Nucléaire: le ver (économique) est dans le fruit

Par Denis Delbecq • 30 juin 2011 à 12:38 • Categorie: A la Une
Les capacités nucléaires installées dans le Monde © Philippe Rekacewicz - Le Monde Diplomatique

Les capacités nucléaires installées dans le Monde © Philippe Rekacewicz - Le Monde Diplomatique

C’est l’histoire d’une industrie promise à un avenir perpétuel pour ses promoteurs. Pour ses détracteurs, tel l’augure seventies de l’écologiste américain Amory Lovins, c’est «une énergie du futur qui appartient au passé». Jamais l’atome n’aura autant été sur le devant de la scène, depuis l’accident de Fukushima provoqué par une terrible catastrophe naturelle. Lovins aurait-il eu raison trop tôt?

Cela faisait plusieurs mois que j’enquêtais sur le nucléaire, pour le compte du Monde Diplomatique. Et puis le terrible séisme japonais du 11 mars est survenu. Ce qui ressort de cette enquête, parue dans l’édition de juillet du «Diplo», c’est que l’avenir du nucléaire semble derrière lui. Non pas que les voix antinucléaires aient pris le pouvoir sur la planète, malgré leurs jolis succès en Allemagne, Suisse ou Italie de ces dernières semaines. Tout simplement, parce que les vers de la mondialisation, de la dérégulation et de la prise de pouvoir des marchés sur le politique ont réussi ce qu’aucun militant écologiste n’aurait pu imaginer: le nucléaire ne se développera probablement plus dans ce qu’il a été coutume d’appeler le monde libre. Même des voix éminentes et favorables au nucléaire en conviennent, même si elles le regrettent.

A l'usine de la Hague © Denis Delbecq

A l'usine de la Hague © Denis Delbecq

Comme me le rappelait l’administrateur du CEA, Bernard Bigot, construire un réacteur nucléaire est une entreprise à très long terme: «De la prise de décision au démantèlement des installations en fin de vie, il s’écoule une centaine d’années. Avec des investissements lourds au démarrage, et des revenus qui s’étalent sur plusieurs décennies.» Même dans les pays où la puissance publique déploie des trésors d’incitations financières, rien ne se passe. Le politique a cédé la place à l’actionnaire, à la rentabilité immédiate et au retour sur investissement. L’essor du nucléaire n’est plus guère possible, sauf dans des pays à l’économie administrée —voire totalitaires—. A l’Ouest, personne de sérieux n’imagine encore qu’on saura seulement remplacer l’existant, même si beaucoup en rêvent encore. Le détail, illustrée notamment par l’épatant travail cartographique de Philippe  Rekacewicz (voir en haut de page) est à lire dans le Monde Diplomatique, en vente depuis mercredi, dont vous trouverez le sommaire ici.

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , , , , ,