Petites nouvelles sur le front du nucléaire

Par Denis Delbecq • 12 mai 2011 à 10:17 • Categorie: En bref

Selon Tepco, il semble bien que du combustible nucléaire ait bien connu un phénomène de fusion dans le réacteur numéro 1, conduisant à la formation d’un corium déposé au fond de la cuve de confinement. Et si la radioactivité a baissé au point de permettre à des techniciens de pénétrer dans le bâtiment de ce réacteur, les travaux d’installation d’un circuit de refroidissement progressent très lentement.

Les opérations de reprise en main du site ont permis mercredi de colmater une fuite, qui laissait encore s’écouler de l’eau radioactive dans l’océan. Au Sud-ouest de Tokyo, à 280 kilomètres de la centrale, les autorités ont relevé la présence de césium dans des plantations de thé (570 Bq/kg). Niveau considéré comme sans danger, mais supérieur à la norme, qui a conduit les autorités à suspendre les ventes de ce thé, et à rappeler les produits déjà expédiés. Selon l’Ashai Shimbun, Une nouvelle carte de radioactivité, dressée avec la collaboration d’experts américains, désigne désormais une zone de 800 kilomètres carrés contaminée à plus de 600 kilo-becquerels par mètre carré.

Le nucléaire devrait en tous cas connaître un sérieux coup de frein au Japon. Le gouvernement a annoncé qu’il abandonne le plan de développement de l’atome, qui devait faire progressivement passer la part du nucléaire de 30% à 50% dans la production d’électricité japonaise. Des experts du nucléaire japonais soulignent que cette décision pourrait n’être qu’un artifice temporaire pour rassurer la population, et qu’une relance du programme nucléaire pourrait être réamorcée dans quelques années. A 200 km environ au sud-ouest de tokyo, la centrale de Hamaoka a été arrêtée à la demande des autorités japonaises, qui craignent qu’elle soit insuffisamment protégée contre un séisme de grande ampleur dans la région. Elle ne reprendrait ses activités qu’une fois sa protection renforcée contre les tsunamis de grande ampleur. Des travaux qui pourraient durer deux ans.

En Allemagne, la «Commission éthique sur l’approvisionnement sûr en énergie», a rendu publique ses premières conclusions: elle recommande l’arrêt définitif des sept plus vieilles centrales nucléaires allemandes, qui avaient été fermées par décision d’Angela Merkel juste après l’abandon de Fukushima, en expliquant que le pays a montré qu’il pouvait se passer de ces réacteurs âgés. La Commission estime que l’Allemagne peut sortir du nucléaire en moins de dix ans, sans augmenter ses émissions de gaz carbonique, ni ses importations nucléaires, et sans handicaper l’économie du pays. Un sacré défi!

En France, il y a quelques jours, le patron de Total Christophe de Margerie avait laissé entendre au magazine Challenges que le projet de construction d’un second réacteur EPR, à Penly (1), pourrait être abandonné. Propos rapidement démentis par le ministre de l’industrie, Eric Besson. A Flamanville, le chantier du premier EPR français a pris plusieurs mois de retard, a-t-on appris hier, après un accident mortel du travail survenu en janvier dernier qui a conduit à suspendre certaines opérations, puis à les reprendre à un rythme un peu moins rapide, pour éviter que survienne un nouvel accident.

En France toujours, le cahier des charges de l’audit de sûreté des centrales françaises fait l’objet d’une polémique avec la Commission européenne. Le commissaire à l’énergie a en effet déclaré devant le Parlement européen qu’il ne validerait pas des «stress tests» allégés, excluant le risque humain et terroriste. Il semble avoir l’appui du président de la CE, tandis qu’une majorité de pays défendent l’idée de tests «allégés», comme ceux affichés dans le cahier des charges français: ils ne prendront en compte que le risque sismique, les inondations et les autres événements naturels extrêmes. Une position alignée sur celle de la Wenra, l’organisation qui regroupe les responsables d’autorités de sûreté nucléaire des pays d’Europe de l’ouest.

(1) Total est l’un des partenaires de ce projet.

[MAJ 12/5/11 @16:16. Une nouvelle fuite a été repérée et colmatée ce jeudi. D'autre part, Tepco semble désormais penser que la cuve du réacteur 1 connait une fuite, après la réparation d'une jauge de niveau d'eau: en dépit des injections massives d'eau, la surface du liquide dans le réacteur se trouverait cinq mètres sous le niveau normal. Compte-tenu de la température "raisonnable" relevée, cela laisse penser que l'essentiel du combustible a fondu et s'est accumulé au fond de la cuve, où l'eau présente l'empêche de s'échauffer.]

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