Quand les voitures brûleront de l’herbe

Par Denis Delbecq • 10 janvier 2008 à 12:12 • Categorie: En bref

Il y aurait des agrocarburants plus bio que l’alcool de maïs… C’est ce qui ressort d’un travail passionnant conduit aux Etats-Unis et publié mardi par les Annales de l’académie américaine des sciences. Dix fermes des grandes prairies américaines ont cultivé pendant cinq ans une herbe graminée, panicum virgatum. Et les agriculteurs ont tenu quotidiennement leur journal de bord, recensant les apports d’intrants, la consommation de pétrole des tracteurs, etc. pour permettre un bilan complet de cette culture. Le verdict est très positif, annoncent des chercheurs du Ministère américain de l’agriculture (USDA) et de l’Université du Nebraska: tout compris, l’éthanol tiré de cette herbe émettrait 94% de gaz carbonique de moins que le diesel. Et ces champs produiraient presque six fois et demi plus d’énergie qu’ils n’en consomment… Des chiffres à comparer avec le bilan des éthanols tirés du maïs, dont le bilan est négatif selon plusieurs études…

Hormis la première année, qui a servi à préparer les sols, ce sont les engrais (67%), le carburant des tracteurs (18%) et les herbicides (8%) qui sont les dépenses énergétiques les plus importantes dans les cultures de panicum virgatum étudiées. Chaque hectare cultivé a permis, en moyenne, de produire 3500 litres d’éthanol. Les chercheurs soulignent que la productivité pourrait encore être améliorée de moitié grâce aux progrès en terme de techniques agricoles (d’hybridation et de génie génétique) réalisés depuis 2001, année de départ de l’étude.

De plus, les sols utilisés sont pour beaucoup des terres qui sont aujourd’hui plantées de prairies, avec le principal objectif de réduire l’érosion des sols. Selon les chercheurs, entre 3 et 20 millions d’hectares pourraient être ainsi cultivés aux Etats-Unis avec panicum virgatum ou d’autres graminées offrant de meilleurs rendements.

Il reste que cette étude porte un lourd biais: faute d’installation de production, l’éthanol de ces champs est resté virtuel. (1) Car la conversion de cellulose en éthanol reste un procédé de laboratoire et non un procédé industriel. Mais bon, on ne va pas faire la fine bouche. Pour une fois qu’on met la main sur un agrocarburant potentiellement bon sur la planète… Les Etats-Unis disposeront de plusieurs installations pilotes de raffinage dans trois ans. On en saura alors plus sur les promesse de la prairie-caburogène…

Mais que les fous de voiture ne se réjouissent pas trop vite, l’herbe même miracle ne règlera pas tout, loin de là, comme le montre ce petit calcul à la louche: avec un rendement même amélioré de 50%, disons 5000 litres d’éthanol à l’hectare, et 20 millions d’hectares de cultures aux USA, ça fait 100 milliards de litres d’éthanol par an (80 millions de tonnes d’alcool), soient 55 millions de tonnes équivalent pétrole, grosso modo la consommation française du secteur des transports… pas mal, mais si peu à l’échelle d’un pays comme les Etats-Unis qui brûlent chaque année pas loin de 800 millions de tonnes de pétrole dans les transports…

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