Sébastien a définitivement pris la mer

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Sébastien Panou © DR

C’était un amoureux d’océans, et c’est l’océan qui lui a pris la vie, à quelques coups de pagaie de chez lui. Je me rappelle encore ce jour de 2002 où Sébastien Panou a débarqué à la rédaction de Libé, avec une drôle de proposition: journaliste à Ouest-France, il avait la possibilité de partir deux mois en Antarctique avec l’Institut Polaire (IPEV), mais son journal avait refusé de le laisser partir.

Grand voyageur, Sébastien a donc proposé de s’y rendre sous l’étiquette de Libé, en se mettant en congé provisoire de Ouest-France. En offrant des conditions difficiles à refuser: il ne réclamait qu’un peu d’argent pour payer son équipement contre le froid, le paiement de ses articles au tarif Libé (ce n’est pas cher payé) et le prêt d’un appareil photo-numérique —dont on ne savait pas s’il résisterait aux froids extrêmes, jusque -90°C ressentis, du continent glacé.

Difficile de résister à une telle proposition, même s’il y avait de quoi faire des jaloux au sein de la rédaction. Dans un premier temps, Jacques Amalric, le directeur de la rédaction à l’époque, a refusé d’entériner mon projet. Puis, apprenant qu’un journaliste du Monde se rendrait en Antarctique un peu plus tard, mais pour une semaine seulement, Jacques à immédiatement donné son feu vert histoire de couper l’herbe sous le pied à son ancien journal. «Va pour quatre ou cinq double-pages».

Et Sébastien s’est embarqué pour le grand Sud, sous le pseudo de Sébastien Dumont pour ne pas froisser les susceptibilités de son employeur. Avec son ordinateur et un petit appareil photo —2 millions de pixels, un luxe à l’époque, il a rejoint Dumont d’Urville, au bord de l’océan Antarctique. Pour nous raconter la violence de l’océan austral, la vie quotidienne des chercheurs, l’épopée vers le chantier de la station Concordia au cœur du continent, les mœurs des manchots…

Il était là, au cœur du continent, mi-décembre 2002, quand les as du forage ont extrait une carotte de glace vieille de 700 000 ans, la célèbre carotte Epica qui a dévoilé de nombreux mystères sur le climat passé. Une carotte record, puisque le forage russe de Vostok n’avait pas dépassé 420 000 ans. Sébastien était là à tel point que les responsables de l’Institut polaire ont appris ce record en lisant Libé. Par hasard, il était tard ce 13 décembre, j’étais encore au journal, et le faisceau satellite qui capte les emails polaires est passé au bon moment, permettant d’annoncer la prouesse dès le lendemain.

Par la suite, on s’est perdu de vue. Après avoir rejoint son journal d’attache, Sébastien a sorti un magnifique livre sur son aventure polaire. Et quand j’ai quitté Libération en 2007, il a été l’un des rares à se manifester pour me dire sa tristesse, cela ne s’oublie pas. Il m’avait alors raconté que, faute de naviguer, la coque de son bateau se transformait «en élevage de moules», tout affairé qu’il était à retaper une vieille ferme. Sébastien m’avait invité à passer le voir cet été là, et c’est maintenant que je réalise mon erreur de ne pas y être allé. Aujourd’hui, c’est à mon tour d’être triste, profondément, et d’avoir une pensée pour les siens, notamment sa femme et leurs trois garçons. Ce marin là était aussi discret que doué et généreux. Un type épatant.

La température va fortement monter durant le siècle si rien ne change, avertit le GIEC

 

Le point majeur : si les émissions de gaz à effet de serre continuent au rythme actuel, le réchauffement atteindra entre 2,6 °C et 4,8 °C à la fin du siècle.


Les faits saillants du rapport

• La température moyenne à la surface du globe a grimpé de 0,89°C de 1901 à 2012. Dans plusieurs régions du globe, la hausse dépasse 1,75°C.

• Si le rythme de réchauffement entre 1998 et 2012 est plus faible qu’entre 1951 et 2012, la première décennie du 21e siècle est la plus chaude jamais enregistrée.

• Jusqu’à 700m de profondeur, les océans se sont réchauffés entre 1971 et 2010. Les mesures de salinité montrent que l’évaporation et les précipitations au niveau des océans ont été modifiées, tout comme celles au dessus des continents.

• La hausse du niveau moyen des océans était de 1,7 mm/an entre 1901 et 2010, de 2mm par an entre 1971 et 2010, et de 3,2 mm par an entre 1993 et 2010.

– Les projections pour l’avenir :

• La hausse de température à la surface de la terre entre les périodes 1986-2005 et 2081-2100 serait comprise entre 2.6°C et 4.8°C, pour le scénario le plus émissif en terme de gaz à effet de serre, et de 0.3°C à 1,7°C pour le scénario le plus vertueux [1].

• La hausse du niveau moyen des océans irait d’une fourchettte de 45 à 82 cm pour le scénario le plus émissif, à une fourchette de 26 à 55cm pour le scénario le plus vertueux.

Le premier volume du nouveau rapport du Groupe d’experts sur l’évolution du climat de l’ONU (GIEC) a été présenté vendredi 27 septembre à Stockholm à dix heures, ainsi qu’un “résumé à l’intention des décideurs” que Reporterre a pu étudier dans une version quasi-aboutie à quelques jours de la conférence climatique de Stockholm (23-36 septembre) pendant laquelle les deux documents ont été validés par les scientifiques du GIEC.

Ce rapport n’apporte pas de réponse propre à créer un consensus général sur l’état de notre climat. Les scientifiques affichent certes une confiance accrue dans leurs observations et leurs projections, mais s’avouent incapables en même temps d’avancer des explications en béton pour expliquer la quasi-stagnation de température globale de la planète depuis quinze ans. Ce qui était prévisible, car ce document est avant tout un précis d’honnêteté intellectuelle ! La preuve, s’il en fallait une, que les climatologues du GIEC n’ont d’autre objectif que la science, et non de quelconques intérêts mercantiles que l’on constate surtout chez beaucoup de leurs détracteurs, notamment dans les pays anglo-saxons.

Evolution de la température, pour deux scénarios

Depuis l’essor de l’industrie au cours du XIXe siècle, et son envol depuis le milieu du XXe, le climat connait donc un réchauffement, qui est associé à de nombreux phénomènes importants que la hausse des températures. C’est donc avec une mention « extrêmement probable » que le GIEC affirme cette année que plus de la moitié du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle est provoqué par les activités humaines.

Ce sont surtout les émissions de gaz à effet de serre (principalement le gaz carbonique, puis le gaz naturel – ou méthane -, et le protoxyde d’azote rejeté par les cultures), ainsi que les polluants (poussières soufrées, suies, etc.) qui agissent sur le climat. Des rejets qui ont réchauffé la surface des continents et les océans, modifié le cycle global de l’eau, réduit l’enneigement, les glaciers, la banquise Arctique et les calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique, conduit à une hausse du niveau des océans et modifié certains phénomènes extrêmes. Les scientifiques affirment avoir « une confiance élevée » dans ces observations.

Un réchauffement moyen de 0,89 °C depuis 1901

Selon le GIEC, la température à la surface du globe a grimpé en moyenne de 0,89°C entre 1901 et 2012. Globalement, le nombre de journées et de nuits froides à diminué, tandis que le nombre de jours et de nuits chauds a augmenté. Dans le même temps, les océans se sont élevés de 19 centimètres, avec un rythme annuel qui s’est accéléré depuis 1993.

Evolution des précipitations

D’ici la fin du XXIe siècle, selon les projections des modèles climatiques présentées par le GIEC, le réchauffement climatique ne devrait pas s’arrêter, bien au contraire. Dans le cadre d’une collaboration internationale baptisée CMIP-5, indépendante de l’ONU, les scientifiques ont simulé le climat terrestre à l’aide de plusieurs dizaines de modèles. Puis publié leurs résultats, avant que les auteurs du GIEC ne s’en emparent pour tenter de dégager un consensus scientifique [2]. Au lieu de travailler sur des scénarios socio-économiques d’évolution des rejets de gaz et polluants liés à nos activités, les modèles se sont appuyés sur quatre scénarios physiques. Une manière de s’affranchir des aléas des projections économiques pour livrer des simulations dont les seules incertitudes sont celles liées à notre connaissance de la physico-chimie du climat.

Dans le cadre du scénario le plus vertueux (et le plus improbable, puisqu’il suppose qu’on aurait des émissions de gaz carbonique négatives à partir de 2070, autrement dit qu’on nettoierait l’atmosphère), la température terrestre grimperait probablement de 0,3 à 1,7 degrés en 2100, par rapport à la moyenne mesurée entre 1986 et 2005.

Evolution de température, pour deux scénarios

Selon le scénario le plus « réchauffant » (qui correspond grosso modo à l’inaction actuelle), la hausse serait probablement comprise entre 2,6 et 4,8°C. Cette évolution se traduirait par une montée des océans de 26 à 55 cm dans le cas le plus optimiste, et de 45 à 82 cm, dans le cas le plus pessimiste, valeurs ici aussi calculées par rapport à la moyenne 1986-2005.

Océans, une eau de plus en plus acide

Une pause dans le réchauffement depuis dix ans, mais tous les autres signaux restent au rouge

Les hypothèses propres à l’expliquer sont sur la table, mais le recul scientifique manque encore pour trancher. Il peut bien sûr s’agir d’un arrêt du réchauffement climatique, mais tous les autres signaux climatiques restent au rouge : la chaleur stockée par les océans semble bien s’être accrue depuis dix ans, notamment dans les couches profondes ; la superficie de la banquise arctique estivale continue de reculer, en dépit de variations d’une année à l’autre ; le niveau des mers ne se lasse pas de grimper, etc.

La tentation de la géo-ingénierie

Pour finir, Reporterre vous propose une devinette. Quel pays, connu pour avoir longtemps contesté la réalité et les causes du réchauffement climatique, a proposé d’ajouter cette mention dans le résumé évoqué dans ces colonnes ?« La probabilité d’une crise climatique dans la seconde partie du XXIe siècle est élevée. Parmi d’autres possibilités, une solution de ce problème peut être l’utilisation de techniques d’ingénierie du climat pour stabiliser le climat actuel. Ces méthodes sont déjà étudiées par les scientifiques de certains pays (Russie incluse). Ces méthodes visent à prévenir ou gérer les conséquences négatives de la crise climatique. Les experts du GIEC estiment que les recherches en géo-ingénierie du climat devraient être poursuivies. » Si même Poutine a quitté le camp des climato-sceptiques…

[MAJ du 30/9/2013] Le rapport adopté à Stockholm est désormais disponible en anglais, et en français (dans une version provisoire, non officielle).

[1] Celui-ci nous semble virtuellement impossible à tenir, puisqu’il suppose une action immédiate et très forte sur l’utilisation des combustible fossile, et même qu’on commence à nettoyer l’atmosphère de son gaz carbonique à partir des années 2060 à 2070.

[2] Lire l’article de O. Dessibourg, « L’écart entre les projections et les mesures », dans Le Temps, qui montre combien les prévisions les plus catastrophistes de certains scientifiques sont écartées par le GIEC. Pour en savoir plus sur les modèles climatiques, lire le dossier deLa Recherche de février 2013.

[3] Absolu signifie ici, depuis que l’on dispose d’enregistrements météorologiques fiables, à partir des années 1850. Pour l’évolution de la banquise, qui ne se mesure que par satellite (depuis les années 1970), ou de la chaleur des océans (par des bouées scientifiques déployées à partir de la fin des années 1990), la référence est donc plus récente.


La malédiction des engrais

Après l’explosion de Texas City, le 16 avril 1947 © Moore Memorial Public Library

D’après une chaîne de télévision locale de Waco, KTWX, qui cite un témoin, l’explosion aurait été précédée d’un incendie dans un hangar contenant du nitrate d’ammonium. Il semble que ce dernier était combattu par des pompiers quand le drame est survenu. L’usine comporte également des réservoirs d’ammoniaque, une substance explosive et toxique.

Cette explosion rappellera de bien mauvais souvenirs aux toulousains, dont les plaies liées à l’explosion d’AZF ne sont pas refermées. Comme à Toulouse, il pourrait bien s’agir de nitrate d’ammonium, un engrais pourtant réputé être un mauvais explosif dans des conditions normales.

En septembre 2001, j’avais creusé pour Libération le sujet du nitrate d’ammonium après l’explosion d’AZF. Et rappelé quelques caractéristiques de cet engrais très courant: pur, il n’explose qu’après avoir été chauffé (sous l’effet d’un incendie) à plus de 200°C. Le mélange d’eau et de nitrate d’ammonium est endothermique et ne peut donc provoquer d’explosion (1). En revanche, s’il a été mélangé à certains produits chimiques, le nitrate d’ammonium devient explosif —le mélange avec du gazole sert depuis longtemps aux agriculteurs à retirer les souches d’arbres—. Avec du chlore, par exemple, l’engrais se transforme en trichlorure d’azote, un composé très sensible aux chocs et qui explose dès 60°C. C’est ce mélange qui serait à l’origine de l’explosion de l’usine AZF dix jours après les attentats du World Trade Center à New York. On relèvera 31 morts et 2500 blessés dans l’usine et les quartiers dévastés par l’usine.

Pur et à température ordinaire, le nitrate d’ammonium est considéré comme un mauvais explosif. Au point qu’il était courant, au début du XXe siècle, de fracturer les montagnes d’engrais avec un peu d’explosif. Une pratique qui a dégénéré en septembre 1921 à Oppau, en Allemagne: un mélange de sulfate et de nitrate d’ammonium explose alors au cours d’une fracturation à l’explosif. Les 4500 tonnes (15 fois plus qu’à l’usine AZF) ont tué 500 personnes, blessé 1900 autres et détruit en grande partie la localité d’Oppau. L’information n’a pas vite circulé, car en avril 1942, 150 tonnes d’engrais contenus dans un silo de Tessenderloo (Belgique) ont explosé, après une fracturation à la dynamite, tuant 189 personnes.

Aux Etats-Unis également, le nitrate d’ammonium réveillera de douloureux souvenirs: plus de 500 personnes ont péri à Texas City, au cours d’une double explosion liée au nitrate d’ammonium en avril 1947 . Dans un cargo français en cours de chargement, un ouvrier avait remarqué un début d’incendie. Pour ne pas endommager la cargaison, le capitaine avait stoppé l’aspersion d’eau et ordonné de fermer la cale et le système d’aération pour priver le feu d’oxygène. Le feu a couvé et s’est poursuivi au point que les pompiers sont arrivés. Alors qu’ils étaient en train d’arroser les cales, le nitrate d’ammonium a explosé (il y en avait 2200 tonnes), provoquant de lourds dégâts dans le port et dans la ville. Par chance, un entrepôt du même engrais, situé à 500 mètres du navire, s’est contenté de brûler sans exploser, et un autre navire en feu a pu être remorqué au large avant d’exploser à son tour. Le port de Brest connaîtra un accident similaire le 6 août 1947, faisant 33 morts et mille blessés graves.

Plus près de nous, l’attentat d’Oklahoma City est lui aussi associé à cet engrais décidément meurtrier. Le 19 avril 1995, un groupe de fanatiques américains conduit par Timothy Mc Veigh et des complices ont fait exploser un camion bourré de 2,2 tonnes d’un mélange de nitrate d’ammonium, de nitrométhane et de gasoil. On relèvera 189 morts et 680 blessés.

Au Texas hier, l’explosion s’est produite par chance en soirée. Mais à l’heure où je publie ces lignes, le bilan s’élève déjà à deux morts —des sauveteurs— et au moins cent cinquante de blessés. Les autorités craignaient que ce bilan ne s’alourdisse. On espère qu’ils se trompent.

(1) Ce mélange est utilisé dans des poches pour traiter les hématomes des sportifs. Une firme travaille même à intégrer du nitrate d’ammonium et de l’eau dans un casque moto, pour refroidir la tête et le cerveau en cas d’accident.

Plongée sonore dans la chaleur de Bangui

Un peu de fraîcheur dans les oreilles, même sous la canicule! L’IRD et plusieurs de ses partenaires en Afrique et en France lancent la Webradio Fennec. Un site qui serra nourris de reportages audio réalisés par des étudiants de quatre pays (Cameroun, Centrafrique, Maroc et France), encadrés par des scientifiques et des journalistes. La première fournée de sujets permet de découvrir les calanques de Marseille, l’ulcère de Buruli, les zones humides marocaines et l’effet d’un climat de plus en plus fluctuant à Bangui. Des sujets de quelques minutes à écouter ou à télécharger.

Ces journalistes en herbe ont certes quelques progrès à faire et on regrettera le manque d’ambiances sonores, notamment pour les sujets sur des espaces naturels. Mais on ne peut que saluer cette excellente initiative!

(1) Institut de recherche pour le développement

NB. Un cinquième sujet, sur les déchets marseillais, n’était pas accessible ce matin en raison d’un problème technique.

Le nucléaire sauve des vies, et alors?

Alors que les réservoirs d’eau radioactive de Fukushima n’en finissent pas de fuir, le jeune retraité de la Nasa, James Hansen et son complice de la Nasa Pushker Kharecha co-signent dans Environmental Science & Technology (ES&T) un papier qui ne réjouira pas les adeptes de l’écologiquement correct puisqu’il défend vigoureusement la thèse que le nucléaire sauve le climat et des millions de vies.

Avec Kharecha, Hansen s’en prend à son vieil ennemi, le charbon. Il le combat autant dans les revues scientifiques que sur le terrain, puisqu’on l’a vu participer à de nombreuses actions de protestation. Il avait même été, brièvement, interpellé en 2009 devant une mine de charbon en Virginie.

Les deux scientifiques calculent que l’énergie nucléaire aurait sauvé environ 1,8 millions de vie si toute l’électricité nucléaire produite depuis son invention avait été produite avec du charbon. Tous deux estiment que l’énergie nucléaire n’a tué que 4900 personnes dans le monde depuis qu’elle est utilisée. Les deux chercheurs prédisent que, suivant les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie atomique, le nucléaire pourrait sauver entre 4,7 et 7 millions de vies entre 2010 et 2050, là encore comparé à un scénario tout charbon. Comparé au gaz, sur la même période, le nucléaire sauverait entre 420 000 et 680 000 vies d’ici 2050.

Sur le plan des émissions de gaz à effet de serre, les chiffres sont là aussi impressionnants. Si le nucléaire avait été remplacé par du charbon au cours des dernières décennies, les émissions de gaz à effet de serre auraient été supérieures à 64 milliards de tonnes-équivalent-gaz carbonique, ce qu’on recraché les USA au cours de 35 dernières années. Sur 2010-2050, Hansen et son collègue estiment que le remplacement du nucléaire par le charbon provoquerait des émissions supplémentaires comprises entre 150 et 240 milliards de tonnes-équivalent CO2.

Inutile de le nier, ces travaux n’ont pas fait recette dans les médias. A noter qu’ils ont été publié, en libre accès, dès le 15 mars. Aujourd’hui, sur Google News, une requête en anglais renvoie une dizaine de références mais aucun site d’un grand média de la presse écrite ou audiovisuelle n’est référencé. En Français, on ne trouve que deux références dans Google Actualités, l’Agence canadienne Science Presse, et le Huffington Post. Ainsi, le 2 avril dernier, la biographie consacrée par le site du Monde à Hansen à l’occasion de son départ à la retraite (1), mentionne son militantisme en faveur du nucléaire, mais sans citer le papier d’ES&T.

Pour être honnête, je dois dire aussi que ce papier m’avait échappé, et qu’il a été porté à ma connaissance il y a quelques jours par un lecteur qui n’est pas totalement désintéressé, puisque lui aussi milite beaucoup en faveur du nucléaire.

Il est très dommage que ces travaux se soient heurtés à une sorte d’omerta, car ils sont très critiquables. Peut-être pas sur l’évaluation des décès et du CO2 évités dans le passé, même si les débats sont loin d’être achevés sur les décès liés au nucléaire (comme au charbon). Mais, comme le reconnaissent eux-même Hansen et Kharecha, les projections de l’IAEA reposent sur un cas de figure où rien n’est fait pour réduire la consommation d’énergie dans le monde. C’est peut-être le chemin suivi par nos sociétés aujourd’hui, mais pas le chemin souhaitable qu’un croisé du climat comme Hansen pourrait défendre. De plus, l’essor récent d’énergies renouvelables et des gaz de schistes transforment profondément le paysage énergétique mondial et déjouent tous les pronostics.

Que le charbon soit une saloperie, c’est une évidence. Dans un papier pour l’excellent numéro des Dossiers de la recherche (N°47, paru le 9/2/12) consacré à l’énergie, je calculais que le charbon tue probablement entre un million et un million et demi de personnes chaque année. Mais ce n’est pas pour autant que le nucléaire peut se parer de toutes les vertus. Car statistiquement, le développement du nombre de réacteurs nucléaires induira une augmentation du nombre d’accidents, grave y compris. Si les radiations de Fukushima ne tueront pas grande monde, voire personne, l’accident laisse les japonais dans une situation douloureuse. Autant sur le plan industriel qu’économique et sociale.

De plus, pour ne citer qu’un pays comme la France, personne de sérieux ne peut encore affirmer que le nucléaire peut se développer. Ni même conserver une part constante dans notre mix énergétique. On a vu les difficultés qu’a l’EPR de sortir de terre à Flamanville et son prix sans cesse revu à la hausse. Plus personne n’ose parler d’un second EPR, initialement prévu à Paluel. Ne serait-ce que pour remplacer la totalité du parc nucléaire actuel, il faudrait pourtant en construire plus de trente! Nous ne somme plus dans une économie planifiée, comme dans les années 1970 où un gouvernement pouvait donner l’ordre de construire des dizaines de réacteurs d’un claquement de doigts. J’avais abondamment développé cette thèse dans les colonnes du Monde Diplomatique en juillet 2011 (article en libre accès).

Ailleurs, hormis dans des pays dirigistes comme l’Inde ou la Chine, les projets nucléaires ne sont guère nombreux. Car dans un monde dérégulé, les industriels ne sont pas fous: de l’idée au démantèlement, le nucléaire, du moins dans sa version actuelle, est un nid à emmerdements pour un siècle, avec une garantie de rentabilité très incertaine. Même l’Agence internationale de l’énergie prévoit une baisse de la part du nucléaire dans la production mondiale d’énergie. En gigawatts, la capacité de production va augmenter, du moins tant que les réacteurs en service n’ont pas été arrêtés. Mais cela ne suffira pas à compenser notre soif maladive d’énergie.

Que le nucléaire n’émette pas de particules fines redoutables pour le poumon, et qu’il rejette relativement peu de gaz carbonique, personne ne le niera. Mais imaginer qu’il pourra freiner le réchauffement climatique est un fantasme d’ingénieur nourri au biberon de l’atome et de la toute puissance de l’industrie nationale. On peut le regretter, mais c’est comme cela. Il faudra faire autrement.

(1) retraite seulement sur le plan juridique, car le bougre a choisi de se consacrer à temps plein à son combat en faveur du climat.

Un drôle de pic pour l’éolien américain

C’est ce que certains appelleront un effet d’aubaine. Et que d’autres qualifieront de preuve de courte vue des politiques. Ce graphique publié aujourd’hui par l’Administration d’information sur l’énergie (qui dépend du gouvernement fédéral) montre que 40% de la capacité éolienne ajoutée aux Etats-Unis l’an dernier l’a été au cours du seul mois de décembre.

On a dû trimer au dernier trimestre sur les chantiers éoliens américains, notamment au Texas et en Californie. Car pour bénéficier des mesures de soutien fiscal à l’éolien, il fallait impérativement vendre du courant avant le 31 décembre 2012, date d’expiration du dispositif fédéral. Elles ne sont pas sympas les huiles de Washington, qui ne parviennent pas (tout comme les nôtres) à définir un cadre durable aux industriels des ENR. Du coup, les ouvriers, techniciens et ingénieurs on bossé jour et nuit, pour éviter le couperet.

Alors que les industriels avaient profité de la réélection d’Obama pour réclamer un cadre pluri-annuel pour mieux planifier leurs projets, les désormais bisbilles fiscales annuelles entre Congrès, Sénat et Maison-Blanche ont piétiné jusqu’au bout. Ce n’est que le 1er janvier, à 2 heures du matin, que la prolongation pour un an du crédit d’impôt pour l’éolien n’a été annoncée… Mais cette fois, les petites et grandes mains qui construisent les moulins à vent peuvent un peu respirer. Le dispositif —qui prévoit pendant dix ans un crédit d’impôt de 17 euros pour chaque MWh produit— s’appliquera à tous les chantiers démarrés —et non plus achevés— avant le 31 décembre 2013. Vous allez voir que certains industriels en profiteront pour planter une éolienne ce jour-là et repousser la suite aux calendes grecques…

NB. Selon l’EIA, l’éolien a fourni (entre janvier et novembre) 3,4% du courant produit aux Etats-Unis. La capacité installée aux USA est désormais de 60 000 mégawatts, contre 75 000 MW en Chine. Dans l’UE, elle était fin décembre de 105 600 MW, selon le dernier rapport de l’Ewea, le groupement industriel éolien européen. Curieusement, ce document ne mentionne pas de chiffres précis sur la production électrique éolienne, se contentant de dire que la capacité installée fin décembre « représenterait 7% de la consommation électrique de l’UE au cours d’une année normale de vent ».

Les canards américains ont besoin de chasseurs

Il n’y a jamais eu autant de canards aux Etats-Unis qu’au cours des quinze dernières années. Depuis 1955, leur population a dépassé seulement neuf fois les 40 millions de têtes dans les zones de suivi (1). Six de ces événements se sont produits entre 1995 et 2008, dernière année étudiée par les scientifiques d’agences officielles de quatre états américains. Mais paradoxalement, le nombre de chasseurs de canards est en chute libre. Ce qui dans un premier temps a permis à l’animal de retrouver un niveau de population durable. Mais depuis 1995, les recettes liées aux ventes de permis de chasse ont fortement chuté, alors que leur prix (15 dollars) n’a pas varié d’un cent. Sur seize ans, le manque à gagner serait de 126 millions de dollars. Un comble, puisque ces recettes sont en grande partie destinées à protéger l’habitat des oiseaux aquatiques…

Les chercheurs calculent ainsi que cette somme aurait pu permettre de financer l’acquisition de 42500 hectares de zones humides à protéger dans le Sud Dakota (2). Un chiffre qu’ils jugent conservateur puisqu’il ne tient pas compte des sommes dépensées à titre personnel par les chasseurs pour des actions de conservation, alors que plus de la moitié d’entre eux le font.

(1) En France, les recensements de l’Office de la nature, de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ne donnent pas de chiffres précis. Mais une comparaison 1987-2008 sur les anatidés et foulques hivernant en France montre que la plupart des espèces connaissent une population stable (ou presque) ou en nette augmentation. Seules deux des 21 espèces recensées (fuligule milouinan et harle huppé) connaissent une forte diminution. L’ONCFS soulignait en septembre dernier que le nombre de candidats reçus au permis de chasse français est en augmentation régulière.

(2) Vritska et al., Wildlife Society Bulletin; DOI: 10.1002/wsb.245

Rapport du GIEC: les climato-sceptiques affutent leurs armes

© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Il faut croire que les climato-sceptiques étaient dans la panade: le Climategate de 2009, le plus grand piratage de correspondance scientifique de l’histoire, a fait pschitt. Aux Etats-Unis, la négation du consensus climatique a perdu du terrain depuis deux ans, notamment avec la succession d’aléas climatiques. Alors il fallait frapper un grand coup, histoire de réveiller les troupes. Par exemple, en rendant public le document de préparation du prochain rapport de l’ONU sur le climat (GIEC) —qui doit être achevé en septembre 2013—, quitte à déformer son interprétation pour la cause.

C’est donc ce qui a été fait il y a quelques jours par un certain Alex Rawls, qui se présente comme écrivain/auteur et comme l’un des relecteurs du rapport du GIEC. Un peu comme si je prétendais, moi-même, donner des leçons de climatologie aux scientifiques qui consacrent leur vie à cette discipline passionnante. Bref, le premier « draft » du document est donc accessible au commun des mortels. Et il y aurait un scoop dans ce rapport, à en croire Rawls et ses copains, la preuve que l’idée d’un réchauffement lié aux activités humaines ne serait qu’un immense complot qui dure depuis des décennies. Le coupable serait donc le soleil!

Je ne prendrai qu’un exemple de cette évidente mauvaise foi. Le britannique James Delingpole, journaliste et contributeur du très sceptique Telegraph, a commis un court billet, titré «Réchauffement d’origine humaine: même le Giec admet que le jeu est terminé». Delingpole écrit que «le rapport qui a fuité arment ce que certains d’entre nous soupçonnons depuis très longtemps: la thèse d’un rôle humain dans le réchauffement est affaiblie; le soleil joue un rôle beaucoup plus significatif dans le changement climatique que le consensus scientifique avait accepté d’admettre.» A l’appui de sa thèse, mon confrère de citer un «aveu assassin», un court paragraphe du rapport que je vous livre aussi (il se trouve en haut de la page 43 du chapitre 7):

«De nombreux liens empiriques ont été proposés entre les rayons cosmiques ou les archives d’isotopes cosmogéniques et certains aspects du système climatique (*). Le forçage lié au seul changement d’irradiance solaire ne semble pas expliquer ces observations, impliquant l’existence d’un mécanisme d’amplification tel que l’hypothèse d’un lien entre CGR et nuages. Nous mettons l’accent ici sur les relations observées entre CGR et les propriétés des nuages et des aérosols.»

Une petite explication s’impose: il est question ici d’un mécanisme supposé, dans lequel les rayons cosmiques joueraient un rôle dans la formation des nuages et des aérosols, rayons dont l’intensité est liée à l’activité du soleil. La lecture de ce paragraphe laisse donc penser que le rôle de l’activité solaire aurait donc été sous-estimé. Le hic, avec cette citation reprise par Delingpole, c’est qu’elle est tronquée et sortie de son contexte. Car la section consacrée à cette question a été omise, et elle dit exactement le contraire de ce que les climato-sceptiques ont envie d’entendre:

«Bien qu’il existe quelques preuves que l’ionisation liée aux rayons cosmiques pourrait renforcer la nucléation des aérosols dans la troposphère libre, il existe un niveau modéré de preuve et un fort niveau d’accord sur le fait que le mécanisme d’ionisation lié au rayonnement cosmique est trop faible pour peser sur la concentration en noyaux de condensation de nuages ou son évolution au cours du siècle dernier ou durant un cycle solaire d’une quelconque manière significative. L’absence de tendance en matière de rayonnement cosmique depuis cinquante ans [2 références] fournit un autre argument fort contre l’hypothèse d’une contribution majeure des rayons cosmiques sur le changement climatique en cours.»

La publication en septembre prochain du rapport du GIEC (ou plus exactement du premier volet, les autres s’étaleront sur un an) promet une nouvelle guerre idéologique conduite par les lobbies du carbone, et leurs alliés de circonstance. Car on connait l’essentiel des travaux sur lequel il s’appuie, qui est publié ou en cours de publication. Pour avoir mené l’enquête pendant près de deux mois, et interrogé de nombreux scientifiques, le constat semble plus solide que jamais. Le GIEC confirmera que le réchauffement climatique observé au cours du XXe siècle ne peut s’expliquer sans les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines. Et prédisent une hausse de température (par rapport à l’époque pré-industrielle) dans une fourchette voisine de 2°C à 5°C d’ici 2100 suivant le scénario retenu. Et pas question cette fois d’invoquer des projections socio-économiques hasardeuses pour balayer ces projections: les physiciens ont travaillé dans le cadre d’hypothèses purement physiques sur des niveaux de gaz à effet de serre possibles en 2100. leur quatre scénarios s’inscrivent entre un optimisme outrancier (qui implique une politique forte et immédiate —peu probable— ainsi que notre capacité, à partir de 2070 environ, à pomper du CO2 dans l’atmosphère) et un pessimisme de mise quand on observe le business as usual, et la faillite des politiques publiques amplifiée par la crise économique. En septembre prochain, nous aurons une fourchette des trajectoires possibles, aux sociétés humaines de faire leur choix.

NB. Pour ceux qui lisent la prose scientifique, je vous propose une traduction (rapide et) complète de la totalité du sous chapitre consacré à cette question dans le pré-rapport. Désolé pour le jargon, que j’ai parfois adouci par des remarques entre crochets, sans italiques.

Le soleil et le climat: seule la science fait loi

Ceci est un extrait du pré-rapport AR5-WG1 du GIEC, consacré à l’hypothèse d’un rôle de l’activité solaire dans le réchauffement climatique au XXe siècle, au travers de son influence sur le rayonnement cosmique galactique.

Voir l’article d’Effets de Terre associé.

Section 7.4.5, pages 7-42 à 7-44.

(traduction Denis Delbecq, décembre 2012)
Source www.stopgreensuicide.com

 

Pour des raisons de clarté, j’ai omis les références bibliographiques dans le texte du rapport, et ne mentionne que le nombre de références du texte à cet endroit. Vous pouvez les retrouver en consultant le texte qui a fuité. De même, par souci de « légèreté » dans un texte indigeste pour le commun des mortels, j’ai souvent remplacé « rayons cosmiques galactiques » par « rayons cosmiques ».

«7.4.5 impact des rayons cosmiques sur les aérosols et les nuages

Une activité solaire importante conduit à des variations de la force et de la structure tri-dimensionnelle de l’hémisphère, qui réduit le flux de rayons cosmiques galactiques (CGR) qui atteignent l’atmosphère terrestre en accroissant la déflexion des rayons de faible énergie. Comme ces rayons sont la première cause d’ionisation dans l’atmosphère, il a été suggéré qu’ils pourraient agir en amplifiant de petites variations d’activité solaire en événements climatiques significatifs [1 référence], au travers de l’hypothèse d’une relation entre l’ionisation et la couverture nuageuse [2 références]. Il y a eu beaucoup d’études pour tester cette hypothèse depuis le précédent rapport du GIEC, que l’on peut classer en deux catégories:

i) Etudes qui tentent d’établir une relation de cause à effet entre les rayons cosmiques et les nuages et les aérosols en cherchant des corrélations entre les deux quantités à des échelles allant de journées à des décennies

ii) Etudes qui testent au travers d’observation ou de modèles l’un des mécanismes qui ont été proposés. Nous évaluons ces deux types d’études dans les sections suivantes.

7.4.5.1 Corrélations entre les rayons cosmiques et les propriétés des nuages et des aérosols

De nombreux liens empiriques ont été proposés entre les rayons cosmiques galactiques (CGR) ou les archives d’isotopes cosmogéniques et certains aspects du système climatique [3 références]. Le forçage [surplus d’énergie qui réchauffe le climat, NDLR] lié au seul changement d’irradiance solaire ne semble pas expliquer ces observations, impliquant l’existence d’un mécanisme d’amplification tel que l’hypothèse d’un lien entre CGR et nuages. Nous mettons l’accent ici sur les relations observées entre CGR et les propriétés des nuages et des aérosols. De telles relations portent sur les variations de rayonnement cosmique engendrée par le cycle solaire de onze ans, et des variations plus courtes associées à l’oscillation quasi-périodique d’activité solaire centrée sur 1,68 ans, ou des larges ou brutales variations connues sous le nom d’événements de Forbush. Il doit aussi être noté que les rayons cosmiques varient avec d’autres paramètres solaires comme l’irradiante totale ou ultraviolette, ce qui rend problématique l’attribution de changement de la couverture nuageuse aux rayons cosmiques [1 référence].

 

Des études ont montré une co-variation entre les rayons cosmiques et la couverture nuageuse de basse altitude à partir de données de satellites pendant des périodes de 5-10 ans [2 références]. La robustesse de telles corrélations n’a pas été prouvée quand on étend la période étudiée [1 référence], quand on restreint l’analyse à certains types de nuages [1 référence] ou à certains lieux [2 références]. La corrélation supposée a aussi été attribuée à la variabilité ENSO [Le cycle Niño/Niña dans le Pacifique, NDLR] [1 référence] et des artefacts [défauts, NDLR] dans les données satellites ne peuvent pas être écartés [1 référence]. Des corrélations, statistiquement significatives mais faibles, entre la fraction de rayonnement diffus [qui est provoqué par les nuages] et les rayons cosmiques ont été observées à certains endroits de Grande-Bretagne sur la période 1951-2000 [1 référence]. Harrison [1 référence] a aussi trouvé une périodicité de 1,68 ans sur le rayonnement en surface en deux endroits de Grande-Bretagne entre 1978 et 1990, indiquant potentiellement un effet du rayonnement cosmique. Svensmark [1 référence] a trouvé une large réduction de certains aérosols dans AERONET [une campagne d’observations franco-américaine], un changement d’épaisseur optique liée à l’eau dans SSM/I [une expérience américaine] et dans la couverture nuageuse observée par MODIS et ISCCP après d’importants événements de Forbush, mais ces résultats n’ont pas été corroborés par d’autres études qui n’ont pas trouvé de liens statistiquement significatifs entre les rayons cosmiques et les nuages à une échelle globale [3 références]. Bien que certains études ont établi une corrélation positive faible mais statistiquement significative entre les rayons cosmiques et la couverture nuageuse à moyenne et haute altitude [2 références], ces variations étaient très faibles et les résultats étaient très dépendants de la manière dont les événements de Forbush ont été choisi et utilisés [1 référence].

7.4.5.2 Mécanismes physiques reliant les rayons cosmiques à la nébulosité

Le mécanisme le plus étudié qui est proposé pour expliquer un lien possible entre les rayons cosmiques et la nébulosité est le mécanisme « ion-aérosol air pur », dans lequel des ions atmosphériques produits par les rayons cosmiques facilitent la nucléation [formation de petits noyaux qui grossissent en agglomérant des molécules, au point de provoquer la formation de gouttes d’eau en condensant la vapeur, NDLR] et la croissance des aérosols, modifiant les concentrations de noyaux de condensation de nuages (CCN) et les propriétés des nuages [2 références]. La variabilité des taux d’ionisation atmosphérique liée aux variations des rayons cosmiques peut être considérée comme relativement bien quantifiée [1 référence], alors que les changements induits dans les aérosols sont très mal connus [2 références]. L’expérience CLOUD du CERN montre que l’ionisation renforcée par les rayons cosmiques renforce la nucléation eau-acide sulfurique dans le milieu et le haut de la troposphère, mais qu’il est très improbable qu’elle apporte une contribution significative dans la nucléation qui se produit près du sol [1 référence]. Des observations de terrain appuient cette thèse mais ne peuvent donner de conclusion ferme sur le rôle des ions, en raison de leur rareté et d’autres limites dans les mesures dans la troposphère-libre [la partie haute de cette couche atmosphérique, NDLR] [2 références] et en raison de difficultés à séparer la nucléation induite par les rayons cosmiques de celle provoquée par d’autres phénomènes dans la couche atmosphérique proche du sol [1 référence]. S’il était assez fort, le signal d’une nucléation provoquée par les rayons cosmiques devraient être détectables à la surface de la Terre, car une grande fraction des noyaux de condensation de nuages est censés naitre d’un mécanisme de nucléation dans la troposphère-libre [1 référence].

A partir des mesures d’aérosols en surface en un mieux, Kulmala [1 référence] n’a pas trouvé de corrélation entre les rayons cosmiques et la formation de nouvelles particules ou [de modification] des autres propriétés des aérosols sur un cycle solaire (1996-2008). Notre compréhension du mécanisme « ion-aérosol air pur » relise sur quelques investigations avec des modèles qui simulent les changements de rayonnement cosmique au cours du cycle solaire [3 références] ou pendant de forts événements de Forbush [2 références]. Bien que toutes les études à l’aide de modèles ont montré une connexion détectable entre les variations de rayonnement cosmique et des changements de concentration de noyaux de condensation de nuages ou de propriétés des aérosols, la réponse apparait trop faible pour entrainer un effet radiatif significatif car les rayons cosmiques ne permettent pas d’élever le taux de noyaux de condensation de nuages et la concentration en gouttes [1 référence].

Une deuxième possibilité de lien entre les rayons cosmiques et la couverture nuageuse a été proposée, au travers [de la notion] de circuit électrique global (GEC). Un petit courant continu est capable de circuler verticalement entre l’ionosphère (maintenu à environ 250 000 volts par les orages et les nuages électrifiés) et la surface de la Terre dans les régions de beau temps en raison d’une ionization atmosphérique induite par les rayons cosmiques. Les charges peuvent s’accumuler aux limites haute et basse [des nuages] à cause de la collecte d’ions par les gouttes des nuages [1 référence]. Cela crée des gradients de conductivité [électrique] aux frontières des nuages [1 référence] et peut influer sur les collisions entre gouttes [1 référence], les collisions entre gouttes et particules [1 référence] et les processus de formation des gouttes [1 référence]. Ces effets de microphysique peuvent potentiellement influer sur les propriétés des nuages de manière directe et indirecte. Bien que Harrison et Ambaum [1 référence] ont observé une petite réduction du rayonnement à grande longueur d’onde vers le bas qu’ils ont associée à des variations de la densité de courant [électrique] de surface, les observations en accord sont extrêmement limitées. Notre compréhension actuelle de la relation entre les propriétés des nuages et le circuit électrique global reste très faible et il n’y a pas de preuve que les processus de nuages associés pourraient être significatifs pour le climat.

7.4.5.3 Synthèse

Bien qu’il existe quelques preuves que l’ionisation liée aux rayons cosmiques pourrait renforcer la nucléation des aérosols dans la troposphère libre, il existe un niveau modéré de preuve et un fort niveau d’accord sur le fait que le mécanisme d’ionisation lié au rayonnement cosmique est trop faible pour peser sur la concentration en noyaux de condensation de nuages ou son évolution au cours du siècle dernier ou durant un cycle solaire d’une quelconque manière significative. L’absence de tendance en matière de rayonnement cosmique depuis cinquante ans [2 références] fournit un autre argument fort contre l’hypothèse d’une contribution majeure des rayons cosmiques sur le changement climatique en cours.»

Traduit de l’anglais par:

L’écologie selon Hollande: un jouet!

Carnaval de Paris 2009 © D.Dq

Carnaval de Paris 2009 © D.Dq

Résumé de la situation. En 2007, sous la pression d’un certain Nicolas H. et de sa «charte», l’homme qui prit les commandes du pays, lui aussi baptisé Nicolas, entreprit un grand chantier (le Grenelle du néant), histoire d’expliquer à la face du monde que notre mode de vie était insoutenable, et qu’il fallait —enfin— changer de direction. S’ensuivit, après un court passage d’Alain J., bouté du ministère pour cause de juge, l’arrivée d’un certain Jean-Louis B. Totalement inculte en matière de planète, il pourra néanmoins prétendre que —dans ses instants à jeun— il avait tenté quelque chose. Puis, le lider maximo verde annonça lors d’un salon de l’agriculture que «l’environnement ça suffit». Et l’hôte de l’Elysée de détruire ainsi le si-peu que ses sbires avaient construit, avant de prendre le tournant nauséabond qui lui a valu, fort heureusement, de retrouver le temps de s’occuper de sa progéniture. Et de supprimer au passage, pour la première fois depuis des décennies, le rôle de «ministre vert» de notre beau pays, parce qu’il avait besoin d’une porte-parole sans parole .

L’an dernier, Nicolas-le-pessimiste, (pas le président, l’autre), décida de concourir à la fonction suprême sous un vert étendard, avant de se faire jeter, par une primaire mal emmanchée, au profit d’une juge sans doute fort compétente es-tribunal, qui connaissait aussi bien le «vert» que ses lunettes étaient rouges. Là-dessus, le Calife promis aux meilleurs suffrages de l’hexagone s’est retrouvé non grata pour cause de frasques cul-tuelles et new-yorkaises, et voilà donc notre François II propulsé sur le trône du lider maximo verde.

Dès lors, c’était il y a peu, la question était posée: fallait-il jeter un écologiste en pâture au Ministère des couleuvres vertes? Avec raison, le nouveau lider productivo, décida de n’en rien faire, et de propulser une inconnue (pour nous autres mortels) au Ministère de la bien-pensance écologique. J’en étais resté là, en me disant, pourquoi pas?

Une élection et un remaniement plus tard, l’hôte de ces lieux se retrouva gros-Jean comme devant. Alors qu’il peaufinait un portrait de «sa» ministre sur la base des premières décisions d’icelle, voilà qu’il se retrouve avec une autre à gérer. Laquelle avait probablement si bien râlé contre sa précédente patronne, qu’elle s’est retrouvée à la tête d’une administration pour elle-toute-seule. belle motivation! Pudique, nous l’appellerons Delphine B. Encore une fois, que les choses soient claires: il ne s’agit pas ici de procès d’intention. Juste un immense sentiment de lassitude de découvrir que de Nicolas I à François II, la «verditude» est vraiment devenue un jouet. Bravo Monsieur le Président!