La pollution au plomb, une longue histoire

Par Denis Delbecq • 7 juin 2017 à 12:21 • Categorie: A la Une, Crados
Le carburant des avions reste une source de rejet de plomb dans l'atmosphère Le carburant des avions reste une source de rejet de plomb dans l’atmosphère

Il y a deux mille ans, l’air européen était déjà bien chargé en plomb, plus même qu’aujourd’hui. C’est ce que montre l’étude d’une carotte glaciaire prélevée dans un glacier alpin à la frontière italo-suisse. Une confirmation que l’impact des humains sur l’environnement n’a pas attendu le XIXe siècle et la Révolution industrielle.

La quantité de plomb présent à l’état naturel dans l’air est proche de zéro, soulignent les auteurs d’un papier passionnant publié par GeoHealth, l’une des revues de l’American Geophysical Union, la plus grosse société de géophysique. Le groupe de chercheurs conduit par l’historien américain Alexander More (Harvard) a analysé une carotte de glace prélevée à 4450 mètres d’altitude dans les Alpes, qui témoigne de la contamination de l’air du continent européen par les mines et les fonderies de plomb. Un métal particulièrement toxique qui n’a pas du aider nos ancêtres à vivre en pleine santé.

black-death-figure-1 Concentration de plomb dans une carotte de glace couvrant les années 1 à 2007

L’étude de cette carotte à très haute résolution montre que dès le premier siècle de notre ère, le plomb était déjà relativement concentré dans l’atmosphère, avec une moyenne d’environ 200 ng/l (de glace), et des pics atteignant dix fois plus, jusqu’au XVIIIe siècle. Puis la concentration s’est envolée avec la Révolution industrielle, avant de culminer dans les années 1970 (plus de 10 000 ng/l) et de redescendre à quelques dizaines de nanogrammes par litre ensuite, grâce aux efforts pour réduire l’usage du plomb.

Ces travaux pointent aussi l’impact d’un événement sanitaire survenu entre 1349 et 1353 sur l’activité humaine: lors de l’épidémie de peste noire, l’air a pratiquement retrouvé sa virginité en matière de plomb, avec une concentration inférieure au nanogrammes/litre! Il faut dire que cette épidémie a probablement tué de 25% à 50% de la population du vieux continent.

plomb detail Détail laissant apparaître l’épidémie de peste noire et la réduction de l’activité minière

 Un autre événement soudain, moins marqué que le précédent, s’est produit vers 1460. Selon les auteurs, il s’agirait d’une forte baisse d’activité des mines de plomb britanniques liée à des épidémies locales ainsi qu’à un ralentissement économique.

Outre son fort intérêt historique, cette étude doit nous inciter à revoir notre politique en matière de contamination de l’air au plomb. Alors que la baisse spectaculaire de cette pollution depuis quarante ans pourrait laisser croire qu’on a atteint un « minimum naturel », ces travaux montrent qu’il n’en est rien, affirment les chercheurs, qui préconisent la révision de nos normes.

Aujourd’hui, du plomb est toujours rejeté dans l’atmosphère par les carburants d’avions, les incinérateurs de déchets, ou les usines de batteries automobiles. Et bien sûr, les centrales à charbon, —n’en déplaise à Donald et à Angela Merkel— qui sont aussi la première source de pollution au mercure, un produit super sympa pour notre santé.

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