La chasse aux OGM pétroliers

Par Denis Delbecq • 18 juin 2008 à 11:20 • Categorie: A la Une, Rubriques

On a toujours besoin d’un plus petit que soi, disait l’épatant La Fontaine. Les alchimistes des agrocarburants l’ont bien compris, qui se lancent dans une course pour dénicher la première bactérie capable de transformer les déchets en or… noir.

On n’en parle pas, mais les bactéries sont de véritables esclaves au service de l’humanité. Génétiquement trafiquées, elles produisent une foule de protéines pour le compte des labos pharmaceutiques. Une bactérie, ça ne coûte rien, ça passe sa vie à se reproduire, bref, c’est tout bénef’. Leurs collègues, les levures, fabriquent même l’éthanol de notre bon vieux pinard.

Dans les champs, le bétail émet du méthane. En attendant d’être capable de mettre une bouteille de gaz au cul des vaches, les chercheurs se tournent donc vers les bactéries capable de bouffer nos déchets, et de rejeter un hydrocarbure en guise d’excrément. La startup LS9, dans la Silicon Valley, devrait construire d’ici deux ans une usine pilote pour produire une sorte de pétrole brut en tuant à la tâche des bactéries génétiquement modifiées. Une cuve de mille litres de digesteur pourrait produire un baril de pétrole par semaine à partir de déchets agricoles, a expliqué le responsable du projet, un jeunot de 33 ans venus de l’industrie du logiciel, Greg Pal. Le prix de revient sera d’autant plus élevé que le déchet agricole est pauvre. Son pétrole ne sera pas donné, avec un coût de production de 50 dollars le baril à partir de résidus de canne à sucre, la crème du déchet agricole… Mais LS9 affirme que le processus affiche un bilan carbone négatif, ce qui n’est pas rien… si c’est vrai.

LS9 n’est pas seule dans cette quête du Graal. Certains poids lourds s’y sont lancés, à commencer par le célébrissime Craig Venter, l’homme qui a inventé la machine à décoder le génome à grande vitesse et à pas cher et qui tentait de faire la nique au Human Genome Project, et ses dizaines de laboratoires de recherches publics dans le monde. Venter, donc, s’est trouvé un nouveau défi: remplacer la pétrochimie. Rien que ça.

Venter, n’aime pas les projets petits bras. Lui, ce qu’il vise, c’est la mise au point d’une bactérie qui respirerait du gaz carbonique, boirait de l’eau, et tirerait son énergie du soleil. Une sympathique bestiole dont l’excrément serait là aussi un hydrocarbure. En gros, si la fabrication d’éthanol avec du maïs est l’agrocarburant 1.0, LS9 ferait du pétrole 2.0 et Venter travaille déjà sur le 3.0! L’agrocaburant 3.0 fait marcher les voitures en nettoyant l’atmosphère! Dans une interview à Newsweek, Venter reconnaît qu’il n’a pas encore fabriqué de carburant, mais que ce devrait être fait d’ici une paire d’années. Difficile de savoir s’il bluffe pour attirer des capitaux. Le personnage est connu aussi pour ça. Mais s’il est aussi efficace que pour décoder le génome humain, Venter a de l’avenir…

Bien qu’il n’y ait pas de rapport avec les bactéries (mais un rapport certain avec le pétrole), je ne résiste pas à l’idée de vous signaler que le NIST, l’organisme qui gère les standards aux Etats-Unis, a publié les premières analyses du pétrole fabriqué par le laboratoire du célèbre Yuanhui Zhang (Université d’Illinois in Urbana) en raffinant de la merde de cochon. Le NIST est sans appel, Zhang a encore du pain sur la planche et surtout, le liquide infâme pue plus que le lisier. Mais on lui souhaite quand même bon courage. S’il réussit, notre Bretagne pourra intégrer l’Opep!

Image: la bactérie escherichia coli © National Institute of Health

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