Pesticides: du «Délires» des uns à l’exagération des autres

Champ de blé dans les Hauts de France © Denis Delbecq

«Que ces gens là arrêtent de délirer!» Dans une interview accordée à FranceInfo:, Christiane Lambert, la patronne de la FNSEA, n’a pas mâché ses mots. En cause, les arrêtés municipaux qui se multiplient et qui prétendent interdire l’épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations (et des jardins, I presume).

Rappelons que le premier de ces arrêtés à passer en justice a été jugé illégal par un tribunal administratif (TA), et que cette semaine, une audience au TA de Versailles doit juger d’un arrêté pris en mai dernier par la maire du Perray en Yvelines. Là encore il s’agit d’interdire les épandages à moins de 150 mètres des habitations. Gageons que là encore, l’élue sera renvoyée dans les cordes de la légalité.

Face à cette fronde, que Make Macron Great Again avait dit comprendre tout en rappelant l’illégalité des textes signés de ces maires en rébellion, le gouvernement a ouvert une consultation avant de trancher pour une distance comprise entre 5 et 10 mètres. Il ne faut pas être très savant pour comprendre que ces produits dispersés dans l’atmosphère n’ont cure de parcourir quelques mètres, d’autant que la règle d’abstinence (pour l’épandage) dès que le vent dépasse 11 km/h est rarement respectée.

Je ne rentrerai pas dans le débat sur la « bonne distance », n’ayant qu’une connaissance très parcellaire du dossier. Mais en allant plus loin dans la lecture de l’interview de Mme Lambert, j’ai sursauté en lisant cette phrase: «150 mètres, c’est retirer 15 à 20% de la surface agricole française.» Eclaté de rire, aussi. D’où provient ce chiffre faramineux? Rappelons que les surfaces agricoles françaises représentent environ 29 millions d’hectares, pour une taille moyenne d’exploitation d’environ 60 ha —qui ne dit rien de la superficie des parcelles, bien sûr, ce qui serait le seul moyen de vérifier les dires de Mme Lambert.

Je me suis livré à un petit calcul de coin de table, c’est un tic chez moi: imaginons que la patronne de la FNSEA dise vrai, et que 20% des surfaces agricoles se trouvent à moins de 150 mètres d’une habitation. C’est peut-être envisageable dans certaines régions, notamment couvertes de petits vergers. C’est difficile à croire pour moi qui traverse (pas assez) souvent la Picardie et les régions plus au nord, vu la taille des champs. Sans parler de la Beauce et ses immensités plantées de blé. Passons.

Ces 20% de la surface agricole française représentent environ 5,8 millions d’hectares. En divisant par 150 mètres, on obtient un résultat décoiffant: selon les dires de Mme Lambert, il y aurait donc plus de trois cent mille kilomètres de « frontières » entre des champs et des habitations dans notre beau pays. Même en comptant les jardins, on a peine à le croire.

Vous avez sans doute une valise d’arguments à faire valoir pour contester l’idée d’interdire les épandages près des habitations, Mme Lambert. Mais pourquoi tenter de nous faire avaler de tels salamalecs?

Denis Delbecq

Sur le front des OGM il gèle en hiver

ieux vaut partir à point. C’est sans doute l’adage du blogueur, quand il vient à commenter les sujets chauds, polémiques. Il en est ainsi des OGM, qui ont cristallisé une partie des débats du Grenelle. Je n’ai rien dit, jeudi, après les propos du patron de la FNSEA publiés par le site internet de la Tribune. Jean-Michel Le Métayer y affirmait que son organisation était prête à accepter l’idée d’un gel des cultures d’OGM en plein champ en France jusqu’au vote d’une loi encadrant ces cultures. Je n’ai rien dit, non par souci de prendre le temps, je dois le reconnaître, mais parce que, bloqué sous ma couette avec quarante de fièvre, j’avais un peu levé le pied. Mais cette affection fut salutaire.

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