais aussi une source d’huile et d’agrocarburant, explique l’entreprise fondée par un chercheur de l’Université d’Arizona. Dans de nombreux pays, des eaux de pompage contaminées par le sel sont utilisées pour l’irrigation, notamment dans le Golfe Persique et en Chine, mais avec de faibles rendements. Et la recherche serait donc insuffisante (2).

Bref, il y a encore du pain sur la planche. Parce que sinon, à force de voir les terres arables endommagées, il faudra qu’on se nourrisse d’algues… Je sais pas pour vous, mais je ne suis vraiment pas fan.

(1) Rapport GEO-3, Programme des Nations-Unies pour l’environnement.
(2) Lire par exemple Prospects for Saline Agriculture, un ouvrage qui remonte à 2002 et détaille de nombreuses expériences.

Image: salicorne en Bretagne. © Thesupermat

Denis Delbecq

 

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