Agrocarburants, danger confirmé

Par Denis Delbecq • 8 février 2008 à 11:49 • Categorie: A la Une, Rubriques

Les agrocarburants font à nouveau parler d’eux. Cette semaine, dans la revue Science, deux études d’origine américaine pointent les conséquences climatiques d’un développement incontrôlé des carburants d’origine végétale. Elles confirment que le bilan en terme d’effet de serre peut-être négatif, lourdement, suivant le type de terres converties à la production d’agrocarburant.

Dans un premier papier (1), les chercheurs ont réfléchi, et calculé, en terme de dette de carbone, les conséquences d’un changement de pratiques agricoles pour convertir des terres à la production d’agrocarburants. Car, par exemple, quand on rase une forêt, on libère beaucoup de gaz carbonique, qui sera peut à peu compensé par l’économie de gaz à effet de serre produite par l’agrocarburant par rapport à du pétrole.

Suivant la zone géographique, le type de terres converties et le type de culture énergétique, cette dette peut-être nulle, ou au contraire très lourde: ainsi, les chercheurs calculent que convertir des tourbières en plantations de palmier à huile en Indonésie ou en Malaisie pour produire de l’agrodiesel génère une dette de carbone qui mettra 423 années à être « remboursée ». La déforestation de l’Amazonie pour produire du soja à but énergétique imposerait une dette de 319 années, quand la canne à sucre n’est néfaste que 17 ans…

Or c’est aujourd’hui qu’il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre (le gaz carbonique conserve son pouvoir réchauffement plus d’un siècle), tandis que dans quatre siècles, on peut raisonnablement penser que les humains auront modifié leur mode de vie et trouvé des moyens de produire une énergie abondante à faible teneur en carbone (Energie des océans, culture d’algues, fusion nucléaire etc.).

Le maïs américain sur lequel mise l’administration Bush aurait lui aussi des conséquences négatives en terme de réchauffement: il faudrait entre 48 et 93 années pour effacer le surplus de gaz carbonique émis par la mise en culture, suivant qu’il s’agit de jachères, ou de transformation des prairies. On imagine que le bilan de l’éthanol de maïs français doit être du même ordre de grandeur.

Seule la mise au point d’agrocarburants de seconde génération trouve grâce aux yeux de l’équipe américaine qui a produit ces estimations: là, la conversion directe de la biomasse des prairies, ou la conversion de déchets d’autres cultures ne produit pratiquement pas de dette en terme de réchauffement climatique. Mais aujourd’hui, ces procédés ne sont pas encore viable économiquement.

Dans un second article, une autre équipe s’est focalisée sur l’agriculture américaine, et l’impact du changement de destination de terres agricoles. Et affiche des résultats pire encore puisqu’elle estime que la dette provoquée par la conversion de terres au profit du maïs à des fins énergétiques atteint 167 ans… Au cours des trente premières années, ces champs de maïs rejetteraient deux fois plus de gaz à effet de serre que leur équivalent pétrolier! Selon ces travaux, c’est le changement de destination des terres, plus que les dépenses pour la culture, la récolte et la fabrication des carburants, qui pèse lourd dans ces bilans désastreux.

(1) David Tilman et al., Science Express, 7 février 2008.
(2) Timothy Searchinger et al., Science Express, 7 février 2008.

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